Interview de Stuck in the Sound

C’est un jour pour… discuter musique avec Stuck in the Sound

C’est dans une douce après-midi de la fin du mois de juin que C’est un jour pour a pu rencontrer Stuck in the Sound. Le groupe était de passage à Echallon, tête d’affiche du festival Oh ! Bugey. Un bien bon festival qui a eu du mal à trouver son public, malgré une affiche vraiment alléchante. Alors en ce 29 juin, face au lac de Nantua, on s’installe avec Arno et François, respectivement bassiste et batteur du groupe, pour tailler le bout de gras. Une plongée dans la petite popote interne d’un groupe de rock indé, la tête dans le moteur et les mains dans le cambouis. Attention, pour les plus joueurs d’entre vous, un magnifique jeu de mots a été glissé par Arno dans l’interview. Sauras-tu le retrouver ?

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C’est un jour pour : Le groupe existe depuis 11 ans, ça commence à compter. Pensez-vous toujours pouvoir vous renouveler ?

Arno : Pour l’instant la question ne se pose même pas de se renouveler ou pas. Quand on compose nos albums, jusqu’à maintenant on se fait plaisir. Il n’y a pas de démarche de changer radicalement d’univers.

François : Pour l’instant personne ne s’est trop plaint que c’était tout le temps pareil !

CUJP: Ce renouvellement peut passer par l’intégration de nouvelles têtes dans le groupe ?

F : Oui, depuis la tournée que nous sommes en train d’achever en ce moment, nous avons un nouveau membre sur scène, Romain Della Valle, une sorte de cinquième membre caché du groupe depuis vraiment longtemps. Il a enregistré et travaillé d’une façon ou d’une autre sur chacun de nos albums, c’est un très vieil ami d’Arno. Pour le prochain album, il a participé aux compos, c’est plus seulement un musicien, il participe à la création des nouveaux titres.

CUJP: Sur les 11 ans, comment définiriez-vous votre style musical ? Votre évolution, vos influences ?

A : Nous on est plus dans le rock indé, dans la ligne des Smashing Pumpkins, des Sonic Youth, des Pixies…

F : On a un coté 2000, qui fait qu’on retrouve par moment un côté électro, ou qu’on a fait du rock un peu dansant. Il y a pleins d’influences différentes, et c’est ce qui fait pour nous la richesse du groupe. On a aussi des influences qu’on ne partage absolument pas entre les différents membres du groupe et du coup on peut être vraiment inspiré par du classique rock comme du punk rock indé ou des choses très mainstream. L’idée, c’est qu’on a quelques gros groupes sur lesquels on est d’accord, qui sont des références communes. Smashing Pumpkins, Rage Against The Machine, les Pixies… Les influences après sont vraiment multiples et c’est ce qui fait sans doute qu’on continue à faire des choses qui nous excitent encore. Avec les influences de chacun on arrive encore à trouver des surprises dues au clash d’influences entre les différents membres du groupe.

Albums

Stuck in the sound 1

CUJP : Comment a été conçu le premier album, Nevermind the Leaving Dead?

A : La compo’ s’est étalée sur une longue période. Quand t’es un groupe qui débute, t’as pas beaucoup de morceaux. Tu les composes, et quand t’en as 10-12 tu te dis « on va faire un album ». Mais ça prend du temps. Et une fois  que tu as tous ces morceaux, tu as des maquettes, des démos, tu les enregistres 15 fois, t’as 15000 versions qui existent des même titres, et tu te retrouves à faire ton premier album officiel en maison de disques.

F : C’est une sorte de compilation des premières années du groupe avant qu’il signe. Le premier album, il est venu après 4 ans d’existence du groupe.

CUJP: On a beaucoup dit de cet album qu’il a été construit sur le long terme, avec des titres composés parfois trois quatre ans auparavant, donc comment avez-vous réussi à lui donner du liant ?

F : On considère qu’on a un style assez ouvert, on peut se permettre de lier des choses assez énervées avec de la pop. On n’a jamais eu l’impression que cet album manquait de cohésion, et puis le fait que ce soit enregistré au même moment donne une cohérence dans la prod’ de l’album. Je me rappelle pas qu’à ce moment là on se soit dit « Mince, ça va pas ensemble ». On commençait à avoir une certaine idée de comment ça devait sonner, de ce qu’était Stuck in the Sound.

