« Détente »

Avant de caractériser un état psychologique, la détente se joue d’abord au niveau musculaire. Le relâchement du corps comme prélude au relâchement de l’esprit. La contraction du muscle doit cesser pour qu’advienne la paix de l’âme. Le verbe latin detendere, « détendre », possédait déjà ce sens très concret puisqu’il s’appliquait avant tout à des objets matériels (tabernacula detendere signifie par exemple « plier les tentes ») par opposition à tendere, « faire des efforts », « tendre ses ressorts ».

De ce sens physique (la détente comme diminution ou perte d’une tension musculaire) découle le sens psychologique qui définit la détente comme un état agréable, un moment de pause, de distraction, de repos. Mais, dans son essence même, la détente est condamnée à n’être que temporaire. Marquée du sceau de l’éphémère et du transitoire, elle est limitée dans le temps. C’est pourquoi on parle souvent d’ « heures de détente » ou de « moment de détente », mais « une année de détente » paraîtrait déjà excessive.

La détente n’est jamais qu’un loisir qui scande temporairement les diverses occupations essentielles de la journée. À défaut d’être une fin, elle se définit comme un moyen. Tout au plus permet-elle de se libérer l’esprit quelque temps avant de repasser aux choses sérieuses. L’effort prime. Ainsi, durant la guerre de 14-18, les soldats devaient-ils en demander l’autorisation : la « permission de détente », comme on l’appelait, était accordée tous les quatre mois.

C’est que la détente n’apparaît jamais comme totalement innocente. L’individu qui en abuse paraîtra toujours suspect. Il devra porter le fardeau de lourdes accusations : paresse, fainéantise, apathie, mollesse, oisiveté et tant d’autres « vices ». La détente se paye au prix fort dans une société qui érige le travail en valeur suprême. Le risque d’épuisement plane alors comme une ombre sur des individus fragilisés par un système qui privilégie l’investissement et le profit ; le burn out se profile au loin pour frapper au cœur de l’intériorité du sujet (littéralement, le burn out désigne une « consumation de l’intérieur »).

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » (Pensées, éd. Sellier, fragment 168)

Les Anciens avaient coutume d’opposer l’otium, le temps libre et studieux, celui de la détente, au negotium, le temps du « négoce » qui caractérise la vie affairée. Dans cette perspective, l’individu ne peut s’épanouir qu’au sein de l’otium qui lui offre un vaste choix de perspectives, celles de lire et d’écrire, d’aimer ou, simplement, d’observer le ciel étoilé. L’action cède alors la place à la contemplation. La détente redevient possible dans un monde qui fait de l’accomplissement intellectuel et affectif sa fin ultime.

Pascal écrit que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » (Pensées, éd. Sellier, fragment 168). En quête de « divertissement », l’homme chercherait à fuir la réalité tragique de sa condition, en particulier sa condition de mortel. Pourtant, si elle peut s’assimiler à une fuite, la « détente » – ou « divertissement » pour rester dans le vocabulaire pascalien – peut aussi s’avérer une chance. Si elle ne se réduit pas à un vulgaire désœuvrement, elle peut offrir un sursaut d’énergie et d’intelligence. On dit par exemple d’un sportif qu’il « a de la détente » lorsqu’il est capable de ramasser toutes ses forces pour s’élancer. Aussi la détente offre-t-elle un modèle : celle d’une vie riche et intense, si l’on veut bien se relâcher d’abord, pour mieux rebondir ensuite.

Pour passer une journée entière de détente avec nous, Rendez-vous dimanche au Batofar dès 16h

Petrus.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s