Rencontre avec The Wall, galerie d’art urbain du futur

C’est un jour pour… rencontrer The Wall

The Wall, c’est le nom de l’album mythique des Pink Floyd, mais aussi celui d’une galerie d’art urbain inédite. Cette communauté propose à des street-artistes en tout genre de créer sur un support nouveau. En toute détente, dans leur atelier d’Aubervilliers, rencontre avec trois des quatre fondateurs de The Wall.

C’est un jour pour: Alors pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? Qui sont ces personnes qui tirent les ficelles de The Wall?

Alexandre : Je m’appelle Alex, j’ai grandi dans le XIIIème arrondissement, près du quartier chinois, où j’ai découvert le street-art. Je suis diplômé de Science Po Paris.  J’ai rencontré mon ami Louis à 17 ans, on a très tôt mûri un projet entrepreneurial, artistique et solidaire.

Alice : Alice, j’ai grandi dans le XIXème arrondissement, un quartier populaire et riche en graffs. J’étudie le droit public et je viens d’être reçue au barreau de Paris. Je fais également partie du groupe local  EELV de mon arrondissement, où les projets artistiques et participatifs comme The Wall sont encouragés.

Louis : Louis, J’ai de l’attirance pour pour les doubles vies, les parcours non linéaires, les univers opposés. J’ai donc plusieurs activités en même temps, comme le lancement de la galerie The Wall ou mon parcours d’élève avocat au barreau de Paris. J’aime cette idée de faire se côtoyer des univers différents.

Alexandre : En fait, nous sommes 4 fondateurs, il y a aussi Nicolas, qui n’est pas en France en ce moment.

The Wall

CUJP: D’où est né le projet The Wall ?

Louis: un matin je me suis réveillé et me suis dit que l’art de rue était éphémère et qu’il avait besoin d’un nouveau support pour exister durablement, tout en restant fidèle à l’essence du graff. Aujourd’hui le marché de l’art urbain est victime d’une dichotomie: d’un côté il y a les œuvres des artistes reconnus, qui lorsqu’elles sont faites dans la rue, sont arrachées en suivant un processus couteux, peu fiable et privatif au regard du public. De l’autre, on trouve des jeunes artistes qui tentent de pénétrer le marché en faisant du graff’ sur toile ou lithographie, ce qui est peu convaincant pour retranscrire la richesse de cet art.

Alexandre: on a muri ce projet, on a réfléchi à plusieurs types de supports, avant d’être conquis par les « walls ». Ce support inédit consiste en un morceau de mur vierge encadré. Il a convaincu et touché les artistes et de là, les choses concrètes ont commencé.

Alice: le support des « walls » ne dénature pas l’art de rue, il permet de garder intact ce qu’il y a de street dans l’art. On peut considérer que le pari du support est réussi: les artistes l’appréhendent comme un nouveau défi, comme un nouvel espace de création.

Louis: Nous avons un processus de fabrication unique, qui se décline en fonction des commandes des artistes. On peut jouer sur les textures ou les couleurs, et donc proposer des supports propres à chaque univers artistique. La seule limite, c’est l’imagination.

©Dylan Renaudet
©Dylan Renaudet

CUJP : Quels sont les acteurs principaux de l’aventure The Wall ? 

Alice et Louis: les artistes bien évidemment ! Ce sont eux qui ont rendu l’aventure possible: d’abord parce qu’ils nous ont fait confiance, ensuite parce qu’ils nous ont aidé à perfectionner nos Walls afin qu’ils soient en adéquation avec leurs attentes.

Louis: Ils ont participé activement à la fabrication du support, à sa conception et à son évolution. On échange énormément avec eux, avant même qu’ils commencent à travailler sur les walls. C’est un dialogue permanent, grâce auquel on peut avancer.

Alexandre: Mais The Wall c’est aussi une communauté, un atelier et des amis qui nous aident dans toutes les missions de la galerie. On accueille beaucoup de monde ici, il y a toujours du passage.

CUJP: Pour vous, c’est quoi le street-art ? 

Louis: le street-art, c’est un espace de liberté, une utopie qui cherche à montrer que l’art n’a pas besoin d’être muséifié ou introduit par un commissaire d’exposition pour exister. C’est quelque chose d’instinctif, de spontané, qui correspond bien à l’énergie de notre génération. Le graff’ est polymorphe, il peut prendre 30 secondes comme 5 heures, c’est là son essence et sa force.

