Interview de Mixhell

Nous sommes en 1980. L’establishment musical se heurte violemment à la vague Punk Rock. Cette déferlante qui émerge des bas fonds britanniques bouscule les codes de l’industrie et ses artistes Glam Rock tout en collants et en groupies. L’anticonformisme de l’époque a mit sur orbite un nouveau style musical à l’influence très sous-estimée encore aujourd’hui, le Thrash Metal. Ce courant plus qu’alternatif matérialise le ressentiment et le rejet des codes par un tempo rapide, des riffs de guitare enragés, de la vocalise hurlante et des plans de batterie éreintants. Le Thrash bouleverse les ventes d’albums, s’impose comme une référence auprès d’une jeunesse lassée, avide de nouveauté.

Le Brésil ne fut pas ménagé par l’ouragan saturé de cette décennie qui a vu le développement du nouvel underground, tant distordu qu’électronique. Deux jeunes frères, Max et Iggor Cavalera, respectivement chanteur et batteur, fondent en 1984 le groupe Sepultura et envoient valser la samba nationale sur fond de dictature militaire à bout de souffle.

30 ans ont passé. Iggor Cavalera, toujours accompagné de ses fûts de batterie et percussions brésiliennes, signe avec sa femme Laima Leyton chez le poids lourd de la musique électronique Boys Noize Records. À travers le projet Mixhell, ce couple de musiciens passionné et passionnant livre Spaces, un premier album très personnel et à contre-courant, rythmé par la frappe du cador du Thrash et emprunt de nappes de synthés à l’influence résolument allemande. En pleine tournée européenne, les deux amoureux de la scène électronique internationale ont pris le temps de répondre aux questions de C’est un jour pour

1400357_10151961274757446_417530396_oMixhell en live à Grab, Autriche. Crédits : Zeiger Graz / Michael Zahnschirm & Theresa Lipp


CUJP : Comment est né le projet Mixhell ?

Laima : Lorsque Mixhell a commencé, c’était totalement pour le fun. Iggor était à l’époque invité pour mixer en tant que célébrité, j’avais l’habitude de l’accompagner et lui suggérer des morceaux pour ses sets. Un ami commun nous a suggéré par la suite de mixer ensemble, en Back to Back (littéralement dos à dos), toute une nuit lors de la Saint Valentin. Nous nous sommes sentis tellement bien qu’à partir de cette nuit là, nous avons décidé de ne plus jamais faire différemment. Après cette décision vinrent les demandes de remixes, de productions, puis de live… etc.

CUJP : Il semble que vous ayez enregistré batterie et percussions en live pour cet album. Comment répartissez-vous votre travail de création en tant que groupe ?

Iggor : Nous avons enregistré les parties rythmiques dans différents studios et au cours de nombreuses sessions. L’idée était de mélanger les sonorités, entre l’ambiance acoustique et les sons électroniques que peut fournir la batterie. Nous divisons généralement notre travail en trois parties distinctes, et il n’y a rien dans cet album qui n’ait été réalisé sans l’un ou l’autre.

CUJP : Être un couple à la ville et un groupe en studio affecte t-il votre processus créatif ? Est-ce plus difficile ou au contraire, cela facilite t-il la production ?

Iggor : c’est génial de travailler en couple, mais parfois nous avons absolument besoin d’un troisième avis pour prendre la décision finale.

Laima : c’est une bonne chose que la majorité de nos discussions soient liées au travail et à la composition, il y a alors beaucoup d’énergie dans celles-ci.

CUJP : Iggor, tu as travaillé avec Max au sein de Sepultura, et aujourd’hui avec Laima pour Mixhell : la musique est une histoire de famille pour toi non ?

Après des années de travail aux côtés de personnes avec lesquelles ça ne collait pas pour des raisons personnelles, j’ai décidé d’avancer uniquement avec les personnes auxquelles je tiens vraiment.

