« Prisoners », Denis Villeneuve

C’est un jour pour… regarder un film sous la couette

En ces temps sombres et pluvieux, quoi de mieux que de s’emmitoufler sous sa couette en regardant un bon film ? Nous vous proposons « Prisoners » de Denis Villeneuve, sorti il y a tout juste un an en salle. Denis Villeneuve n’est pas prolifique mais quand il tire, il vise juste. Prisoners raconte l’histoire du kidnapping de deux fillettes, et d’un inspecteur déterminé à les retrouver qui doit gérer un père se faisant justice lui-même.

Hugh Jackman ressort les griffes. Nous avons l’habitude de voir le grand Hugh errant dans les bois à demi-nu ou terrassant des monstres terrifiants. Dans Prisoners, c’est contre ses propres démons que l’acteur doit lutter. Persuadé que son benêt de voisin- (joué par un Paul Dano toujours génial mais qui mériterait vraiment de ne pas jouer QUE des rôles de débiles mentaux) – a kidnappé sa fille et celle du voisin, il le séquestre pour obtenir les informations qu’il n’a pas. Il apprendra néanmoins assez tôt que cet ado muet a certaines choses à lui dire auxquelles il ne s’attendait pas. Nous non plus.

Polar sombre et glacial, Prisoners nous tient en haleine du début à la fin, dans un suspens ténu et efficace. On n’en attendait pas moins du réalisateur d’ « Incendies » qui fait partie de ces films aux superbes retournements. On serait tenté de se dire que oui, renverser la trame narrative d’un film, c’est usé et facile. Denis Villeneuve a pourtant l’art de le faire avec tant de naturel qu’on croit corps et âme à ces histoires torturées et tortueuses qui semblent pourtant suivre leur cours. Sans céder à la facilité d’un happy end, le réalisateur nous laisse en suspens jusqu’au bout sans savoir quel sort sera réservé à son héros chasseur devenu proie.

« Prisoners » s’inscrit comme l’image renversé d’ « Incendies » : à la chaleur et la lumière écrasante, les pierres brulantes et les grands espaces traversés, succède un film noir étreint entre un bois et une vieille maison abandonnée, constamment cerné par la pluie et la neige, truffé de pièces souterraines, d’espaces enfermant et de rues qui n’ont de sens que parce qu’elles mènent à leur point de départ.

Dans ce labyrinthe géant, l’inspecteur Loki, interprété par Jake Gyllenhaal, tente de comprendre et de démêler les nœuds d’une énigme qui s’écrit sur les marges du passé et les faux semblants. Aussi noir que son enquête cet anti-héros tout en mental donne la réplique à un père de famille dépassé par les évènements et mu en bête sauvage. Le jeu de Gyllenhaal exprime avec justesse le temps qui presse et l’enfermement psychologique des différents personnages qu’il est amené à rencontrer et dont il tente de comprendre la logique. Car si le film est labyrinthique il appelle néanmoins et nécessairement une logique. Implacable, terrifiante et glaçante, elle s’impose doucement au spectateur jusqu’au sursaut de la révélation, comme un frisson.

Manon Howlett.

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