Glass Animals, Zaba, Jésus et des poissons

C’est un jour pour… écouter Glass Animals.

Glass Animals 2014

(scroll down for the english version)

On n’entre pas forcément dans la musique que grâce aux notes. Avez-vous déjà vu le clip d’Exxus ? Louise avait été particulièrement frappée par ces créatures de pâte colorée, aussi l’ai-je appelée quand j’ai su que Glass Animals passait à Paris.

Nous partons donc discuter avec le groupe d’Oxford armées de pâte à modeler. Il fait gris pluie dans Paris, pas bien joli pour accueillir un groupe d’Outre-Manche, même s’ils ont prétendument l’habitude du mauvais temps. On retrouve David Bayley et Joe Seaward, respectivement chanteur et batteur du quatuor, attablés dans un café face au Nouveau Casino. Là, ils nous expliquent pourquoi il ne s’est rien passé entre la création du groupe, en 2010, et leurs premiers morceaux : les garçons sont restés éparpillés en Angleterre pour deux années d’université avant de se retrouver pour sortir Black Mambo, en 2013.

Mais s’ils sont ici, c’est qu’après Black Mambo, Exxus et Psylla, ils se sont lancés dans la production d’un album. Celui-ci, Zaba, sortira le 9 juin. Ils en joueront quelques morceaux des plus bienvenus pendant leur concert, quelques heures plus tard. En attendant, ils décrivent simplement leur passage en studio comme « beaucoup de temps passé tous ensemble dans une petite pièce ». Ils sourient. David se rappelle avoir eu un tas de chansons de prêtes avant de débarquer à Londres. Quelques autres ont été écrites sur place, mais « les plus cools existaient déjà ». A Londres, d’ailleurs, ils ont travaillé avec Paul Epworth, l’homme qui a produit certains des albums des Babyshambles, de Bloc Party ou encore de Florence and the Machine. Joli nom, en somme. D’après le chanteur, il leur a apporté beaucoup d’expérience. « Et de matos ! » renchérit Joe. De l’expérience et du matériel, oui, mais surtout de bons conseils. Epworth a dit aux quatre garçons de ne pas avoir peur, de faire les trucs « aussi fous et sauvages » qu’ils le pouvaient, comprendre « plus que ce que vous faisiez avant ».

Effectivement, Glass Animals s’apprécie pour le moment pour ses mélodies planantes, rêveuses, un mélange de pop et de hip-hop parfois, un truc qui fait penser à Animal Collective qui se barrerait dans l’espace. Là dessus se pose la voie quasi féminine de David. A propos de sa collaboration avec Tei-Shi, celui-ci déclare d’ailleurs, sourire en coin « oui d’ailleurs, je ne peux pas écrire comme une femme, je ne peux pas chanter comme une femme. Enfin, ça, je n’en suis pas loin, mais c’est quand même pas tout à fait ça. C’est pour ça que travailler avec Tei-Shi était chouette. Elle nous a apporté ses idées, sa façon de travailler qui est forcément différente de la notre ». Le groupe a plutôt l’air d’apprécier inviter des gens à jouer, puisque l’on trouvait déjà une collaboration avec Jean Daux sur son premier EP. Ils confirment : « oui, ça nous permet de trouver de nouvelles inspiration. Les gens apportent avec eux de nouvelles musiques et même de nouvelles façons de faire de la musique ».

Pendant qu’ils parlent, les garçons jouent avec la pâte à modeler. Le batteur met un champignon ultra coloré sur pied, tandis que le chanteur fabrique un hibou bleu bien gangsta. Grosses nikes et chaine en pâte à modeler jaune, le truc est travaillé. On les pousse vers le sujet de Rafael Bonilla Jr, le réalisateur des clips d’Exxus et de Psylla.

