« Gone Girl » de David Fincher

Enfants des années 1990, vous n’avez pas pu louper le fameux « Seven ». Ce thriller sanglant en avait fait parler plus d’un. Vous avez peut-être également pu apprécier « Fight Club » où Brad Pitt a fait rêver plus d’une adolescente avec son physique d’ange et ses excès de violence. Enfin, les séries-addict n’ont pas pu passer à côté de « House of Cards », où Kevin Spacey (déjà présent dans Seven) nous revient en homme politique machiavélique aux côtés de l’étonnante Robin Wright. Toutes ces productions ont un homme en commun : David Fincher. À l’automne 2014, il revient avec un nouveau thriller qui fait beaucoup parler : Gone Girl

Sans titre

Dans une banale ville du Missouri, David Fincher met en scène une société schizophrène et mortifère.
Alors que sa femme disparait, un homme accablé par le chômage et l’ennui marital est soudainement propulsé sous le feu des projecteurs. Campagne discrète mais obligée d’un homme écrasé par les médias et l’opinion, Gone Girl raconte la présence qui se crée dans l’absence.

Reconstituée à travers les dires de chacun – journaux télévisés biaisés, parents qui en ont fait l’héroïne d’un livre pour ados décérébré, voisins aux abois, inspecteurs de police au jugement douteux – la femme disparue est l’incarnation d’un mode schizophrénique de la représentation du soi, où l’individu, dépossédé de son image, est pensé hors de lui, par les autres et sous les conditions d’une extériorité qu’il ne contrôle pas toujours. L’échec de la disparition apparaît comme la démonstration de l’impossibilité d’un contrôle total et parfait de son image.

Véritable pâte à modeler, l’identité est soumise aux pouvoirs des médias qui façonnent la pensée ; au temps et à l’espace démultipliés sur des écrans, donc vécus en différés et décontextualisés. À quels repères doit-on alors se raccrocher dans un monde où, à la manière du masque social posé par Goffman, l’individu se voile pour ne pas « perdre la face » ? Plus encore, que reste-t-il du « soi » dans un monde où il est en permanence redessiné par l’introspection, la représentation que nous en donnons, la perception qu’en ont les autres et la mise en représentation de cette perception dans l’espace public ?

Si le film raconte l’histoire d’un homme face à l’incompréhension d’une énigme vite révélée au spectateur, le véritable personnage du film est en réalité sa femme, l’énigme.L’une des premières scènes montrant le visage de Rosamund Pike recouvert de sucre glace est la question que se pose le film : qui sommes nous aux yeux des autres ? Comment posons-nous en chacun les attentes, les illusions et les reflets de notre propre personne ? Que reste-t-il de nous lorsque nous ne sommes plus, et est-il réellement possible de « n’être plus »

Si le film de David Fincher pose des questions gigantesques et ô combien passionnantes sur la manière dont l’individualité se cherche et se forme à l’ère du tout public, du numérique et des réseaux, le scénario pâtit néanmoins d’un effet de répétition et d’essoufflement. Bien que le retournement soit assez attendu, il ne remet pas du tout en cause la qualité d’un thriller qui arrive magnifiquement bien à s’incarner dans un point de vue captivant sur notre société. Chose rare pour un film « spectacle ». Le vrai problème vient dans la deuxième partie du film qui ne fait que répéter la dynamique de la première. On a donc l’impression de voir deux fois les mêmes scènes.

Malgré ce problème narratif, on admire la méticulosité obsessionnelle du réalisateur qui, dans la rigueur de ses cadrages et le sacre de la mise en scène à la Crewdson, traduit parfaitement la noirceur de son récit. Au masque glacial des faux-semblants, s’ajoute le stress insidieux du quotidien qui détruit le sens critique et laisse place à l’animosité de l’arbitraire. La déshumanisation de l’individu touche aussi bien Nick que sa femme. Tour à tour, objets soumis et dominateurs sadiques, ils mettent en scène les travers psychotiques d’une société qui starifie aussitôt qu’elle déchire ses icônes. C’est alors peut-être dans l’angoisse de la répétition, de la conformité qu’une telle société peut générer, que naît la bête humaine. De celle qui, pour briser les barreaux qu’elles s’est elle-même imposée, est prête à s’annihiler.

 Manon Howlett

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