2 days in paris

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C’est un jour pour … aimer !

Nous y sommes enfin. Les oiseaux chantent, les fleurs bourgeonnent et les femmes rayonnent : pas de doute, le printemps est arrivé. Dans notre XXIe siècle mielleux à souhait, qui dit retour des beaux jours dit aussi retour de l’amour. Finies les journées passées sous la couette par peur d’affronter le verglas, la neige et les bourrasques. Bonjour Printemps !

Désormais, jupes, robes, débardeurs sont de rigueur. C’est qu’il faut séduire le mâle pardi ! Nourris aux contes romantiques hollywoodiens, nous nous parons de nos plus beaux apprêts, pour être celui  qui raflera la mise, et pourra, tout l’été, tenir la main de sa promise. Nous avons tous cette image en tête : celle du beau garçon vaguement british, riche à souhait, séduisant une jeune fille frêle, un peu naïve  et diablement maladroite.

Cette image, tous les magazines vous la vanteront : avec l’amour qui pétille dans l’air, l’heure des régimes est arrivée. Ce diktat de la beauté filiforme nous hante. Oui, c’est à toi que je parle, chère lectrice de C’est un jour pour : ne t’es-tu jamais exclamée, devant ta meilleure amie, lors d’un essayage du bikini « trop-mimi-tout-plein-qui-le-fera-craquer-c’est-certain », que ça y est, tu vas enfin perdre ces cinq kilos qui t’empêchent de devenir ce fil de fer auquel tu t’identifies tant ? Que celle à qui ce n’est jamais arrivé me jette son premier tampon.

On ne peut pas nier que nous sommes sacrément bien conditionnés. Nous nageons en permanence dans un univers aseptisé. Un ersatz d’amour. Le cinéma a bien joué son rôle, principalement celui qui débarque de l’autre côté de l’Atlantique. A croire que tous les mercredis, c’est la même page de l’histoire qui se rejoue sans fin. Des hordes de films américains sont parachutés dans nos salles, perpétuel 6 juin 44. Au rythme de trois par semaine, cinquante-deux semaines par an, déjà 156 petits livres rose bonbon, matraquage commercial à grande échelle. Au bout du compte, des centaines d’heures d’une vie à manger du cliché en conserve, à rêver d’un avenir radieux avec de nombreux enfants qui eux aussi reproduiront le même modèle.

Mondialisation de l’amour, standardisation du désir. Les mêmes thèmes sont calqués à l’infini : le coup de foudre, la rencontre avec les parents, Paris comme ville romantique par excellence… (A croire qu’à Saint-Pol-sur-Mer, on ne trouve pas la même alchimie ?). Une jolie carte postale diffusable aux quatre coins de la planète, succès garanti. La recette est simple : prenez deux acteurs, de préférence assez connus, auxquels  la plèbe peut facilement s’identifier.  Ajoutez un coup de foudre, dans un cadre idyllique (pour un meilleur résultat, placer la Tour Eiffel en toile de fond). Laissez décanter, puis saupoudrez le tout d’une difficulté existentielle (les possibilités sont ici infinies : querelles entre les deux familles, appartenance à deux classes sociales différentes, retour d’un(e) ex qui cherche à briser le nouveau couple…). Enfin, n’oubliez pas de terminer sur une note sucrée, un joli dénouement, un baiser fougueux : l’amour triomphe de tout. Putain de conte de fées à l’usage des personnes ordinaires.