CUJP : Laima, quelles sont tes influences musicales principales ?

J’ai toujours été très rock des années 90 et New Wave des années 80. Quelque part entre Jane’s Addiction et les B52. 

886121_10151961277092446_1272537190_o Mixhell en live à Grab, Autriche. Crédits : Zeiger Graz / Michael Zahnschirm & Theresa Lipp

CUJP : Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à signer sur le label Boys Noize Records ?

Iggor : Nous travaillons avec BNR depuis longtemps, aussi Alex (Boys Noize) est un très bon ami.

Laima : Iggor a toujours été entravé par les labels et le système dans ses projets précédents, pour Mixhell nous avons donc vraiment pris le temps de choisir avec qui travailler. Quand Alex nous a invité à rejoindre son label nous avons tout de suite accepté, c’était plus pour nous comme célébrer une grande amitié.

CUJP : Du Thrash Metal à la musique électronique : de nombreux musiciens opèrent ce virage dans leurs créations, vous sauriez expliquer le phénomène ?

Iggor : Il y a aujourd’hui plus d’artistes qui expérimentent et évoluent dans la musique électronique plutôt que dans le rock. J’imagine que ceci explique le phénomène.

CUJP : Alors, que pensez-vous des scènes Thrash et Électro actuelles ?

Iggor : Il y a des choses incroyables dans les deux styles, mais aussi beaucoup de merde !!!

1412562_10151961283777446_283898967_oMixhell en live à Grab, Autriche. Crédits : Zeiger Graz / Michael Zahnschirm & Theresa Lipp

CUJP : Avez-vous rencontré des fans de Sepultura (ou plus largement de Métal) au cours de vos dates avec Mixhell ?

Iggor : Parfois nous avons des fans qui viennent aux concerts de Mixhell, mais nous essayons de ne pas trop forcer cette situation, ce doit être naturel.

Laima : c’est vraiment drôle de retrouver des Metal heads (cheveux longs, de noir vêtu, le fan de Métal) sur le dancefloor. Lorsque ça arrive, cela veut dire qu’il y a plus d’amoureux de musique ouverts d’esprits qu’autre chose. Et ça arrive très souvent. Nous aimons beaucoup ça !

CUJP : Comment décrire les fosses de vos concerts : danseurs, spectateurs, ou autre chose ?

Laima : Bien sûr les personnes durant nos lives aiment à nous regarder sur scène, mais nous apprécions vraiment lorsque les choses tournent d’une manière telle qu’ils se détournent de nous et se mettent simplement à DANSER…

CUJP : Certains pionniers de la musique électronique pensent que leur style est sur le point de s’écrouler. À travers Spaces, vous prouver que celui-ci a encore des ressources. Sans pointer quiconque du doigt, avez-vous écouté le RAM des Daft Punk ?

Iggor : Oui, j’ai écouté le dernier album des Daft Punk. J’étais plutôt déçu.

Laima : Et bien, chaque style a ses pics de popularité et ses pertes de vitesse. Finalement, les ressources sont sans limites et tu peux toujours revisiter la musique.

CUJP : Enfin, quel est le programme après la tournée ?

Iggor : Bien que nous soyons sur la route pour notre album « Spaces », nous avons déjà commencé à travailler sur de nouvelles choses… le programme est donc de continuer à travailler dur.

ENGLISH VERSION

Year 1980. Musical establishment violently collides with Punk Rock’s wave. This powerful groundswell which emerges from the British’s lowlands is rebelling against traditional conventions of the music industry and of its Glam Rock artists identified with their tights and groupies. At that time nonconformism highlights a new musical style which still has a great under-estimated influence today – Thrash Metal. This trend is more than AC and materializes resentment and refusial of conventions through high tempo, ferocious guitar riffs, screaming vocalizations and backbreaking drums. Thrash suddenly overturned album sales and quickly imposed itself as a reference among a weary and eager youth. Brazil was not spared by the saturated hurricane of a decade which has witnessed the development of a new distorted and electronic underground. In 1984, two young brothers, Max and Iggor Cavalera, respectively singer and drummer, formed a band called Sepultura. They totally sent flying the national Samba settled on an exhausted dictatorship.