CUJP: C’est un album assez entêtant…

F : Oui, toutes ces chansons là ce sont des chansons qui ont été conservées par sélection naturelle d’une époque où les seuls moyens de tester notre son, c’était les lives. Donc c’est pour ça aussi qu’on retrouve ce côté-là. C’est des morceaux qui nous ont fait connaître pendant qu’on faisait des lives dans la période avant de signer. C’est pour ça que sont les plus efficaces en effet.

CUJP: Encore aujourd’hui, vous êtes fiers de cet album ?

F : Faut attendre quelques années pour réécouter un disque, parce que sinon, t’en peux vite plus, et t’entend pas le disque, le produit fini, mais toutes les étapes avant. Mais celui là, on l’aime bien, on l’assume.

Stuck in the sound 2

CUJP: Le deuxième album, Shoegazing Kids, est très intéressant, il a suscité une certaine attente, en tout cas chez moi, et je ne pense pas me tromper en parlant pour les autres personnes. Avez-vous senti l’attente, la pression de recréer un nouvel univers ?

F : Nous on s’est mis une pression.

A : Oui, parce que c’était un deuxième album, que la presse avait déjà parlé de nous, qu’ils attendaient aussi. On avait trouvé une maison de disque, on n’avait plus cette pression là. A la fois il fallait réussir à affirmer qu’on avait vraiment notre place, que ce n’était pas juste un premier album, qu’on arrivait à faire aussi bien ; et en même temps  il fallait faire un truc dans un laps de temps beaucoup plus court. C’est un exercice pas vraiment facile mais on ne s’est pas posé non plus mille questions. On n’avait plus de studio à nous, donc on a été obligé en plus de répéter par des petites sessions à Bordeaux. La composition s’est fait sur trois sessions d’une semaine, ce qui n’a rien à voir avec l’album d’avant par exemple (rires). C’était un défi après une tournée de première album. On avait le délire de passer de « ça y est, on a trouvé notre son, un peu rock indé, qui en a rien à foutre » à montrer qu’on était devenu un vrai groupe de rock.

CUJP: Justement, pourquoi ce titre d’album « Shoegazing kids » ? Pour vous lier à ce mouvement musical ? (Le shoegazing est un courant de rock alternatif)

A : On a commencé à sortir pleins de titres après les enregistrements, faire le brainstorming des titres d’album et l’association de mots, on a accroché…

F : En fait ça allait bien avec beaucoup de thématiques du disque, les paroles,  autant le Shoegaze n’est pas une grosse influence pour nous comme style musical, mais dans cet album on a une thématique de l’adolescence, un peu le côté sentiments exacerbés. Il y a un côté très bleu et teen dans ce disque. Du coup ça allait bien, c’était cohérent avec la pochette aussi, qu’on avait trouvée hyper touchante. C’était une fan qui nous avait envoyée cette photo à la base. Tout ça avait du sens, c’était plus l’adolescent renfermé que le mouvement.

Même si c’était rigolo et que ça faisait deux albums avec des références à la musique en quelque sorte.

CUJP: Cet album est assez sombre à l’écoute. C’est un choix délibéré de créer cet univers radicalement différent ?

A : J’ai une théorie.  On a composé à Bordeaux, grande région de vin, duquel on a un peu abusé ainsi que d’autres substances…On avait notre petit château, c’était Led Zep quoi ! En fait, on a composé sous Jack Daniels.

F : Y’a un côté lendemain de cuite tous les jours quoi ! C’est moche à dire mais c’est peut-être ça ouais ! (rires).

CUJP: L’album est très équilibré, une sorte de longue ballade qui s’étend sur toutes les plages.

F : C’était le but escompté quand on a fait ce disque. C’était aussi un fantasme, on avait envie de faire un deuxième album qui nous rende groupe de rock indé crédible.

A : Ne pas aller dans le facile et faire du gros single « boum boum » dansant.

