Gravity d’Alphonso Cuarón

C’est un jour pour… aller voir Gravity ?

Gravity

La dernière fois que je suis allé voir une avant-première au cinéma, je devais avoir 10 ans. C’était le Roi Lion 2, et j’ai même eu un autographe de Stomy Bugsy sur un poster du chef-d’œuvre, trop stylé. Quand j’ai vu que le cinéma du coin proposait avant l’heure et un lundi soir de pluie le surmédiatisé Gravity  d’Alphonso Cuarón, j’ai dit Amen. Hollywood se pète la gueule sévère, l’oncle Sam tape son shutdown économique, alors bon, autant balancer 12 euros (ah la 3D…) pour eux dans un film encensé comme jamais par les critiques depuis… depuis, je sais plus. Étant furieux de l’espace depuis que gamin j’ai vu un destroyer stellaire glisser sur le haut de l’écran de télé familial, je pensais passer un bon moment, même triper un max devant un film considéré comme révolutionnaire.

Claque visuelle, oui, choix des acteurs, presque-non

Visuellement, c’est clair, ça balance grave. Mais grave hein. La scène d’ouverture est simplement monumentale, et nous plonge avec une bonne claque dans le silence de l’espace. La musique, ou plutôt « l’ambiance sonore » de Kevin Price accentue le caractère déroutant de l’absence de force gravitationnelle, et joue avec nos nerfs et oreilles dans les moments critiques. Sur le coup de caméra de Cuarón, rien à dire non plus. Il nous gratifie de quelques scènes virtuoses, très intenses (le spoiler c’est relou alors je balance juste ma préférée, le fœtus), et cadre avec brio ses acteurs pour que le spectateur oublie que oui, c’est la totale sur fond vert par ici. Il s’amuse avec les distances qu’il distord, met en opposition la gigantisme de l’espace et le ridicule de nos pauvres enveloppes charnelles qui ont tant besoin de ce foutu O2. Le méga-budget de 100 Millions lui a bien servi, pour une fois.  Un professionnel de l’image de synthèse ou de l’espace saurait sûrement déceler erreurs ou ratés, mais une fois enfoncé dans un fauteuil rouge et devant un écran de 20 mètres de large, ça dépote.

Du côté de la performance des acteurs, on retrouve un George Clooney impérial en Matt Kowalski, sorte de grand chambellan délirant de l’espace intersidéral, vieux briscard en baroud d’honneur qui aime s’écouter raconter sa vie. Après les premières minutes, où traine dans un coin de ma tête le costume trois pièces et la tasse à expresso (sur 15 personnes dans la salle, on a eu quand même droit à deux trois « what else ? » bien placés) le personnage s’avère attachant, drôle, et indispensable. Clooney opère une bonne re-reconversion sur grand écran, alors que sérieux, c’était pas gagné non ?

Et là, ça se gâte. Pourquoi Sandra, mais pourquoi ? Je pense que si j’avais Alphonso devant moi, je me foutrais gratuitement de sa gueule pour avoir accepté Sandra Bullock dans son bébé. Ok, cette actrice a eu un Oscar, un Golden Globe, bla-bla-bla. Il n’empêche que les films qui ont fait d’elle l’une des actrices les mieux payées du monde sont : Speed et Miss Detective. Donner le rôle principal à cette actrice, est la première grosse erreur qui bousille Gravity. Le Botox a fait de ses expressions de peur et de renoncement une « jolie » farce, et les différents monologues sentimentaux qu’elle aurait pu magnifier se transforment en des longueurs aussi abyssales que la merde dans laquelle elle se trouve. Convaincante en gros boulet de Kowalski, le docteur Ryan Stone (docteur ? on y reviendra) l’est beaucoup moins quand il s’agit de se dépatouiller de son sac de nœuds.

Où qu’il est le scénario ?

La grosse, très grosse déception de Gravity, c’est le vide sub-spatial de son scénario. Sans dec’, la barre est tellement haute niveau lunettes 3D qu’on est tout de même en droit d’espérer un script digne de ce nom. Et bien non, non et non. Le scénario de Gravity est à l’extrême opposé de sa réussite visuelle. Une histoire plus que bateau entre deux bons américains avec le cœur sur la main, une tentative d’appâter le spectateur avec des dialogues drôles (qui reposent uniquement sur George) d’un côté ; pour ensuite se perdre de l’autre dans du sentimentalisme de comptoir qui fait émerger de l’ambiance pesante installée jusqu’alors. Encore une fois, parlons du docteur Ryan Stone qui, avec 6 mois de formation et de préparation pour sa première sortie dans l’espace, arrive carrément à comprendre le langage spatial technique en Anglais, Russe, Chinois, et réaliser des prouesses (pas de spoiler on a dit) pour essayer de sauver sa peau et rentrer soigner de la chaude-pisse dans son hôpital de secteur. Faire jouer l’imaginaire, se dire qu’après tout, tout est possible dans l’espace, pourquoi pas. Mais avec l’anti-performance dont nous régale l’actrice, j’ai fini par complètement lâcher prise et rire un bon coup en sortant de la salle.

Alors ?

Finalement, voir Gravity au cinéma vaut le coup, au su de ce que l’on nous propose depuis quelques temps déjà chez le géant américain du fast-consume. Mais l’emballement médiatique pour un univers de synthèse bien travaillé, une caméra efficace, une communication quasi-lobbyiste et un nombre d’entrées record ne suffisent pas à faire d’un long-métrage une œuvre potentiellement révolutionnaire. Avec le temps et la technique, l’on oublierait presque qu’avant tout, un film doit raconter une histoire.

Quentin Dary

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