Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch

C’est un jour pour … Aimer les vampires

En grande fan des films de vampires, je ne pouvais que courir voir le dernier Jim Jarmusch « Only Lovers Left Alive ». Et je n’ai pas été déçue. Mais même si mon goût pour les dents aiguisées est indéniable, ce n’est pas ce qui m’a charmée dans ce dernier film du réalisateur de « Dead Man« .

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Un film sur les hommes

« Only Lovers Left Alive », ce n’est pas un film sur les vampires, mais bien un film sur les hommes. Jim Jarmusch y met en scène un couple de vampires Adam (Tom Hiddleston) et Eve (Tilda Swinton) voués à errer durant toute leur existence (immortelle) entre les villes de Détroit et Tanger. L’originalité du film réside en cela que les vampires ne sont ni effrayants ou imposants (Nosferatu, Dracula), ni fascinants ou enviables pour leurs forces surnaturelles (Twilight, Entretien avec un vampire), ni drôles (Le bal des Vampires). Ici, ils sont juste vampires, et ce n’est finalement pas cela le sujet du film. C’est plutôt la condition humaine qui semble intriguer le réalisateur. Il parle des hommes, ces « zombies » comme aime à les appeler Adam, qui répètent inlassablement les mêmes erreurs depuis la nuit des temps : guerres, maladies, etc. Ici, les vampires ne font plus peur car c’est la race humaine elle même qui effraie. La pollution de l’eau, les maladies, les bactéries, font des humains une menace pour eux-mêmes – et pour les vampires – qui ne peuvent même plus s’en nourrir sans précautions. Véritable critique du monde moderne, le film nous fait réfléchir… sur notre propre société.

Références littéraires

Ce qui rend également le film intéressant, et qui a pu en énerver certains, ce sont les constantes références culturelles et littéraires. Jarmusch semble s’amuser à réécrire l’histoire en faisant d’Adam et Eve des vampires, mais aussi de Shakespeare un escroc. Il s’amuse à jouer en faisant des allers retours dans l’Histoire de l’Humanité, avec des références qui passent quelques fois quasiment inaperçues.

Une errance et romance morbide

 Only Lovers Left Alive, c’est aussi l’histoire de l’errance de deux êtres qui s’aiment. Ils se perdent dans les méandres du passé, parcourent des lieux qui sont devenus sans vie (ancien théâtre, routes désertes) et semblent ne pas pouvoir profiter de leur immortalité. Pourquoi ? Parce que celle-ci dépend tout simplement d’un seul et unique facteur : le sang humain. Ce carburant, qu’ils conservent précieusement comme le saint Graal, les vampires le consomment comme une drogue pure et rare. Lorsqu’ils le boivent, ils planent comme des héroïnomanes venant tout juste de se piquer. Dès lors, les personnages apparaissent fragiles, et surtout… dépendants. Ils ne sont plus ces grands vampires dangereux et imposants dont on nous rabat les oreilles depuis des millénaires. Jarmusch en fait ici des victimes, des êtres dépendants des hommes.

Des vampires mélomanes

Le vampire est artiste. Adam est un auteur-compositeur de génie, dont les musiques ont atteint un caractère sacré et universel. Les années lui ont permis de composer avec brio des hymnes funèbres, dont même les hommes sont fans (ce qui le contraint à vivre en quasi ermite). La BO du film compile ainsi de nombreuses chansons vintages telles que « Can’t Hardly Stand It » de Charlie Feathers, et des hymnes funèbres du très peu connu (malheureusement) Jozef van Wissem. Ces musiques contribuent ainsi elles aussi,à leur manière, à faire de ce film une complainte mélancolique sur la condition humaine. 

 

Marie Lou Kukiche

Les cinémas qui le projettent encore

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