F : Et on avait déjà fait « Toy boy » et à ce moment là tous les groupes se mettaient à faire du pied sur tous les temps, on n’avait pas envie d’être là dedans, donc on est allé vers des modèles un peu sobres où tous les morceaux sonnent pareil, qu’il y ait une unité de son sur le disque. C’était une sorte de gage de crédibilité indé de faire un disque un peu dur, où tu rentres dans un univers qui n’est pas vraiment chatoyant, mais avec  une unité et un voyage.

Toy Boy

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CUJP: Le troisième album, Pursuit, amorce en quelque sorte un nouveau virage. On y retrouve un peu l’esprit du premier, avec certains morceaux qui se ressemblent, non ?

A : C’était la volonté de retrouver la même façon de travailler. On n’avait plus notre studio qui était notre petit laboratoire où on passait toutes nos nuits jusqu’à des heures pas possibles. C’est ce qui permettait de rajouter les petits arrangements, de vraiment ciseler le morceau jusqu’au dernier petit détail. On a perdu l’endroit, donc on s’est dit autant retrouver un local, ou construire notre propre studio. On est devenus maçons pendant six mois de notre vie. On a tout fait, on s’est fait mal.

On a voulu être en réaction par rapport au 2ème où justement tout était très homogène et on est allé chercher des couleurs très différentes sur chaque titre. On a passé des heures à faire des recherche sur le son, quel micro utiliser, avec quel préampli, etc. C’était un gros puzzle de son avec des choses très variées.

CUJP: La construction de ce studio, ça a permis une renaissance symbolique, un retour aux sources ?

A : Ouais, on retrouvait notre ancienne façon de travailler. T’enregistres ton morceau, tu le laisses un peu de côté, tu reviens dessus un mois après.

CUJP: La construction de l’album est aussi intéressante : on attaque fort d’entrée avec Brother, pour redescendre avec quelques ballades, pour terminer en beauté. Cette sensation était voulue ? 

F : Pour le coup ce disque n’est pas du tout un concept album, c’est plein de morceaux différents produits différemment. Pour les faire matcher ensemble, il y avait plein de façons différentes de faire des montées, des descentes. Mais je dois dire honnêtement que l’ordre des morceaux, c’est pas ce dont on est le plus heureux dans ce disque. Ca n’a pas été à la base du disque, il n’y a pas une histoire qui se raconte au fil du disque.

A : Surtout qu’on est à une époque actuelle où sur Itunes, l’ordre des morceaux, on s’en fout, ça compte à peine, c’est des singles.

F : Et on s’est tellement pris la tête sur chaque titre qu’on était moins dans l’idée de construire quelque chose. Même si on a quand même essayé de faire des petits rappels, de créer une ambiance dans le disque…

A : D’avoir des dynamiques. C’est pas non plus du hasard…

F : Du coup, c’est sûr qu’on peut dire que c’est moins un concept album que Shoegazing Kids par exemple.

Clips et scène

CUJP: Vos clips sont assez esthétiques. La musique accompagne une histoire visuelle, plutôt que d’être au centre, non ?

A : C’est surtout les réalisateurs qui ont des égos démesurés par rapport aux musiciens (rires) C’est inadmissible ! Souvent ce sont des amis et des connaissances qui nous proposent leurs projets. Avant les clips c’était nous en train de jouer dans un local plus ou moins grand. On trouvait ça sympa d’avoir des visuels un peu scotchants car les gens s’échangent de la musique mais aussi beaucoup de visuels.

A chaque fois, ce sont des projets qui nous plaisaient. On a grandi dans les années  80, on s’est mangé beaucoup de mangas japonais, des blockbusters, etc. Les clips de « Pursuit », de « Brother », et même de « Let’s go » surtout, ça nous fait rire, c’est dans cet univers.

F : C’est pas comme un gros plan marketing du groupe, qui présente son esthétique et compagnie, c’est plutôt des associations entre des artistes, des musiciens, des réalisateurs. Les musiciens profitent de l’impact visuel que vont créer les réalisateurs, et les réalisateurs profitent  de l’auditoire des musiciens. C’est une sorte d’échange de bons procédés qui crée un objet artistique nouveau.

