Interview de Sandrine Boulet

army street

C’est un jour pour : quand et comment as-tu décidé de créer ces détournements d’objets du quotidien ? 

Déjà toute petite, je passais mon temps à regarder les nuages ou les plafonds, je regardais les dessins animés, et comme tous les enfants, chaque objet avait sa propre vie… dans ma tête. Je crois finalement que ça ne s’est jamais arrêté… 

CUJP: À chaque fois que tu marches dans la rue, que tu es chez toi, que tu regardes les nuages… Vois-tu directement un détournement à faire ?  

Oui, c’est même parfois un peu obsédant. J’en vois tout le temps… quand je marche, quand je vide mon lave vaisselle, quand je suis debout, assise, couchée..  C’est à dire que j’en vois un, puis deux, puis trois, puis ça devient l’hallu’, ils sont partout autour de moi. Oui, en général, et la plupart du temps, je vois. Je vois ce que je vais dessiner. C’est comme un flash, c’est drôle, parfois je souris toute seule. J’ai un peu tout le temps la tête en l’air, dans les nuages… J’aime m’asseoir sur un banc. Arrêter le temps qui va trop vite, regarder, contempler. C’est un peu comme un état méditatif (assez obsédant quand même…). Quand je dis à mes amies, ou à ma famille :  » là, vous avez vu, y’a un extraterrestre » ils me regardent et se disent d’un air désespéré : « bon ok..ça s’arrange pas… »

les yeux de la grille

CUJP:  Tes créations sont souvent très poétiques. Considères-tu ton art comme une invitation à la légèreté, au rêve, aux petits bonheurs du quotidien ?

Oui bien sur. c’est nécessaire. Il y a une jolie phrase de Camus qui dit

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été.

Chacun a son hiver, et chacun a en lui son invincible été…

CUJP: Les expositions sont un passage important dans la vie d’un artiste. Dès le départ, avais-tu la volonté d’être exposée ?

Non, je ne pensais pas que mon travail pouvait être exposé et intéresser un public, mais je remercie tous les gens qui m’encouragent à continuer. J’espère que ça va continuer, mais on verra bien comme je dis toujours. Et puis, si ça s’arrête, c’est pas grave, je deviendrai voyante !

CUJP : On pourrait rapprocher ton art du street art de certains artistes qui utilisent par exemple les défauts d’un mur comme support d’un graffiti, la forme d’un panneau pour des autocollants artistiques… Je pense à Banksy, Clet Abraham… Es-tu inspirée par certains de ces artistes ?

Oui, Banksy est un artiste visionnaire et je crois qu’il a été un moteur pour pas mal d’artistes, il a joué pas mal avec la ville et ses détails. Mais je ne me considère pas non plus comme une street artiste. Je travaille avec la rue comme support visuel parce que j’aime me promener et que je vis en ville, mais pas ce n’est pas seulement ça. Je travaille en effet aussi sur la nature, les enfants, le quotidien…

Etrangement, celui qui m’a le plus inspiré est un artiste contemporain que j’avais vu au Mac Val il y a longtemps et qui s’appelle Alain Bublex.
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Il a fait tout un travail de dé-construction de l’urbain et j’avais été vraiment scotchée. Je m’étais dit que l’on pouvait révéler l’invisible, créer des tunnels imaginaires et inventer un monde poreux, extensible… entre réalité et rêve. En tout cas c’est comme cela que je l’ai perçu à l’époque…

Je me souviens aussi de trompes l’oeil sur des façades quand je me promenais dans Paris avec ma grand-mère. J’étais fascinée par ces dessins qui représentaient par exemple une femme à sa fenêtre, je pouvais rester devant immobile comme ça…. 

pin up

CUJP: d’autres oeuvres te touchent-elles aussi ? 

Des films comme « Qui veut la peau de Roger Rabbit »  car le mélange réel/dessin animé était assez nouveau et c’était vraiment drôle cette nouvelle interaction… Escher et ses escaliers qui n’en finissent pas, ou le poème pour faire le portrait d’un oiseau de Jacques Prévert sont également des sources d’inspiration. Bref, tout ce qui peut ramener à la vision, à la façon dont on voit les choses…ou dont on ne les voit pas… ou dont on veut les voir…   

En général, je prends des photos sur lesquelles je retravaille ensuite, suivant ce que j’ai vu. Mais je peux aussi de temps en temps faire des papiers découpés. C‘est pour cela que ce que je fais peut sembler difficile à mettre dans une catégorie : art urbain, street art, illustration, etc. Justement, c’est ça qui me plait, être ici et ailleurs, un peu comme nous finalement, sommes-nous ici et où sommes-nous, ne pas savoir où s’arrête le réel, ou commence l’irréel. Je veux créer un  travail qui est visible tout en étant invisible dans le visible.. Ce qui m’intéresse c’est cet état d’entre deux, d’intersection, ne pas être dans un seul univers trop étouffant.

 Ce qui me plait est peut être de prolonger un peu la réalité et de m’amuser dans un univers flexible, extensible, infini. C’est de créer un monde ludique et de voir autre chose dans la réalité..

 Certains apellent ça : la pareidolie

Une paréidolie (aussi écrit pareidolie, du grec ancien para-, « à côté de  », et eidôlon, diminutif d’eidos, « apparence, forme ») est une sorte d’illusion d’optique qui consiste à associer un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale.

 Ce qui me plait aussi est de voir le positif dans le négatif ; la couleur dans le gris ; le vendredi dans le lundi ; le soleil dans la pluie, Bruxelles dans les choux de Bruxelles. Si vous voyez ce que je veux dire…

Bon mais ce qui me plait aussi est d’écouter du Bowie, Beau-oui et de manger un bon éclair au chocolat, ça c’est du bon réel… 

 Pour terminer, les paroles de cette chanson de Bowie  » There is a happy land » me touchent particulièrement : 

 

There is a happy land where only children live
They don’t have the time to learn the ways Of you sir, Mr. Grownup 
There’s a special place in the rhubarb fields underneath the leaves
It’s a secret place and adults aren’t allowed there Mr. Grownup,
Go away sir
Charlie Brown got’s half a crown, he’s gonna buy a kite

Jimmy’s I’ll with chicken pox, and Tommy’s learned to ride his bike
Tiny Tim sings prayers and hymns, he’s so small we don’t notice him
He gets in the way but we always let him play with us

Mother calls, but we don’t hear
There’s lots more things to do 
It’s only 5 o’clock, and we’re not tired yet
But we will be, very shortly
Sissy Steven plays with girls, someone made him cry

Tony climbed a tree and fell, trying hard to touch the sky

Tommy lit a fire one day, nearly burned the field away

Tommy’s mum found out, but he put the blame on me and Ray

There is a happy land where only children live
You’ve had your chance and now the doors are closed sir, Mr. Grownup 
Go away sir
Boo, de boo, de boo, de boo dup

 

 Propos recueillis par Elise Iwasinta 

Le site internet de Sandrine ici

Son blog aussi 

Et son livre

 

 

 

 

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