Holy Strays

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C’est un jour pour écouter Holy Strays

La musique d’Holy Strays aurait pu être la bande originale des délires hallucinatoires de Maître Gonzo dans Las Vegas Parano. Cela dit, elle nous porte dans une sorte de transe fantasmagorique des plus agréables aux accents solennels. Une musique qui donnerait presque l’impression de courir dans un kaléidoscope géant.
Derrière le projet Holy Strays, il y a Sebastien Forrester, un jeune musicien – particulièrement modeste – de 23 ans originaire de la région parisienne qui commence à se faire un nom dans le milieu de la musique électronique.
Avant d’être Holy Strays, Sebastien était l’un de ces mecs cool qui faisait de la musique dans un groupe de rock dans mon lycée. Aujourd’hui, il est toujours aussi cool & fait toujours de la musique, sauf qu’il a radicalement changé de registre & joue désormais dans la cour des grands.
Je me suis souvent demandée ce qui a pu le pousser à devenir Holy Strays & quelle fut exactement la genèse de ce projet. Et le plus simple c’était de le lui demander directement.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, dis-nous, d’après toi, c’est un jour pour quoi ?
Rêver, depuis la fenêtre de mon bureau ha ! Ecouter the Trees Community, l’un des disques les plus incroyables des 70’s, il me fascine vraiment.

Bon, attaquons les choses sérieuses ! Quelle est l’histoire d’Holy Strays : comment est né ce projet ? 
Holy Strays est né plus ou moins consciemment à un moment où je n’avais ni groupe ni projet précis. La nécessité de fixer certaines idées, dans le but d’en garder une trace et de les développer au sein d’une éventuelle nouvelle formation, s’est imposée d’elle-même, très spontanément. Mes premières esquisses ne comportaient que des percussions, puis j’ai eu envie de lier rythme et mélodie car je me suis mis au piano à cette époque. J’ai découvert le synthétiseur, puis l’orgue qui est devenu une véritable addiction. Ces nouveaux horizons ont transformé ma conception et ma pratique de la musique. Dans l’excitation des débuts, j’ai enregistré une dizaine de petites maquettes, très lo-fi, dans ma salle de bain, à l’aide d’un 4 pistes et d’un micro usb ! En moins d’un mois j’avais le sentiment d’avoir franchi un cap : j’ai décidé de partager ces démos, de recueillir quelques avis. Amanda Brown du label Not Not Fun m’a alors pris sous son aile et décidé de les sortir en k7, sous forme d’un premier mini EP, ‘Hyperion’.

Ah oui, question essentielle : quelle genre de musique compose-tu exactement ? Dans quel registre t’inscris-tu (si par hasard il devait en exister un !)
Aucune idée ! ‘Musique électronique’ j’imagine, bien que j’ai beaucoup de mal à la considérer comme tel. Tous les instruments sont joués, qu’il s’agisse des percussions, de la batterie, des boîtes à rythme, de l’orgue ou du clavier – même si j’effectue un important travail de production en aval, qui s’apparente effectivement à un traitement ‘électronique’ du son. Je ne sample que mes propres enregistrements, le matériau premier provient de mes improvisations, de mes compositions, excepté certaines parties vocales qui, outre ma propre voix, sont issues de field recordings. J’ai besoin de côtoyer mes instruments. Je considère Holy Strays comme un atelier de création idéal, sans concepts, sans limitations. Un lieu d’effervescence, d’excès, où je peux sortir de ma zone de confort et créer librement. Le fait qu’on ait du mal à qualifier certaines musiques est intéressant je trouve, à chacun d’en faire son interprétation finalement. Ce besoin permanent de justifier et de nommer les choses n’a pas lieu d’être, il reflète la vanité d’un bon nombre de critiques actuels à l’heure de l’internet mondialisé et de la culture globale.

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J’imagine que certains artistes peuvent influencer ta musique, quels-sont t’ils ? 
Je me sens plus influencé par mes lectures et mon environnement que par d’autres artistes à vrai dire. Mes voyages m’ont aussi profondément marqué, mon enfance en Afrique en particulier… La trame narrative d’un track a une importance considérable, même si je n’écris aucun texte, et que je ne chante pas, de manière traditionnelle du moins ! Je cherche à faire table rase, à composer spontanément, presque ingénument, en évitant les préjugés – peut-être à la manière des pionniers de l’afrobeat, qui se sont mis à jouer du funk sans pour autant se soucier d’emprunter à leurs aînés outre-Atlantique, ils m’inspirent beaucoup. Mes influences musicales se situent clairement du côté de certains grands classiques atemporels, la musique qui a bercé mon adolescence, mais qui ne se retrouve pas explicitement dans mes morceaux… “Revolver” des Beatles, “Fun House” des Stooges, “Closer” de Joy Division, Neil Young, les Doors, CAN, Lee Perry, Caetano Veloso, Coltrane, la Motown, le dub en général, beaucoup de jazz, de folk et de musiques traditionnelles.