CUJP: Par rapport à certains clips, vous apportez autre chose. Vous n’entrez pas dans les normes, ce qui pourrait vous empêcher d’être diffusés. 

F : Oui il y a pleins de clichés, de poncifs. Mais vu qu’on reste un groupe de rock indé, on vise pas ça, c’est pas notre but de faire un clip calibré qui va passer sur MTV ou  W9 pour prendre des choses très mainstream. On a même plutôt intérêt à faire des choses au contraire pas du tout calibrée, mais que les gens s’échangent sur internet. Tu vois, sur le clip de « Let’s go », t’as trois quatre pages de commentaires en russe, c’est marrant. Ca touche beaucoup de gens d’une façon différente et c’est très bien.

CUJP : Vos prestations en live sont très souvent explosives, quel lien entretenez-vous avec la scène ?

A : On n’habite pas très loin. Enfin plus de la Marne même.

F : La scène, ça a toujours été l’endroit où on s’est éclaté.

CUJP: Avec des concerts fleuves ?

F : Pas forcément non plus. Quand tu fais du rock à fond les ballons, un peu noisy, où ça va vite il se passe pleins de trucs, si tu joues pendant une heure et demi, tu pètes la gueule des gens !

A : Et après toi t’en peux plus très vite aussi, tu passes aux substances prohibées, et ça, c’est pas notre truc. On fait des concerts plus courts du coup !

F : On a déjà fait des concerts plus longs, mais c’était à l’Olympia ou la Cigale par exemple, là tu prends le temps de faire des moments plus calmes. Mais pour l’instant quand on le fait, on se force un peu. C’est un peu parce que notre manager nous fait « Les gars, sérieux, c’est l’Olympia, vous ne pouvez pas jouer une heure, ça fait dix ans (NDLR : que le groupe existe) ». Mais pour nous tel qu’on le conçoit, un concert de rock ça ne dure pas non plus trois heures. On voit plus ça comme une grosse décharge d’énergie.  On s’est même mis à regretter l’époque où on était en première partie. Quand tu commences, tu ouvres pour un autre groupe qui est plus installé que toi. On te donne une heure avant que l’autre groupe ne joue. Tu t’en bats les couilles, t’arrive et t’as juste à lâcher ton truc. L’idée c’est ça, tu fais la bourrasque avant histoire de calmer tout le monde. Et quand tu passes en tête d’affiche, on se met à exiger de toi que tu joues plus longtemps et quelque part c’est pas notre truc. Mais on s’y fait au fur et à mesure. On fera des sets plus longs lors de la prochaine tournée. On commence à envisager d’avoir des morceaux différents pour pouvoir faire ça.

Avenir du groupe

CUJP: Et le 4ème album, c’est pour bientôt ?

A : C’est en cours, doucement.

F : A priori, ce sera dans la première moitié de 2014. De là à savoir si ce sera en janvier, en juin ou en septembre …

CUJP: Vous avez déjà une idée du son que vous nous proposerez ?

F : Un début oui. Là on a six sept titres, une sorte de moitié d’album, qui ont une certaine couleur. Ce qui est sur, c’est que Romain est avec nous tout le temps, ce qui amène beaucoup plus de clavier. Ca donne quelque chose un peu pop, nous ça nous fait penser un peu à Supertramp, Queen.

CUJP: Ce sera un autre univers ?

A : C’est encore un peu chaud de savoir, tu sais. Si ça se trouve on va faire six titres super vénères qui vont complètement changer l’album !

F : Si ça se trouve ce sera du hardcore au final, on sait pas.

A : En Norvège, dans une église…

F : Enfin dans les cendres d’une église !

CUJP : Et pour finir, en plus du groupe, vous avez des projets solos ?

F : Aucun de nous à part José. Il pose très souvent des voix, fait des featuring, il y a pas mal de choses qui sont sorties ou qui vont sortir dans les mois à venir. Pas mal dans l’électro. Le dernier album de Kavinsky par exemple. Après nous non, on n’a pas de projet sérieux, même pas du tout en fait.

Propos recueillis par Alexandre Tange 

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