S’évader au Vietnam

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Terre vietnamienne. Terre de la guerre, du massacre. Terre de paysans.

Terre aux mille odeurs ; terre aux mille saveurs.

Mien est une belle femme, une des plus belles du village. Elle s’est mariée, jeune, à Bôn, soldat parti au front, mort à la guerre. Depuis, elle s’est remariée avec Hoan, un commerçant au destin fortuné, avec qui elle a eu un enfant, Hahn.

Leurs destins sont bouleversés par le retour de Bôn.

Sous le poids de l’honneur et de la tradition, Mien retourne auprès de son ex-mari, ayant combattu pour la patrie, tandis que son coeur et son corps appartiennent tout entiers à son mari actuel. Un triangle amoureux impossible.

Ceux qui sont portés sur les romans d’action seront déçus. Ce roman est une parenthèse poétique dans le temps.

Notre horloge s’arrête sur les paysages asiatiques, les mets appétissants et les coutumes de ce pays ; mais aussi sur les longues et envoûtantes descriptions de la guerre et de ses conséquences, encore trop méconnues de nos jours, par le prisme d’un ancien combattant qui n’est plus que fantôme de lui-même, et ne suscite plus que de la pitié.

On compatit au dilemme de cette femme d’honneur malheureuse. On plaint le pauvre Hoan à qui la Fortune a jusque-là souri. Chacun leur tour, les personnages narrent le triste destin auquel ils se soumettent, tout en nous livrant, dans un frêle murmure, leurs souhaits, leurs espoirs et révoltes.

On voyage parmi les multiples odeurs ; on salive devant le riz gluant à la citronnelle et morceaux de viande séchée parfumée au gingembre, le thé au jasmin fumant… Un conseil : préparez un budget personnel pour la nourriture vietnamienne si vous décidez de vous plonger dans ce livre.

Amour, vengeance, tradition, trahison, sont exploités par une écriture simple, belle,  qui vous happe sans même que vous vous en rendiez compte.

Duong Thu Huong, auteur au destin extraordinaire, censurée, emprisonnée et surveillée dans son Vietnam à cause de propos trop démocratiques, nous livre une magnifique peinture de son pays de l’après-guerre.

Un appel à la mémoire et un éveil aux sens.

Une terre où l’on s’égare, où l’on s’oublie et où l’on oublie.

A se procurer pour les longs dimanches d’hiver chez tous les bons libraires.

Duong Thu Hong, Terre des oublis. Editions Le Livre de Poche (2005), 8,50€.

Extrait «Le vieillard la guide avec enthousiasme vers la cuisine. Le voici, son véritable monde. Bien alignées, les casseroles et les poêles luisantes exhibent en silence les visages du souvenir, les matins imprégnés de la senteur des orangers, des pamplemoussiers, vibrants de chants d’oiseaux, des babillements de son fils, embaumant le thé au jasmin, l’odeur du café maison, très fort, préparé dans un filtre, le riz gluant en train de cuire, le riz grillé avec des oeufs ; les soirs saturés du parfum des fruits mûrs tombés dans le jardin, les senteurs qu’exhalent les fleurs affolées par une journée de soleil cuisant et le fumet des plats pour le dîner.» (p.285)

La Grande Blonde.

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