Arts Martiens

C’est un jour pour… découvrir « Arts Martiens »

On réfléchit quelques instants, on se demande ce par quoi la génération 90 fut faite, ce qui l’a réellement marquée, et on se souvient.
La coupe du monde, les animatroniques au ciné, Pikachu, les chaussures à bulles d’air lumineuses, pas mal. Mais ce qui déchirait les cours de récrés et les terrains de foot, c’était cet accrochage permanent, cet ersatz de guéguerre culturelle Paris-Marseille. Il y avait PSG, NTM, Secteur Ä d’un côté, OM, IAM, Psy4 de la Rime de l’autre. C’était rude la primaire. Il fallait choisir un camp. Dans ce pugilat culturel, peu importe si tu viens d’Île de France ou de PACA, c’est ce que tu écoutes et qui tu supportes qui détermine ton côté sur le terrain. On a beau dire mais tout ça, c’est fini. Il reste peut être une vieille rancœur footballistique, mais ce n’est plus qu’un parti pris soutenu médiatiquement pour des droits de retransmission. Sur le terrain musical, la tendance a rapidement été à l’apaisement. Les symboles de la pacification? Probablement ma 6T va crack-er, et « le monde est à moi » d’Akhenaton et Passi.

Sans titre

D’un coup le rap s’écoute dans les films, à la radio, enfonce la porte de la culture Française et s’infiltre dans les walkmans des gamins. Paris sous les bombes aux Quartiers Nord, L’école du micro d’argent aux Mureaux, la musique adoucit les mœurs comme dirait l’autre. L’engagement et la revendication géographique sont encore là, mais les patrons du rap vieillissent, glissent doucement du hardcore vers le conscient.

IAM, manitou rythmique de la culture marseillaise, a évolué de ce climat bagarreur à un sixième opus de ce rap éclairé des quartiers.

 « Et le temps a filé, nous pris dans ses filets / ballotés entre drames perso et cris des nouveaux nés » – Spartiate Spirit

 

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Arts Martiens, c’est un peu le manifeste de l’évolution d’IAM et de la culture urbaine. L’évolution se trouve surement dans le travail d’Imhotep, âme créatrice de l’instrumental du groupe. Ici, IAM pose ses textes sur une production axée sur la basse, finaude et joliment mixée. On retrouve un peu l’esprit du micro d’argent sur « la part du démon » et « debout les braves », mais globalement l’ambiance est au « new school » : Pascal Perez ravale sa fierté et compose dans l’ère du temps. L’exemple type de cette avancée naturelle se trouve dans la production de « 4.2.1 » : un sample d’opéra classique, une basse et un kick surpuissants, un filtre modulé maitrisé. Imhotep connaît la recette.

On trouve donc gravé sur cette galette une production soignée, entre hommage à la technique de composition historique du rap et Bass Music des années 2000.

« Benkei et Minamoto / sabre à deux lames / affuté mon œil dans le dos / vois au-delà » Benkei & Minamoto

Le léger bémol d’Arts Martiens se trouve dans le travail d’Akhenaton et Shurik’n. Les textes et couplets sonnent juste, à la différence des refrains. En fait, s’il y a une chose à reprocher à cet album, c’est bien les refrains. Exercice difficile, ici les cœurs des titres n’ont pas l’impact suffisant face aux couplets, et finissent éclipsés par le travail de production et le virevoltant Kheops. « Tous les saints de la terre », « Benkei et Minamoto », « L’amour qu’on me donne », « Manœuvres sombres/Sombres manœuvres », des textes habiles et merveilleusement écrits, mais aux refrains un peu faiblards. Le contre exemple des « Raisons de la colère » et son refrain percutant, prouve que les deux comparses sont toujours aptes à sublimer cet exercice de style. Cette continuité poussive entre couplets et refrains, s’explique certainement par l’absence de Freeman. Si on y réfléchit, une bonne grosse voix de « Manimal » ne ferait pas de mal. À certains moments, les deux lyricistes des quartiers nord forcent un peu sur le graveleux, chose inutile et impensable quand Freeman complétait la formation. « Misère », « Habitude », « Après la fête », semblent alors amputées du flow du troisième homme.

Finalement, Le don naturel de la formation rattrape les quelques ratés de réalisation. Le talent de composition et d’écriture est tel, que ce quelque chose de magique qui avait fait exploser IAM en 97, cette étincelle, subsiste. Si, je vous jure, écoutez «  Manœuvres sombres/Sombres manœuvres » et « Dernier coup d’éclat » : Les Bad boys de Marseille sont toujours là.

Quentin Dary

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