« Sils Maria » d’Olivier Assayas

C’est un jour pour… parler cinéma

Existe-t-il quelque chose de plus joli qu’une caméra amoureuse de son actrice ?
Derrière l’objectif de son outil filmique, Olivier Assayas livre un regard intense, pointu et profond sur le destin de trois femmes entre les scandales médiatiques de Londres et l’isolement contemplatif des montagnes suisses.

Sils Maria raconte avec une finesse rare la relation de deux femmes, moitiés d’une seule et même figure : celle, immortelle, de l’actrice. L’obsession du film et de ses personnages c’est bien cela : l’angoisse affichée de la mort aux autres, ou le renoncement muet face à cette fatalité. Entre rébellion et acceptation, les trois figures de femme qui peuplent le film tentent chacune à leur manière de vaincre l’oubli et le temps qui passe. Comment s’inscrire et exister dans un temps accéléré ? Dans le silence et le temps arrêté de Sils Maria, se joue ou se rejoue le cheminement identitaire d’une femme qui se heurte au passé d’une maison hantée par les souvenirs, se cherche dans le reflet immédiat renvoyé par son présent. A Londres, plus tard, c’est dans les potentialités d’un futur qui lui échappe en même temps qu’il la fascine, qu’elle trouve sa place. Binoche dans sa dernière scène, prend la pause. Le temps s’arrête, l’identité (re)trouvée est immuable. Si les formes changent, le film construit avec générosité un lien entre les générations. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Sans jamais porter de jugement stéréotypé sur la figure de l’actrice et les dérives qu’on pourrait imputer à notre époque, Olivier Assayas se situe toujours dans l’empathie. La caméra avec Juliette Binoche; l’actrice star avec la jeune scandaleuse; le public avec Kristen Stewart.

 

Portant à bout de bras Binoche, Kristen incarne presque la générosité et l’amour de ce regard développé par le réalisateur. Faire valoir d’une identité qui se construit, articulation majeure du film, son personnage constitue le miroir, l’autre grâce auquel le film et son actrice se construisent.

 

Film grand et magnifique sur la figure de l’actrice, Sils Maria fait de Juliette Binoche une actrice phénoménale. Souvent ignorée des jeunes générations, n’ayant pourtant rien à prouver, elle brille ici par la finesse et la justesse de son interprétation. Sa métamorphose fascinante entre le début et la fin du film arrive comme une apothéose dont on ne ressent vraiment la force qu’une fois le film terminé. Il apparaît alors comme un immense terrain de jeu dans lequel la virtuosité de sa palette s’exprime. Mais c’est surtout et aussi dans son rapport à Kristen Stewart que s’écrit sont talent et la réussite du film. Duo inattendu qui fonctionne à merveille, il incarne toute la force fragile du film, la subtilité et la finesse avec laquelle Assayas aborde ses sujets. Multiples, parfaitement imbriqués, ces derniers sont minutieusement abordés avec un réel regard qui s’affranchit des clichés. L’actrice, le temps, les rapports entre générations, l’identité, le jeu, sont autant de sujets auxquels le film se livre avec amour dans les corps passionnés et captivants de ses actrices.

Manon Howlett.

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