Tu étais batteur dans un groupe dans le passé. T’es-tu complétement éloigné de ce que tu faisais au départ ou considère-tu qu’il existe malgré tout une certaine continuité entre ton précèdent projet & ce que tu fais aujourd’hui ?
Je reste batteur avant tout et je continue d’étudier au conservatoire, je joue même dans plusieurs formations ainsi qu’un duo auquel je tiens beaucoup, MILAN, dans lequel je suis batteur et producteur depuis peu. La batterie reste mon instrument de prédilection, même si mon champ de ‘possibles’ s’est ouvert. La manière dont j’approche la musique est très influencée par l’analyse du rythme et de ses effets. Je traite la plupart des sons, des parties vocales, des éléments mélodiques ou non, comme des percussions. J’aime travailler sur les motifs et la répétition qui sont au fondement de la transe – une perspective que j’ai découvert à travers la polyrythmie notamment. Je pense simplement avoir eu besoin, à un moment donné, de déconstruire, d’oublier ce que j’avais appris pour emprunter un tout autre chemin.

Et sinon, à propos de ta discographie tu en es où ? 

Mes toutes premières démos sont donc parues il y a deux ans sur Not Not Fun records, label indépendant basé à Los Angeles, pour lequel j’ai beaucoup d’admiration. Les 150 exemplaires de la k7 se sont écoulés en une semaine, tout a commencé ainsi. S’en sont suivis mes premiers concerts, de nouveaux enregistrements, quelques malheureux crashs de disque dur, pas mal de travail, de recherche et d’apprentissage dans le traitement du son. Not Not Fun a publié mon premier single ‘Enlightenment’ un an après, en juillet 2011 et en vinyle cette fois.

‘Christabell’,

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Mon nouvel EP deux-titres, est sorti cet été sur Morning Ritual, un jeune label londonien. Une infime partie de ma musique a vu le jour car je préfère prendre mon temps plutôt que de précipiter les choses. Je suis souvent insatisfait, j’ai tendance à me lasser rapidement d’un morceau et lorsque c’est le cas, je l’abandonne facilement. J’esquisse énormément et peu de ces brouillons sont aptes à devenir de vraies chansons je pense. Un premier album verra donc enfin le jour cette année, plusieurs nouveaux projets aussi je l’espère !

Comment compose-tu tes morceaux ? Lorsqu’il te vient une idée au cours de la journée tu essaies de lui donner forme le plus rapidement possible ou au contraire tu la laisses germer tranquillement ? C’est quoi ton secret ?
Le processus varie énormément en fonction des idées qui me viennent. Il m’arrive de partir d’une ébauche ou d’une mélodie enregistrée sur mon téléphone, parfois simplement d’une image, d’un récit, d’un ressenti. C’est très vaste. Il s’agit toujours de donner forme à une Idée qui m’habite et m’obsède. Ça peut paraître cliché mais il m’arrive de me lever la nuit pour écrire ! Généralement je travaille tôt le matin : j’enregistre un motif, une boucle, je définis la matière première d’un morceau, son support, puis j’y reviens le soir pour dresser son squelette et sa structure. À l’image d’un petit ‘rituel’ en fin de compte. Son format peut ensuite varier beaucoup à mesure que je progresse. Les tracks que je parviens à terminer – à considérer comme tel, du moins ! – sont toujours produits très rapidement, en quelques heures, en quelques jours. Je pense qu’il est important de garder en tête la première incarnation d’une Idée, son allure initiale, qui contextualise son origine et garantit son authenticité. Lorsque je tarde à la mettre en forme, d’autres idées viennent s’y greffer et je perds de vue son essence. Dès lors elle n’est plus qu’un mirage et je ne parviens jamais réellement à la façonner, j’y ajoute sans cesse de nouveaux éléments, c’est un cercle vicieux… Le mixage peut, lui, durer des mois par la suite, c’est l’une des tâches les plus difficiles qui soit, je me laisse donc beaucoup de temps pour déterminer la couleur que je veux lui donner !

