l’Histoire par l’Art de Spiegelman

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C’est un jour pour… (re)découvrir l’Histoire par l’Art de Spiegelman

C’est une histoire de souris, de cochons et de chiens. Une histoire de l’Histoire.

39-45. Un épisode  traumatisant de l’espèce humaine que tout un chacun connaît, de près ou de loin.

On apprend les faits sur les bancs de l’école ; des chiffres, des dates, des lieux, des causes, des conséquences. Le silence. Notre chemin d’écolier continue ; et cet épisode se range parmi les autres grands épisodes de l’histoire dans nos classeurs.

Or, il est important d’entretenir la mémoire collective ; de ne pas céder à la pression du tabou du silence, surtout à une heure où les derniers survivants s’éteignent.  Certes, il existe pléthore de livres historiques, de reportages, de documentaires tentant de retracer chronologiquement et sociologiquement comment l’espèce humaine a pu arriver à un tel degré de haine envers ses prochains. Mais rares sont les oeuvres qui dépassent le stade de description de cette atrocité, inimaginable à notre entendement, et arrivent à faire de nous, lecteur-spectateur du XXIe siècle, un témoin émotif et conscient.

A l’occasion des 25 ans de la bande dessinée, il est important de rappeler que Maus d’Art Spiegelman, fait partie de ces grandes oeuvres.

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La transmission. Le choix des bons mots. L’illustration de l’horreur. L’auteur a été confronté à tout cela par deux fois. Témoignage de la Shoah, témoignage de la transmission du récit d’un père survivant, Vladek, à son fils, Artie, et de la difficile relation entre eux deux, hantée par l’ombre d’un grand frère mort aux camps qu’Artie n’aura jamais connu.

Si Art Spiegelman veut d’abord comprendre « pourquoi » et demande à son père de lui raconter chronologiquement les épisodes de sa vie, il se laisse emporter par le récit, doutant de sa démarche et de son espèce, partagé entre sentiment de culpabilité et de colère.

Culpabilité, de ne pas avoir vécu l’horreur de son père, presque jaloux, du frère mort en «héros», en témoin de l’histoire ; colère, face à ce père qui perd de plus en plus la tête, difficile à supporter car marqué à jamais par cette période, économisant le moindre sou  pour «plus tard». La mémoire de Vladek peut lui faire défaut par moment concernant les dates, les propos de son fils, les colères de sa femme actuelle. Mais les personnages, les noms des héros et des «vilains» cochons, les lieux, les émotions de chaque épisode de son passé sont gravés dans sa mémoire, et bientôt dans la nôtre.

C’est l’histoire de l’horreur humaine, certes. Mais c’est avant tout une aventure remplie d’amour, de tristesse, de courage, d’incompréhensions. Une incroyable épopée d’humanité.


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Art Spiegelman fut le premier à traiter cet épisode sous la forme d’une bande dessinée, médium souvent dénigré. En effet, si la BD a retrouvé une certaine notoriété ces dernières années, elle a longtemps été cantonnée au rôle de divertissement pur et simple. Par cette oeuvre magistrale, Spiegelman a montré à tous qu’effectivement, la BD «pouvait être une forme artistique sérieuse» (Art Spiegelman in MetaMaus) ; audace artistique récompensée du prix Pullitzer en 1992, cas unique dans l’histoire de la bande dessinée.

D’ailleurs la forme s’impose d’elle-même. On ne se pose plus de questions. Le choix d’animaux  pour traduire cette grande boucherie ne nous étonne pas. S’il est un animal qu’on extermine, c’est le rat, vecteur de maladies mortelles. Qu’est-ce qui justifierait qu’on extermine un être humain ? Comment se dire qu’il y a moins d’un siècle ces souris étaient des hommes que d’autres hommes, et non plus cochons, tuaient selon des a thèses racistes et évolutionnistes ?

Classé en 2012 à la 2eme place du classement des 50 BD essentielles établi par le magazine LIRE, Maus est bien «un livre que l’on ne referme pas, même pour dormir. Lorsque deux des souris parlent d’amour, on est ému, lorsqu’elles souffrent, on pleure», pour reprendre les termes d’Umberto Eco.

L’art trouve alors toute sa place dans l’histoire et la construction d’une mémoire collective. Il ne s’agit plus désormais de comprendre comment on en est arrivé là. C’est arrivé. Alors taisons nous et écoutons ce que l’art a encore à nous livrer. A défaut de pouvoir comprendre par le ratio, laissons l’art nous toucher au coeur.

Un chef d’oeuvre à se procurer au plus vite.

L’intégrale Maus, Art Spiegelman, Flammarion, édition anniversaire. Dans toutes les librairies dignes de ce nom.

La Grande Blonde.

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