Interview HK et les déserteurs

Rencontre avec HK et les déserteurs – Ramallah, mon amour

Quelle est la probabilité de rencontrer deux nordistes au palais de la culture de Ramallah ? Pas énorme, vous en conviendrez. Pourtant C’est un jour pour a rencontré HK, aka Kaddour Hadadi, sur la terrasse du palais. On a parlé de musique, mais aussi d’engagement, d’histoires du Nord, de mer bleue marron grise, et de société Disneyland. Un seul mot d’ordre : « on lâche rien ! »

C’est un jour pour : Salut HK ! Il y a d’abord eu le MAP (ministère des affaires populaires), puis HK et les Saltimbanks. D’où est venu l’idée de ce nouveau projet, HK et les déserteurs ?

HK : C’est un projet « à part ». C’est un projet plus qu’un groupe à la base, c’est vraiment l’idée que j’avais de reprendre ces grands standards de la chanson française, en version chaabi, la musique populaire algérienne. C’est une manière pour moi de revendiquer et de mettre à l’honneur cette double culture que je porte en moi. Comme tu le sais, je suis un chti fils d’immigrés algériens. J’avais envie d’essayer de voir ce que ce mélange-là pouvait offrir comme perspectives musicalement.

C’est un jour pour : Tu pourrais nous expliquer un peu plus ce qu’est le chaabi ?

HK : Quand on dit la musique populaire algérienne, et particulièrement algéroise (ndlr : d’Alger), c’est la musique qui est née dans les cafés, les bistrots à Alger, et qui s’est diffusée comme ça, partagée comme ça, et qui petit à petit a gagné et contaminé un peu toutes les autres villes et les quartiers populaires de nos villes et de nos campagnes en Algérie. Ensuite, quand il y a eu les enregistrements des cassettes, ça s’est popularisé comme ça.

&Photo Nadjib Sellali © 

C’est un jour pour : D’où te vient l’idée de marier la musique française traditionnelle avec la musique algéroise ?

HK : C’est la plus anecdotique des histoires : je suis là avec mon pote et on est en train de faire un bœuf, je m’éclate à faire la chanson des vieux amants, et lui, il est avec cette mandole, cette guitare algérienne allongée, et il fait les réponses chaabi, qui sonnent tout de suite un peu à l’algérienne et il accompagne le chant comme ça. Et on se dit tous les deux, « mais putain, c’est mortel », tu vois, c’est comme si c’était là depuis longtemps, que c’était sous nos yeux ce mélange-là, qu’il était tellement évident et qu’on s’en était jamais rendu compte. Après, ce que je raconte sur scène souvent, c’est ce souvenir d’enfance. On est dans le Nord là-haut et chaque été on va en vacances en Belgique de l’autre côté de la frontière, à Bredenne, du côté d’Ostende. Et je raconte qu’après avoir joué dans les Dunes toute la journée, après s’être baigné dans la belle mer bleue marron grise (rires), on prend la route du retour, l’autoroute belge, et là nous on s’endort et mon daron met la musique kabyle, la musique chaabi, la musique de là-bas. Voilà pour moi depuis ce temps-là il y a un lien plus qu’évident, affectif, personnel, entre la musique chaabi et le plat pays qui est le mien.

C’est un jour pour : Tous tes projets sont engagés. Même si on pourrait penser le contraire, celui-ci semble être le plus engagé, avec ce mariage entre deux cultures.

HK : Oui bien sûr. Après, il y a autre chose, là aujourd’hui, on joue en Palestine, on joue à Ramallah, l’actualité nous rattrape. Tu as ces 58 soldats israéliens qui ont fait une lettre à leur premier ministre en lui disant « Voilà, nous refusons de servir dans cette armée d’occupation, nous dénonçons toutes les exactions commises par l’armée israélienne ». On est là-dedans. On a pas fait ce projet pour ça à la base. Mais après, qu’on le veuille ou non, quand tu chasses le naturel, il revient au galop. Tu te dis, tiens, je vais reprendre des standards de la chanson française, on va se faire plaisir, ça être un projet que artistique. Puis après déjà dans le choix des chansons, il y en a trois quatre incontournables : tu te dis que tu es obligé d’aller sur l’Affiche Rouge, d’aller sur une chanson de Jean Ferrat, d’aller sur le Déserteur.

C’est un jour pour : Aujourd’hui, on est en Palestine. C’est un peu le fil conducteur de tous tes projets, entre le titre sur l’album du MAP, les concerts ici que ce soit avec les Saltimbanks ou les Déserteurs ?

