Assommons les pauvres

Faut pas se voiler la face, les pauvres sont de plus en plus nombreux. On a beau faire semblant de ne pas les voir, il n’empêche qu’ils sont là, tous autant qu’ils sont, à raser les murs, à se répandre sur les trottoirs et à infester les égouts comme des rats qui pullulent. Avant même de les voir, on les sent, et je peux vous dire qu’un pauvre, ça schlingue. Même que les passants, ils hésitent pas à se boucher le nez. Vrai, j’en ai même vu qui changeaient carrément de place dans le métro.

L’autre jour, un clochard m’a insulté. Il était là à quémander de l’argent, à s’accrocher à mes basques pour réclamer le morceau de pain sans lequel il pouvait pas vivre, mais moi j’avais rien à lui offrir, rien à part mon mépris. Il s’en est finalement contenté. Après tout, la vie, faut pas trop lui en demander, t’as beau lui faire les poches, le butin reste maigre.

Je me souviens d’une fois où l’un de ces loqueteux était tout fier d’avoir obtenu un ticket restaurant. Il pouvait plus en détacher les yeux, il le fixait comme le Saint Graal. Faut dire que, pour lui, c’était Noël avant l’heure, ça lui changeait des quelques centimes qu’il recevait habituellement. Un autre jour, j’en ai vu un, je vous jure, qui chiait sur les voies, une envie pressante, comme on dit. Les gens se dépêchaient de passer leur chemin. Faut dire ce qui est, c’est jamais très agréable de voir la merde des autres, on a déjà bien assez à faire avec sa merde à soi.

Faut voir aussi comment les pauvres se présentent dorénavant avant de vous demander de l’argent : tout un cérémonial où les malheureux déclinent leur identité avant de vous faire la liste de leurs mésaventures. Ils doivent penser qu’on va s’identifier à eux et compatir à la misère de leur sort. Mais que le gars s’appelle Franck, Steven ou Charlie, ça nous fait une belle jambe. Mieux vaut passer son chemin. Les présentations, ça sera pour une autre fois. Faudrait pas non plus croire qu’on puisse quitter impunément le monde civilisé. Pas de poignée de main pour les rebuts de la société.

Et puis, on y pense pas, mais qu’est-ce qu’ils ont tous à traîner là, dans la rue, à guetter perpétuellement le passant pour l’accabler du poids de leurs sempiternelles objurgations ? Comme les araignées qui attendent patiemment que la mouche surgisse aux abords de leur toile, ils sont là à vous observer de loin, du coin de l’œil, prêts à se jeter sur vous pour vous prendre le peu de monnaie qui vous traîne dans la poche.

Non, ces mendiants professionnels feraient mieux de trouver du travail, du vrai, ça leur apprendrait ce qu’est la vie, et on serait surtout moins dérangés. Faudrait pas croire que l’argent tombe des arbres et qu’il suffit de le ramasser. Au pire, il leur reste l’armée. Paraît qu’ils prennent tout le monde là-bas, en voilà une institution démocratique !

Mais le mieux, c’est encore de les laisser crever dans la rue. L’alcool qu’ils achètent avec l’argent qu’on veut bien leur laisser, c’est encore une mort trop lente. À choisir, mourir de faim et de soif, ça reste le trajet le plus court. Alors qu’on n’en parle plus.

Petrus.

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