C’est contre ce genre de soupe que se bat Julie Delpy. Même recette, mais le résultat est à mille lieues. Pour vous planter rapidement le décor, nous sommes plongés dans les vies de Marion et de Jack. Marion est une photographe, et Jack, son copain, est architecte d’intérieur. Entre la Française et l’Américain, de retour de Venise, tout semble aller pour le mieux. Mais cette escale à Paris va réserver son lot de surprises, entre des ex qui réapparaissent et des beaux-parents déjantés. Julie Delpy  ambitionne de nous montrer l’envers du décor. La face cachée des tournages hollywoodiens. Elle laisse tourner sa caméra quand certains préfèrent ne montrer que l’amour fantasmé. C’est le principe du bijou en toc. On vous vend un bijou, qui à première vue est magnifique. Seulement, avec le temps, la fine couche d’or délicatement posée sur le bijou va s’oxyder, et vous montrer qu’en réalité, on vous avait menti. Et bien c’est la même chose pour l’amour : on vous le montre beau, grand et garanti sans disputes, alors qu’en réalité, il est infiniment plus compliqué que cela. L’amour, ce sont des mots, et beaucoup de maux.

Julie Delpy nous offre une possibilité de sortir de notre caverne (non non, ce n’est pas un plagiat de Platon, et puis là où il est, je me demande bien ce qu’il pourrait dire !), quitte à s’éblouir un peu au départ. Car son film est en réalité une entreprise de déconstruction méthodique de notre représentation dystopique de l’amour. La rencontre avec les parents se passe généralement bien ? Lorsque Jack les rencontre, il subit un véritable test de culture générale française, avant l’arrivée de quelques clichés compromettants pris par Marion dans l’intimité de leur couple (pour les initiés, rappelez vous du « Nice quéquétte »). Paris est une ville romantique, où tout a la saveur de l’amour ? Jack et Marion veulent visiter ensemble le Père Lachaise et  les catacombes. Un vrai parcours de boute-en-train ! L’accent des anglophones en français est « so sexy » ? Non, non et non ! Marion se moque de Jack lorsque, lors de la promenade au père Lachaise, il essaie de répéter les phrases de ce qui semble être sa méthode Assimil. Elle lui dit alors que le français, ce n’est pas de l’allemand. Pour vous traduire, elle lui dit que son accent est tout simplement dégueulasse.

Je ne vais pas vous cataloguer toutes les scènes de ce type, qui sont nombreuses, mais l’idée est là. On retrouve la même ambition dans d’autres films français, comme Les poupées Russes de Klapisch. Oui, je pense à la rue Rossi, la rue aux proportions parfaites. Là où Xavier (aka Romain Duris) prend conscience que l’amour ne réside pas dans tout ce qui brille.

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« J’aurai adoré passer des heures à regarder une fille comme ça, juste la regarder vivre, la regarder marcher, juste être bercé par le balancement de sa jupe, juste être enivré par le mouvement du tissu qui bouge sur son corps. Je pense que le spectacle de ça aurait pu me suffire pour une vie entière. Mais est-ce que c’est possible de vivre comme ça? Je sentais qu’il fallait faire ce que tout le monde me demandait, arrêter de rêver, revenir dans la vraie vie. »

La vraie vie. Et lui dire, à ce rêve : « Hé grosse connasse, ta rue, tu veux que je te dise un truc? Bah… Elle est moche ta rue ! ».

Alors oui, vous pourrez sûrement me reprocher ma partialité. Ou de ne pas connaître l’amour. Même les deux à la fois. Mais si on regarde vers quoi nous mène les deux opposés, je préfère mille fois vivre un amour réel qu’un amour hollywoodien. Parce que bon, après s’être embrassé et que le générique se déroule, vous pensez qu’ils font quoi, votre couple de rêve ? Ils s’emmerdent. Ils se regardent dans le blanc des yeux, au plus profond de  leur être, et ils ne savent pas quoi se dire. Alors on parle de boulot, on fait illusion en voyageant en amoureux, mais rien n’y fait. Le vide ne se remplit pas. Alors je préfère mon amour, plus dur. Oui, tu vas souffrir, c’est clair. Mais au moins, la flamme, elle ne s’éteint pas. A toi, lecteur, de faire ton choix, pour le meilleur et pour le pire, et peut-être jusqu’à ce que la mort/l’ennui (rayer la mention inutile) vous sépare ! Amen.

Alexandre Tange

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