« Hot Girls Wanted », le documentaire choc de Netflix sur la pornographie

C’est un jour pour… parler pornographie avec le documentaire « Hot Girls Wanted »

 

« Free flight to Miami ». Quatre petits mots jetés sur la toile qui permettent à Riley, 23 ans, agent de la société « Hussie Models », de recruter en quelques heures pléthore de jeunes filles néo porn-star, aussi belles et paumées les unes que les autres. Fuite d’un quotidien morne, argent facile, espoir de devenir un jour célèbre, ces filles de 18-19 ans ont la même histoire et partagent les mêmes aspirations. Ce même discours revient sans cesse lorsqu’elles racontent aux réalisatrices pourquoi elles sont là aujourd’hui. Un sentiment d’être plus libres que jamais.

 

« Chaque jour, une jeune fille fête ses 18 ans… »

 

 

La demande dans l’industrie du porno pro-amateur est croissante: les quatre plus grands sites web de films porno amateurs récoltent plus de 41 millions visites … par mois. Et là où il y a de la demande, il faut bien nourrir l’offre. Et si cette offre permet la célébrité, alors autant « faire ce qu’il y a à faire » pour l’atteindre, comme l’explique Rachel, 18 ans (aka Ava Taylor). L’équation est simple. Au moins, en se faisant filmer dans des situations humiliantes et sales (parce que oui malheureusement la demande suppose le plus souvent des situations très humiliantes et dégradantes pour les femmes), ces jeunes porn-star épargnent à des centaines de milliers d’autres de subir ces situations au lit avec leur homme. Du moins le croient-elles.

Puis la demande est là, certes, mais dans le milieu amateur le client se lasse vite, très vite. Les réalisateurs choisiront une jeune fille 2-3 fois maximum avant de passer à une autre, d’où une « carrière » de courte durée, de 3 à 6 mois grand maximum, peut-être un an pour les plus chanceuses. Un monde où le turn-over semble illimité, fait moins étonnant lorsque l’on sait que la catégorie la plus recherchée sur internet en matière de pornographie est la « teenage girl ».

Pendant leur « carrière », les « Hussie Models » (et les milliers d’autres) vivent donc au rythme de l’humiliation sexuelle, de la violence – hyper présente dans ce milieu pro/amateur où 70% des films représentent des violences faites aux femmes- et des risques de santé auxquels elles sont quotidiennement exposées, notamment suite à la délocalisation des tournages dans des villes comme Miami depuis que la Californie a adopté un décret obligeant les préservatifs sur les tournages de films X. Et tout cela pour ne pas en ressortir finalement si fortunée que cela car il coute cher d’être une porn star au quotidien : lingerie sexy, manucure, esthéticienne et autres tâches hebdomadaires valent leur pesant d’or.

 

« Tout tourne autour du mec pour qu’il prenne son pied, la fille est juste là pour l’aider. A partir du moment où tu as des seins, un vagin et un cul, c’est bon, tout le monde se fout de savoir qui tu es réellement. »

 

Hot Girls Wanted, dévoilé au festival du film de Sundance 2015, est un documentaire très édifiant. Réalisé par Jill Bauer et Ronna Gradus, et produit par Netflix, il nous invite à suivre le parcours de Tressa, 19 ans (aka Stella May) et de ses 7 colocataires aux histoires similaires, dont les témoignages nous bousculent et nous émeuvent tellement ils sont sincères. On peut lire la détresse dans le regard de Tressa, tiraillée entre l’amour pour ses parents et son copain et cet argent si facile à obtenir, sans parler du regard de sa mère, désemparée, qui ne comprend pas et ne sait comment faire pour la protéger. Karly, 19 ans (aka Lucy Tyler) nous désarme lorsqu’elle nous explique qu’elle ne fait pas l’amour en dehors du porno car c’est une expérience liée à sa première rupture sentimentale dont elle a énormément souffert : c’est donc un « engagement qu’elle n’est pas prête à prendre ». Et pourtant elle en a fait son métier. Des filles paradoxales, perdues et souvent heurtées.

Des scènes par moments insoutenables qui rythment pourtant leur quotidien : Tressa qui passe par la case urgences après une séance très intense qui l’a blessée au vagin ; ou encore Rachel qui se fait prendre au piège d’un réalisateur foireux qui la force à une « facial abuse » qui n’était pas prévu. « Facial abuse » cette fellation forcée dont le seul objectif est de pénétrer la gorge d’une fille si profondément qu’elle en vomit… et doit réingurgiter ce vomi par la suite… est le premier passage obligé pour toute amatrice contre une petite prime. Des scènes dont les premières choquées ont été les deux spectatrices-réalisatrices qui ont demandé à la monteuse du film de faire des choix à leur place (un montage, il faut le dire, juste et remarquable) et dont l’idée de ce documentaire est venue lorsqu’elles ont aperçu des rangs de filles à la sortie d’un lycée faire la queue pour tourner une scène diffusée sur un site porno.

 

Avec l’arrivée d’internet, les codes de production et de diffusion du porno ont été complètement bouleversés. Si le « recrutement » des jeunes porn-stars notamment via les réseaux sociaux -toutes les jeunes filles du film ont un compte twitter sur lesquels elles peuvent exposer leurs atouts au plus grand nombre, la plateforme ne censurant pas ses contenus autant que Facebook ou Vine- a été simplifié par le numérique, la diffusion des contenus par voie de streaming (90% de la consommation actuelle) a entrainé une réelle crise de la production. Rares sont les personnes qui paient encore pour voir du porno. En résultent des conditions de travail de plus en plus déplorables, notamment pour les femmes, dont les cachets sont en baisse et dont les marges de « décision » (exiger le préservatif, refuser les pratiques « hard » ou autre) sont devenues quasi-inexistantes.

Avec Hot Girls Wanted les deux réalisatrices ont l’espoir et la détermination de faire bouger les mentalités -notamment en matière de loi du travail- pour obliger les producteurs pornos à mieux traiter les actrices. On ne peut que féliciter leur démarche qui s’inscrit dans un contexte de lutte pour les droits des femmes et des travailleurs de l’industrie du sexe, comme avec la récente campagne #payforyourporn, qui milite pour une responsabilisation des utilisateurs.

Un documentaire à regarder donc pour découvrir la réalité d’un milieu aussi paradoxalement tabou que tristement célèbre.

La Grande Blonde

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s