Robot de Blanca Li

C’est un jour pour… avoir une autre vision des Robots. 

robots

Qu’est-ce qui fait l’humain ?

En ce début 2014, il est important de s’arrêter un instant et de réfléchir à ce qui fait notre nature, notre condition ; ce que veut dire être HUMAIN.

Cette nature est indéniablement liée à notre environnement, ce avec quoi nous évoluons et dont on ne peut désormais plus se passer : le numérique et les progrès constant des nouvelles technologies. On se souhaite la bonne année par texto, on envoie ses vœux par mail, on cherche le bon plan pour la soirée du 31 sur internet, on regarde les photos de cette même soirée sur Facebook et on les relaie sur Twitter, Instagram et autres réseaux sociaux. Le 1e, on fait le ménage grâce à notre super aspirateur intelligent, on enfourne la vaisselle sale dans la machine, on regarde une vidéo à la demande sur notre home cinéma.

Notre quotidien, notre destin, est lié aux machines.

Qu’en est-il alors de l’humain ?

Quelle place lui reste-t-il lorsque des machines peuvent désormais penser pour lui, agir comme lui, anticiper ses réactions ? Comment arriver à penser un transhumanisme sans pour autant dénier l’homme? Car l’humain est modifié par l’arrivée de ces machines, voilà la réalité. L’enjeu est de trouver sa place par rapport à elles.

C’est cette problématique qu’aborde la chorégraphe espagnole très « olé olé » Blanca Li dans son dernier ballet, sobrement intitulé « Robot ».

Huit danseurs (quatre hommes, quatre femmes) sont sur scène, costumes couleurs chaire. Ils se meuvent sur des battements de cœur, au son d’un fluide sanguin. Un tableau organique : l’organisme humain est en lui-même une machine qui répète les mêmes mécanismes pour permettre à l’homme d’être, de respirer, de vivre, depuis la nuit des temps. Les gestes sont vifs, saccadés. Les danseurs se tiennent debout les uns à côtés des autres, sans contact : on naît seul. Néanmoins, cette solitude ne dure pas : les femmes rencontrent les hommes et vice versa. Chacun appréhende l’autre et l’union se fait dans un même mouvement, naturel, sans choc.

Si l’homme nait d’une mécanique et fonctionne par elle, la chorégraphe prend le parti de ne pas brusquer le spectateur, du moins pas d’entrée de jeu.

robots 2(photo de Magali Bragard)

Car les battements de cœur sont suppléés par des machines musicales improbables aux looks d’extra-terrestres. Elles prennent le devant de la scène. Le rythme devient de plus en plus rapide et saccadé. Les danseurs, vêtus de bleus de travail, s’activent, répétant inlassablement les mêmes mouvements de notre quotidien. « Métro-boulot-dodo ». La mécanique de l’homme. Une mécanique qui se décortique en quelques mouvements simples : lever-préparation- trajet pour le bureau-téléphone-ordinateur- déjeuner- trajet du retour… Le  burn-out est aisé à anticiper : l’humain craque, devant se montrer toujours plus productif, placé en compétition avec les machines. D’où l’éternelle ritournelle : si l’homme est une machine pensante, les robots, créés de la main de l’homme grâce aux progrès de la science, le dépasseront un jour et appuieront sa domination sur lui.

robots 3(photo de Magali Bragard)

Cette célèbre ritournelle, objet de nombreux blockbusters américains, n’est pas la philosophie de la chorégraphe. Dans le tableau suivant, les danseurs sont rejoints par des robots, des petits Nao, aussi craquants que de petits bambins. S’instaure alors la communication entre humain et robot. Un danseur apprend à Nao à marcher et à danser : un tableau frappant et attendrissant, telle la ressemblance entre un enfant et Nao est surprenante. Le danseur et Nao envahissent l’espace et dansent ensemble, rejoints par les autres danseurs.

Les tableaux se suivent et exploitent chacun à leur manière un angle de la problématique du robot dans la vie de l’homme : le destin des relations humaines, le destin de la signification de la vie pour l’homme (et par là aussi de la mort), la transformation physique de l’humain par les machines (l’homme comme androïde ou être hybride). S’y mêlent de véritables petites scènes de comédie : un Nao crooner interprète « Besame mucho » vêtu de strass et de paillettes ; une danseuse tente de séduire un autre robot. Des petites scènes qui font la joie des enfants présents dans la salle et apportent un peu de légèreté au propos abordé.

En effet, c’est bien par un absurde loufoque et très intelligent que la chorégraphe choisit de traiter d’un des problèmes les plus fondamentaux de l’humain, faisant de son ballet une œuvre d’art globale : une œuvre nouvelle, fraiche, intelligente et complètement barrée, haute en couleurs, s’appuyant sur un véritable travail de sons et de lumières. La performance des huit danseurs -sur scène pendant une heure et demie- est tout simplement admirable : pas un seul instant ils ne relâchent leurs efforts, et pourtant, comme les grands danseurs, la seule difficulté qu’on peut lire est celle de la tension de leurs muscles sur leurs corps en action.

robots4(photo : Magali Bregard)

Je recommande à quiconque veut vivre un beau moment de danse qui chamboule aussi bien le corps que l’esprit, d’aller voir un jour ce spectacle.

A Paris, les représentations sont terminées mais la compagnie part en tournée dans le reste de la France.

Toutes les dates ici : http://www.blancali.com/fr/event/99/robot

La Grande Blonde

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Un commentaire

  1. tarjot

    je suis allée également voir ce spectacle ..;éblouissant, époustouflant, magnifique!
    l’interprétation est fabuleuse d’autant plus que le propos n’est pas simple d’entrée de jeu.J’ai passé un super moment de ceux qu’on aimerait voir se rallonger, s’éterniser…alors essayons de garder le plus possible notre humanité dans cette société qui tente de nous déshumaniser (mais la société c’est nous…)
    merci à Biaca Li et à la grande blonde de nous faire patager ce beau moment!

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