30 years have passed, Iggor Cavalera, is still accompanied with his brazilian’s percussions and drumkit. He signs with his wife Laima Leyton with the heavyweight electronic label Boys Noize Records. Through the Mixhell project, this passionnated and fascinating couple introduces Spaces – a first very personal and original album, which clearly borrowed from German synths and to which Thrash Metal’s specialist strike gives rhythm. The two lovers of  the international’s electronic scene are now touring all across Europe, but they gave us some of their free time to answer our questions.

 

 How did the Mixhell’s project come to birth ?

Laima : Mixhell started completely for fun. Iggor was invited to some parties to mix for celebrity Djing, and I used to go with him and suggest tracks. Then there was a friend of ours who suggested that we should mix together back to back all night for Valentine’s Day. We felt so good that day that we never wanted to do it different. After that came remixes requests, production, live… etc.

 It seems that you’ve recorded the drums live for the album. How do you share the creation process as a band ?

Iggor : We recorded the drums in many different studios and sessions. The idea was to blend acoustic, ambient and electronic sounds of the drums. We usually share all the work in 3 parts. There’s nothing on this record that was done by only one hand.

Is working as a couple affecting your creation process ? Is it difficult or does it make things easier ?

Iggor : It’s great to work as a couple, but sometimes we definitely need a third person to make a final decision.

Laima : It’s good that most of our discussions as a couple are related to work and composing music so there is a lot of energy in discussing it.

 

 Iggor, you’ve worked with Max, and now you’re working with Laima. Music is for you a sort of family thing, right ? 

After spending years working with people that sometimes don’t click with me on a personal level, I decided to only work with people that I really care about.

Laima, what are your main musical influences ?

I have always been into 90’s rock, 80’s new wave. Something in between Janes Addiction and B 52’s.

Can you tell us why did you sign at Boys Noize Records ?

Iggor : We have been working with BNR for a long time, also Alex (Boys noize) is a great friend of ours.

Laima : Iggor had been always tied up with labels and stuff on his previous projects, so for Mixhell we really took time to choose with who we really wanted to work. When Alex (Boys Noize) invited us we accepted right away, it was more a way to celebrate a good friendship.

From Thrash Metal to Electro : lots of bands and musicians are operating this kind of change, could you explain the phenomenon ?

Iggor : There’s more people experimenting with electronic music nowadays rather than with rock music. I guess thats why.

So, what do you think of today’s Metal and electro scenes ? 

Iggor : They both have amazing acts and a lot of crap too!!!

Have you met some Sepultura (or some who seems to be thrash/heavy) fans during Mixhell’s tour ? 

Iggor : Sometimes we have fans who come to Mixhell gigs, but we try not to force those situations, it has to be natural.

Laima : It’s a lot of fun to meet metal heads on the dance floor. When that happens it means  they are more music lovers and open minded then anything else. And it’s been happening a lot. We really like that !

How would you describe the crowd at your gigs : dancers , listeners, or else ? 

Laima : Of course people like to look at us on stage but we really love when they just turn their backs and simply DANCE…

Some electronic music pioneers think that their own style is about to collapse. Through your album, you show that the style still have ressources. Without pointing anyone, have you listened to Daft Punk’s RAM ?

Iggor : Yes I have listened to Daft Punk’s record. I was quite disappointed.

Laima : Well, each style has its own moments of up & down, but in the end the resources are endless & you can always revisit music.

Finally, what are your plans for Mixhell after the tour ?

Iggor : As we tour for the album « Spaces » we already started working on new material… so the plan is to keep working hard.

Propos recueillis par Quentin Dary 

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