HK : La Palestine, ouais, j’ai envie de dire, c’est presque malgré nous. Nous on est venu en 2007, on était déjà sensible à la situation c’est sûr, puis il s’est passé un truc. Du coup, on y est revenu en 2008, avec le MAP, j’y suis revenu ensuite en 2009, là c’est peut-être la troisième fois en un an que je suis là. On est venu avec HK et les Saltimbanks. Il y a eu la chanson Palestine avec le MAP, Jérusalem avec HK et les Saltimbanks, plus quelques chansons aussi dans d’autres histoires. Le fait là d’avoir la chance d’être invité par les instituts français, parce qu’on reprend les grands standards de la chanson françaises, donc c’est un hommage à la francophonie. Eux ils trouvent leur compte, donc il nous invite. C’est sûr qu’il y a quelque chose de particulier avec la Palestine, je suis en train d’écrire un bouquin qui va être autour de ce thème-là. Voilà, ce que je dis souvent, il y a un million de choses à faire, il y a des milliers de causes pour lesquelles on peut se battre, et à chacun d’en trouver une, deux ou trois causes. On dit « épouser une cause », je ne sais même pas si c’est moi qui l’ai choisi cette cause, c’est quelque chose qui nous est un peu tombé dessus. Mais il y a ce côté un peu de « truc » qui te dépasse. Tu vois ça, de par nos vies, de par nos voyages, de par nos expériences, de par nos rencontres, un moment donné, il y a des choses qui se passent devant nous, qui nous touchent, qui ont un effet sur nous et qui nous donnent envie de nous lever, nous battre. Nous on le fait par la musique, par l’art, par la création.

ePhoto Nadjib Sellali © 

C’est un jour pour : La définition que tu donnes de toi est celle du saltimbanque : « le caillou dans la chaussures, l’agitateur libre qui défie la censure ». 

Hk : Ouais, c’est ça. De continuer envers et malgré tout. Notre seule idée, c’est de nous dire, nous on veut pouvoir chanter partout pour tous. Et dans le partout pour tous, on veut pouvoir chanter en Palestine. Si on le veut, si les Palestiniens veulent qu’on vienne chanter, on doit pouvoir venir. C’est sûr qu’à chaque fois que t’arrives ici, que t’as des problèmes à la douane, à l’aéroport, tout ça, et que tu dois ne pas leur dire certaines choses… Ca, à un moment donné, c’est des choses qui sont pas normales. Donc à notre niveau, on essaie de briser petit à petit, d’y aller avec notre marteau et de faire un petit trou dans ce mur, un petit trou et d’y qu’il y aura la fissure, il s’écroulera. Mais c’est y aller de manière obstinée. S’il faut y revenir une fois, deux fois, trois fois, cinq fois, dix fois, vingt fois, on ira.

C’est un jour pour : En même temps tu cherches à emmener les gens dans ton univers, comme un saltimbank, pour les distraire…

Hk : Oui, le but c’est d’arriver à créer un univers avec le public ! Là on va venir, et on va chanter Brel, Boris Vian, Brassens, Ferré, ils connaissent pas ici. On va chanter Piaf, ils connaissent pas, donc c’est le challenge. En même temps, je te dis qu’ils connaissent pas, mais si tu prends, Piaf, il y a des noms qui sont quand même universaux. Mais ce qui compte le plus, c’est que les chansons aient du sens.

C’est un jour pour : Pour finir, tu viens du Nord, quel rapport tu gardes avec la région et Lille ?

HK : Moi je suis roubaisien, pas lillois ! C’est pas pareil (rires) ! Je suis roubaisien, et en plus je suis un roubaisien qui maintenant s’est expatrié dans le Sud-Ouest à Bergerac. Un roubaisien de Dordogne ! Moi, Roubaix, c’est là où je suis né, là où j’ai vécu, là où j’ai grandi, là où je me suis forgé, là où je me suis construit. J’ai encore la famille, je fais des allers-retours. C’est chez toi, ça restera toujours chez toi. C’est sûr que ça a construit mon univers artistique. En plus j’ai eu cette chance, je sais que d’autre ne l’ont pas eu, je suis né dans un quartier prolo de Roubaix, mais pas dans la cité HLM ghetto. Je suis né entre les voisins portugais et les voisins italiens, c’était un quartier aux immigrations riches, multiples et variées. On ne roulait pas sur l’or, mais on avait cette chance d’avoir notre histoire à partager avec l’histoire de l’autre, dont on pouvait se nourrir.

Propos recueillis par Alexandre Tange, envoyé très spécial à Ramallah.

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