Tu as sorti un remix de Tristesse Contemporaine, pourquoi les remixer eux plutôt que d’autres ? 
J’aime beaucoup ‘In the Wake’ et j’ai immédiatement pensé que je pourrais lui apporter quelque chose, ralentir le groove, densifier les textures, créer une ambiance tout à fait différente de l’original, en soulignant l’influence 90’s des parties vocales de Mau. Je choisis mes remixes en fonction de mes affinités et des propositions que je reçois, je ne conserve généralement que la voix et m’amuse à bâtir autour un nouvel univers, à mon image. Il m’arrive aussi de tenter des choses plus audacieuses, plus expérimentales. Les remixes m’offrent l’occasion d’emprunter de nouvelles directions, de me confronter à des publics différents, sans contraintes, sans restrictions. J’ai plus de mal à terminer mes propres morceaux, le degré d’implication varie, l’enjeu émotionnel est plus important. J’ai vraiment besoin d’une deadline pour finir un titre, il se trouve qu’elle est toujours claire et nette lorsque je traite un remix !

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Ah oui, la question relou : pourquoi ce nom « Holy Strays » ?
Il m’est venu de mes lectures de William Blake il y a deux ans. Il me fallait un terme pour ‘nommer’ les six maquettes que mon label souhaitait publier, j’ai choisi ‘Holy Strays’ très naturellement, car sa signification faisait écho à la manière dont le projet prenait forme. Je regrette un peu qu’il soit exclusivement anglophone car ce projet n’a pas de frontières à mes yeux, mais après réflexion je trouve qu’il incarne plutôt bien ma démarche de recherche, de remise en question permanente et du caractère sacré qui en émane. Il est difficile à justifier et c’est certainement mieux ainsi !

Tes albums de l’année 2012, sinon ?
SWANS, ‘The Seer’, incontournable, un album en forme d’épopée qui signe le retour d’un grand groupe. Je n’écoute pas énormément de nouveautés mais au hasard je dirais : Andy Stott ‘Luxury Problems’, Silent Servant ‘Negative Fascination’, The Goat ‘World Music’, Cut Hands, Bat for Lashes, Mount Eerie, les mixtapes de Mykki Blanco, Haleek Maul, Angel Haze et Spaceghostpurrp qui renouvellent brillamment le hip-hop, la plupart des sorties de L.I.E.S, Blackest Ever Black, Hands in the Dark, Svn Sns records, Atelier Ciseaux… La scène garage française autour de Frustration, JC Satàn, Catholic Spray. Il y en a tellement. De tous c’est l’album de Tame Impala qui m’a rendu le plus joyeux cette année.

Le meilleur concert auquel tu as pu assister cette année ?
Si j’avais pu y assister j’aurais certainement dit SWANS, un mauvais concours de circonstances m’en a empêché malheureusement – merci la fac ! J’aurais pu dire MF Doom + Shabbaz Palaces + Flying Lotus en mai dernier mais je jouais le même soir… Je ne suis pas allé voir énormément de concerts cette année, j’ai tendance à m’isoler un peu quand je travaille sur ma propre musique. Par contre, Dj Rashad et Dj Spinn à la Villette Sonique m’ont littéralement sidéré.

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Où est-ce qu’il sera possible de te voir jouer prochainement?
Aucun concert n’est prévu pour le moment, je travaille sur un nouveau set en vue de la sortie de mon premier album cette année, dans une configuration plus électrique, moins électronique. Je ne sais pas encore si je souhaite collaborer avec d’autres musiciens car il deviendra plus difficile de tourner, sur le plan logistique. Ce qui est certain c’est que je ne veux pas me restreindre à un laptop et un contrôleur midi, bien au contraire, je veux que la musique vive, prenne des risques, s’affranchisse des enregistrements, mais j’aimerais aussi la complexifier, l’amplifier. En attendant, je passe des disques au Glass le 30 janvier avec Maxime, coordinateur de l’émission Ether et Crac sur Radio Campus, j’y passerai mes derniers coups de coeur, quelques remixes, l’occasion de danser et de rêver en même temps !

Histoire de boucler la boucle : ce soir, ça sera un soir pour quoi ?
Cuisiner et regarder un Béla Tarr !

Retrouvez Holy Strays sur Facebook, Soundcloud, Twitter,  Last FM & Myspace !

Allez, bisous.

G.

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