Rencontre avec Akhenaton au Monde Festival

C’est un jour pour… écouter Akhenaton

Quelques jours après sa prestation à la Fête de l’Humanité avec son groupe IAM, le rappeur Akhenaton change de décor et se rend dans le magnifique Opéra Garnier, à l’occasion du Monde Festival. Pour ses 70 ans, le quotidien a organisé ce week-end la première édition d’un festival d’un nouveau genre, composé de nombreuses rencontres et tables rondes autour de sujets de société. Ce samedi, nous nous sommes rendus à la rencontre avec l’artiste Akhenaton.
Qui a dit qu’Opéra et Rap ne faisaient pas bon ménage ?

En fond sonore, une chanson qui nous est bien connue : « Demain c’est loin », du groupe marseillais IAM. On se sent très vite à l’aise dans ce lieu pourtant si noble qu’est le Palais Garnier. Cette rencontre avec Akhenaton nous permet d’envisager une fois pour toute le rap comme un art à part entière, ce que rappelle le journaliste Jean Birnhaum : « Je suis venu en costume pour aller contre ce préjugé qui dit que le rap ne peut pas être pris au sérieux. » En une heure, le journaliste et le rappeur échangent, sur le ton de la conversation et de la décontraction, sur des sujets largement variés. On ne peut qu’apprécier.

Un homme de lettres

Et oui, le leader marseillais déjoue les préjugés et s’impose comme un homme de lettres à part entière, à l’instar de nombreux de ses confrères de la variété française. On apprend même que s’il prête ses vêtements ou autres biens avec plaisir, il a beaucoup de mal à confier ses livres à d’autres. « En général, ils ne reviennent jamais »  L’artiste nous apprend qu’il a appris le goût de la lecture dès le plus jeune âge et que ses premiers livres de chevet étaient L’Iliade et L’Odyssée (posés non loin de ses bandes dessinées favorites, faut pas pousser). On constate ainsi que le rappeur n’est autre qu’un littéraire dans l’âme, qui prône la lecture comme alliée d’une jeunesse parfois en perdition.

« La jeunesse ne pourra s’en sortir que quand elle cessera de déserter les bibliothèques »

Il explique l’importance du lexique et de la langue dans les textes de rap. Le rap français se différencie de son confrère américain par l’exigence de l’écriture que requiert notre langue, ainsi que par l’exigence des auditeurs. Il se rapproche de la poésie en cela que le choix des mots et des tournures semble primordial. La richesse de cette culture est également sa capacité à incorporer des mots d’argot (ou slang) aux textes, ce qui permet un renouvellement du lexique. On pense notamment au fameux « Mia » inventé par le groupe (voir clip ci-dessous) ou plus largement à tous les mots tirés de l’argot repris dans les textes de rap.

Rap et préjugés

La discussion s’attarde également sur le rap et la manière dont sont envisagés les rappeurs. Akhenaton met les pendules à l’heure. Comme il existe différents types de rockeurs, de jazzman ou autres, les rappeurs sont tous bien distincts. L’artiste demande un droit à la nuance, souvent laissée de côté dans des discours journalistiques tranchés.

« Le Rap revendique le droit à la nuance. Nous ne sommes pas tous à mettre dans le même sac. »

Société

De même, Akhenaton propose un regard très inquiet sur la société française. Selon lui, le traitement de l’actualité dans certains médias est inquiétant. « Certaines chaines ne font que relayer des faits divers et en faire des émissions qui tournent en boucle de 22h à 1h du matin. Il y a de quoi s’inquiéter« . Les textes du groupe IAM tendent à illustrer un sentiment contradictoire qui anime notre époque. Cette sorte de combat constant entre l’espoir, la joie et les doutes. C’est pourquoi des morceaux aussi opposés que « Je danse Mia » et « Demain c’est loin » peuvent cohabiter dans une même discographie.
Le rappeur dénonce également les abus présents sur le web et les discours agressifs qui circulent. Il parle de « communication par l’agressivité », souvent très présente dans les commentaires des internautes.

 Spiritualité

Le contexte étant ce qu’il est, le sujet de l’EI a bien entendu été abordé. Question épineuse à laquelle l’artiste converti à l’Islam depuis 1992 a répondu avec sagesse et pudeur. Il appelle les gens à ne pas confondre hommes pieux et meurtriers habillés en hommes pieux, qui sont très éloignés des valeurs fondamentales de la religion islamique. Il déclare « Je préfère un bon athée, qu’un musulman mauvais. »

« La religion est un lien très personnel avec dieu qu’il n’est pas nécessaire d’afficher. »

Malgré son discours inquiet sur la société, le rappeur n’en perd pas moins son humour et son positivisme : « J’écris des textes noirs, mais je suis positif. Sinon, je n’aurais pas fait d’enfants ! » Ce trait de caractère, nous espérons le retrouver dans son album à venir, « Je suis en vie« , dans les bacs le 3 novembre.

Marie N.

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