Alice: l’art urbain vient occuper l’espace public et embellit la ville. Les artistes s’approprient la rue et ses murs comme support de création, c’est splendide

TheWall
©Dylan Renaudet

CUJP : Mais finalement, faire de l’art urbain hors de la rue, ce n’est pas un peu dénaturer le street-art ? Ne risque-t-on pas de vous accuser d’embourgeoiser le street-art ? 

Alexandre: on ne prive la rue d’aucune oeuvre, nos walls sont plutôt des compléments aux oeuvres urbaines. On propose aux artistes d’expérimenter de nouveaux supports, plus petits, mais toujours dans l’esprit du mur, de l’urbain. Les artistes qui travaillent avec nous continuent de graffer dans les rues ! Pour moi, la dénaturation du street-art, ce sont les ventes aux enchères inabordables dans des hôtels bourgeois, ce qui est plutôt éloigné de notre concept.

Louis: On essaie d’être le plus en adéquation possible avec les valeurs du street-art. Nous affirmons notre volonté de participer au milieu associatif en reversant 20% des bénéfices à une association différente chaque année. Nous sommes un projet à but caritatif, une nouvelle structure qui déplore la baisse des subventions publiques et tente d’y proposer une alternative. Quand on a expliqué à l’un de nos artistes originaire d’Alfortville que l’on allait aider une association pour les jeunes de sa ville, il a trouvé ça génial d’aider sa ville d’origine en graffant. Pour moi, c’est ça l’esprit du street-art.

Alice : On a aussi pour projet, à terme, de réunir fréquemment les gens autour de l’art urbain.

CUJP : Justement, quels sont les tarifs pratiqués par la galerie ?

Louis: nous essayons de proposer des prix homogènes et démocratiques, qui vont de 400€ à 1000€. Les prix sont le fruits d’une longue discussion avec les artistes, que l’on essaie de guider et d’accompagner selon leur travail, mais on n’impose aucun tarif. 50% de la vente reviennent à l’artiste, 20% à une association choisie annuellement par tous les membres de la communauté. Les 30% restant servent à couvrir les différents frais de l’association et permettent de continuer d’exister.

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©Dylan Renaudet

CUJP: Pouvez-vous nous parler des artistes qui constituent le catalogue The Wall ?

Louis: on collabore actuellement avec une quinzaine d’artistes qui sont autant de styles différents.

Alice: on a des artistes de tout style et de tout âge : cela va du père de famille qui a de longues années d’expérience derrière lui, au jeune étudiant aux Beaux-arts.

Alexandre:…en passant par le type qui a une grosse ardoise chez la cellule anti tags (CAT) de la RATP. Il n’y a pas d’archétype du street-artiste, des personnes totalement différentes travaillent avec THE WALL ce qui permet d’exprimer la richesse et l’hétérogénéité de ce milieu.

Louis: Nos artistes sont aussi pluriels dans leurs techniques: on a du tag, du dessin satirique, du collage, du transfert, de la bombe, du Posca, etc. Ce qu’on recherche chez un artiste et dans une oeuvre d’art au sens large c’est une esthétique, un savoir-faire et un message. À partir de là, tous les styles et techniques sont admis.

CUJP: Et sinon, quelle est l’actualité de The Wall ?

Alexandre: Nous venons tout juste de lancer notre site internet (à découvrir ici). On fête ce lancement mercredi 04 mars au Batofar avec CUJP, lors de la soirée « Gloire à l’art de rue » où nous proposerons des ateliers avec certains de nos artistes et exposerons une dizaine d’oeuvres dans la partie restaurant.

Alice: On lance également notre campagne de crowdfunding, ou financement participatif, sur la plateforme Ulule dont le but est de récolter 4200€ de dons. Cette somme doit permettre de financer notre premier vernissage dans un lieu adapté mais insolite, avec toutes les oeuvres de la galerie, qui aura lieu en mai 2015.

Louis: on propose des contreparties inédites pour chaque donateur. Cela va du kit de prêt-à-graffer au T-shirt, en passant par le cours d’initiation au graff dispensé par nos artistes, une visite de nos ateliers, etc. Notre idée c’est aussi d’être en interaction avec le public, de faire le pont entre les deux rives que sont les artistes et les amateurs d’art urbain.

AFFICHE-BATOFAR-2

CUJP: Enfin, selon vous, aujourd’hui, c’est un jour pour quoi ?

Tous: C’est un jour pour devenir acquéreur pour la toute première fois d’une oeuvre d’art urbain, un « wall » !

 Propos recueillis par Marie N. 

The Wall, le site

Leur Page FB

 

 

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