Viva Riva! Le Pulp Fiction de Kinshasa

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C’est un jour pour parler du Septième Art africain avec le film Viva Riva ! de Djo Tunda Wa Munga sorti cette année en France. Si vous n’en n’avez jamais entendu parler, rassurez-vous, il ne s’agit pas d’un film indépendant africain uniquement trouvable dans une de ces boutiques douteuses de Barbès ou de Clignancourt (DAS RACIST ? Mais non). Bien au contraire, on nous l’avait présenté comme le « Pulp Fiction de Kinshasa » ou comme le meilleur film africain de l’année. Etant une grande fan de Quentin Tarantino & une parfaite béotienne dans le domaine du cinéma africain, Viva Riva ! me semblait déjà être un film exceptionnel de par son originalité.

Supposant pour me donner bonne conscience que ce film ne sortirait sans doute jamais en DVD & surtout, ayant bien trop la flemme d’aller chiller à la Fnac, je me suis mise à sillonner les Internets dans l’espoir de le trouver. Evidemment ce ne fut pas une mince affaire & je suis à plusieurs reprises tombée sur des films aux versions audio plus ou moins louches sous-titrés dans des langues inconnues & doublés en sri lankais.

Plus sérieusement, Viva Riva ! ça parle de quoi ?

Ce film met en scène la pègre africaine qui se déchire autour d’une affaire d’argent sale. On y suit pendant quelques jours les tribulations d’un jeune congolais ambitieux du nom de Riva qui décide de retourner au pays (RDC) continuer ses magouilles après dix ans d’absence. Le voilà maintenant plein aux as, en quête d’ivresse & de volupté dans les nuits électriques de Kinshasa. Son chemin finit par croiser celui de la belle Nora – la femme d’une petite frappe locale – & donne lieu par la suite à tout un tas de scènes olés olés. Cependant, Riva retombe vite sur terre lorsqu’il s’aperçoit qu’une bande de truands angolais prêts aux pires horreurs est à ses trousses afin de retrouver l’argent que ce dernier leur a volé… En bref, il se passe tout un tas de trucs super chauds.

Djo Tunda Wa Munga nous offre là un véritable film de gangsters, sauf que cette fois-ci l’intrigue se déroule au cœur de la capitale congolaise plutôt que dans une quelconque métropole américaine. Il nous montre tous les recoins de Kinshasa, des plus sordides aux plus hype où se côtoient désœuvrés & privilégiés. On est en immersion totale dans une partie du monde souvent méconnue. Y’a des flingues, du sang, du sexe, des méchants & du lol, soit la parfaite alchimie que l’on peut retrouver dans les films de Tarantino.
Les personnages sont tous plus vicieux les uns que les autres, ils sont vénaux & sans pitié, qu’ils soient prêtre, prostituée ou père de famille; malgré tout ils nous font sourire avec leurs répliques percutantes & salaces. Car oui, le langage est aussi à l’honneur dans ce film, on y entend de Lingala (la langue officielle de RDC), du français & du portugais (la langue officielle de l’Angola) ; les échanges se font avec fluidité & peuvent nous rappeler peut-être le génie de Tarantino dans Inglorious Basterds, où l’on passe du français à l’allemand & de l’allemand à l’anglais sans même s’en rendre compte. Saluons au passage les performances des acteurs pas toujours professionnels, donnant un caractère encore plus authentique à l’œuvre de Djo Tunda Wa Munga.
Enfin, la musique y est également pour beaucoup dans ce film, elle contribue à sa dynamique & nous immerge entièrement dans la culture congolaise. Elle n’adoucit pas les mœurs, mais au contraire, elle les courrouce & fait surgir le côté bestial, presque sauvage des protagonistes. Elle donne lieu à de nombreuses scènes de danse ponctuées de ralentis où les corps sont mis en valeur & s’expriment sans aucune contrainte. Ainsi la musique permet au réalisateur de donner à son film une touche d’érotisme exacerbé par la moiteur ambiante.

Le sexe tient une place fondamentale dans l’intrigue & permet à Djo Tunda Wa Munga de nous montrer la place qu’occupe la femme au sein de cette société congolaise. Complétement soumise aux caprices de la gente masculine, elle apparaît comme une sorte d’objet à usage unique qui n’a finalement aucune importance. Cette critique se double d’une autre beaucoup forte qui est celle d’un pays corrompu où les plus riches vivent aux dépends des plus pauvres. Sans nous dresser un tableau manichéen, Djo Tunda Wa Munga parvient avec justesse à présenter son pays : un pays qui a longtemps connu la guerre & le régime autoritaire d’un homme (Mobutu, 1965-1997) & qui aujourd’hui en subit toujours les conséquences.

Viva Riva ! est donc un véritable polar noir (non, non, ça n’est pas un pléonasme) qui nous invite en terre inconnue & qui ouvre la voie au cinéma africain qui semble des plus prometteurs.

Allez, bisous.

G.

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2 commentaires

  1. Chloé

    Un peu contrainte par la grande blonde à ramener mes fesses sur la page facebook, j’ai quand même décidé d’écouter ma curiosité et venir voir ce qu’il se faisait ici. Le blog est à la hauteur de ce qu’on attend, continuez c’est super! Juste une question, où est ce que vous avez trouvé ce petit film, au final?

    La quiche en détresse pour tout film à regarder en streaming.

    1. Lou Kukiche

      Bonjour Chloé,
      Merci pour tes compliments,
      Pour ce qui est du film, il suffit de fouiner sur le net et les sites de streaming ou de trouver un bon vendeur de dvd (tu peux notamment trouver sur le net les boutiques qui le vendent). Bon film donc.

      L’équipe de c’est un jour pour.

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