« J’étais en train de zoner sur internet » explique Joe « et puis je suis tombé sur son travail. Je l’ai trouvé franchement bon, donc je l’ai envoyé à David, pour voir ». L’interpellé lève la tête et reprend « ça va être trop cher. Je lui ai dit tout de suite d’abandonner. » Joe rit : « Je lui ai quand même envoyé un mail : « salut mec, j’aime beaucoup ce que tu fais. Combien tu voudrais être payé pour nous faire un clip ? ». Je n’y croyais pas vraiment mais il m’a répondu un truc du genre « ce que tu veux, je m’en fiche ». » Du coup, le groupe a travaillé avec le vidéaste pour deux clips successifs. Quand on leur demande des précisions sur le contraste entre le son d’Exxus, relativement doux, et l’image très sombre qui se dégage du clip, ils tentent de démêler les apports de chacun : « Clairement, Rafael a un cerveau plus bizarre que le nôtre puisque son idée pour faire une « vidéo normale » était celle-là. Cela dit, on voulait vraiment créer cette atmosphère étrange, ces trucs étranges, ce monde étrange ». A priori, ils ont bien réussi. Il n’y a qu’à voir certains des commentaires youtube : souvent, on aime la musique mais se plaint des images. Quelquefois, on se demande « wtf is this video ». Ou encore, les youtubeurs posent des questions plus précises : « why would people do such a crazy psychotique wannabe avantgarde video for so good music ? » (« mais pourquoi les gens iraient coller pareille vidéo maladivement psychotique de soit-disant avant-garde sur un si bon son ? »). Le chanteur comme le batteur semblent découvrir ces réactions. Ils sont ravis. Et Joe de dire « si on crée ce genre de réaction, alors ce qu’on fait vaut le coup. C’est là qu’est la partie intéressante. Parce que le pire reste quand même de regarder une vidéo et de ne rien ressentir ».

On discute ensuite des influences du groupe. Caribou et Animal Collective sont cités, ainsi que Kendrick Lamar. David déclare qu’il voudrait bien bosser avec lui. Mais qu’avec Beyoncé, se serait probablement encore mieux. À ce moment là, la discussion dévie un peu : le chanteur ajoute que Beyoncé serait aussi la personne avait qui il voudrait absolument aller dîner, pendant que Joe part dans un délire « moi, ce serait avec Jésus. Comme ça, je pourrais lui poser quelques questions sur la vie, tu vois, du genre « qu’est ce qu’il se passe ensuite Jésus ? » Et « pourquoi suis-je là, hein ? » » Puis ils nous décrivent à deux l’édifice de leurs rêves. Un truc qui ressemblerait à du Gaudi, un fun palace avec un étage de piscine, un autre avec un zoo (un zoo dont les murs seraient faits d’aquariums et où l’on pourrait caresser les animaux), et un où on ne mangerait que des glaces et des sushis. Et puis, en haut, sur le toit, le sol serait un immense trampoline entouré d’un mur d’enceintes et d’une scène où Kendrick Lamar jouerait toute la journée. Glass Animals, architectes du futur. On y retrouve certaines inspirations, dans un sens, ne serait-ce que ces immenses aquariums. Après tout, l’un des qualificatifs de la musique du groupe pourrait presque être celui-ci : « Aquatique ».

David termine en expliquant comment il compose les titres : généralement la nuit, à une heure tardive. « C’est peut être pour ça que ça sonne aussi rêveur ». Ensuite il l’apporte au groupe et les quatre travaillent dessus, ensemble. Et pour l’album, avec Paul Epworth, celui qui conseille de faire les truc aussi « crazy & wild » qu’ils le peuvent.

Un conseil qu’ils se sont empressés de suivre puisque les deux annoncent que leur album est bien plus bruyant que ce à quoi l’on est habitué quand on a écouté leurs premiers morceaux. David conclue : « avant, j’étais assez stressé à l’idée de ce que diraient mes amis, et puis ma mère aussi, en écoutant ce que l’on faisait. Mais maintenant, on a dépassé ça. C’est plus fort, moins polissé ». À écouter le 9 mai !

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On retourne se protéger de l’eau pendant les quelques heures qui nous séparent du concert. Un joli live, bien que très bref. Trop bref. 40 minutes d’un spectacle peut-être pas encore aussi « loud & wild » que le conseillait Paul Epworth à ses protégés. Mais qui a eu le mérite de se terminer sur une reprise de Kanye West des plus chouettes.

***

We meet David Bayley & Joe Seaward, the singer and the drummer of the band, drinking a coffee at a table in the bar across the venue. It is a gray, rainy day in Paris, but the meeting is a pleasure. They explain to us why nothing happened between 2010, the year in which they formed the band, and their first music releases. The boys had been living apart at opposite ends of the UK, where they attended University for two years. They finally reunited and worked again in 2013 to release Black Mambo.

The reason they’re now here in Paris is because after Black Mambo, Exxus and Psylla, they started producing their first album, Zaba, which will be out on June 9th. Later that evening, they will play a few of its songs during their concert at the Nouveau Casino. A few songs that we like a lot! But at the moment, they’re just describing their stay at the studio as “lots of time spent altogether in a tiny room”. They’re smiling. David remembers having almost all the songs ready to be played before he arrived in London. A few others have been written here, but “the cool songs were already there”. In London, they have worked with Paul Epworth, the guy who has produced albums for the Babyshambles, Bloc Party or Florence & the Machine. A very important man, so to say. According to Glass Animal’s singer, he brought them a lot of experience. “And a lot of equipment! “ says Joe. Experience and equipment, of course, but he also seems to have given them quite a few good advices. Epworth told them not to be afraid, to “go as wild and crazy” as they could.

As for now, we do indeed appreciate Glass Animals for their dreamy wavy melodies, this kind of mix between pop and hip hop sometimes, something that makes you think about Animal Collective on their way to the outer space. And over this music comes the almost feminine voice of David. When talking about his collaboration with Tei-Shei, he actually says, with a tiny smile on his face: “yes, I cannot write like a woman, I cannot sing like a woman. Actually I kind of sing like a woman, but it is not for real. So having her with us brought us a real woman voice, and different ideas”. The band seems to like inviting other artists to play and work together on their tracks. We could already find an early collaboration with Jean Daux on their first EP. To this, they say: “yes, it allows us to find new inspiration. People bring different ideas and different ways of doing music with them as well”.

As they’re speaking, the guys are playing with the clay. The drummer is building an over-colored mushroom, while the singer creates a bleu gangsta-like owl with big Nike shoes and a yellow clayish chain. This is artwork. We’re directing the discussion towards the subject of Rafael Bonilla Jr, the director of both the Exxus and Psylla videoclips.

Well I was on the internet”, says Joe, “and I found his work. I found it really good, so I sent it to David”. This one raises his head and carries on with the story: “it’s gonna be too expensive. I told him from the beginning to forget it”. Joe laughs: “I just sent an email, trying to get in touch with the guy, basically asking – hey man, how much do you charge? – While thinking: Jesus, it’s gonna be so expensive! But he was like « whatever!”. » The band stopped wondering about it and ended up making two video clips with the video maker. When we ask for a more precise explanation about the contrast between the sweet, calm song Exxus and the really dark pictures in the short movie, the two guys try to figure out who brought up the different ideas to the project: “Rafael was basically a weirder brain than us, like, his idea of creating a normal video was that, but yes, we wanted to create this weird atmosphere, weird stuff, weird world« . When looking at the comments on youtube, one starts to think that they must have succeeded. Sometimes, people like the music but complain about the clips, asking things like « wtf are these videos? » Sometimes they even ask : « why would people do such a crazy psychotic wannabe avant-garde video for so good music?” Neither the singer nor the drummer seem to have known about this before. They look delighted. Joe explains: “if we create such a reaction, then it’s well worth it. That’s the interesting part. It’s way better than watching the video and feeling nothing”.

We talk about their influences now. Caribou and Animal Collective are mentioned, as well as Kendrick Lamar. David declares he would like to work with him, or even better, with Beyonce. At that point, the discussion deviates: the singer adds that Beyonce would also be the person he’d like the most to have dinner with, while Joe states: “I would like to have dinner with Jesus. I think I would ask him quite a few questions about life, and, you know: What happens next Jesus? Why am I here Jesus?” Then, both of them describe the type of building they dream of. Something Gaudi-like, a one floor fun palace made of a huge swimming pool. Another one would be a petting zoo, with huge fish tanks instead of walls, that would allow you to touch any of the animals. Then on the top there would be a food corner that only serves sushi and ice cream. And the roof would be built as a giant trampoline with huge speakers surrounding it and a stage so that Kendrick Lamar could play on it all the time. Glass Animals, architects of the future. We can imagine a few of their inspirations in these descriptions, somehow. Just take these fish tanks. This idea could actually be a metaphor so as to describe their music: « aquatic ».
David concludes the conversation describing their working style. He composes the tracks, usually late at night. “Maybe that’s why it sounds so dreamy”. Then, he shows them to the rest of the band and they work on them as a whole, and, for the album, with Paul Epworth, the one who told them to “go as crazy and wild” as they could.

It seems they’ve taken this advice into account, as both of them affirm that their album will be way louder than the previous ones that we’re used to listen to. David ends up saying: “I used to be a bit nervous about what our friends would think, what my mum would think about our music. But now, we’ve taken it to the next level. It’s a lot louder, wilder”. Zaba is out on June 9th !

We went away to protect ourselves from the rain during the few hours before the concert. It happened to be a nice performance, but really short. Too short in fact, as it only lasted 40 minutes and which was not as “loud & wild” as Paul Epworth recommended to his protégés. In any case, we had to give them credit for finishing with a really cool cover of Kanye West.

Mathilde

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