A most violent year, de J.C. Chandor

C’est un jour pour…. voir A most violent year

Pour commencer ou finir l’année en beauté et parce que les bonnes claques se prennent toujours à cette période, on regarde A most violent year, le dernier chef-d’œuvre de JC Chandor, un monsieur qui n’a pas trop le temps et qui a donc décidé de ne produire que des bijoux.

Le gangster movie : lieu commun du cinéma, très traversé. Difficile de penser qu’on pouvait encore nous éblouir. C’était sans compter sur JC.
A most violent year est un film jubilatoire qui allie à la maîtrise implacable du genre, une intelligence merveilleuse.

New York, années 80, magouille au fuel, on connait le trip même si ces derniers temps on nous a beaucoup servi les années 70. Tout de suite, ça change. On aime la photo de Bradford Young qui donne à l’ensemble un aspect suranné sans surenchère de vintage. On aime les grands plans, tout à l’horizontal avec des personnages perdus au milieu des images, plantés dans le décor. Ce qu’on aime par dessus tout c’est le rapport des protagonistes à leur environnement. Chandor, avec son parcours de publicitaire reconverti au cinéma, pose naturellement la question de savoir ce qu’il peut bien en faire, lui, du cinéma. A most violent year, après Margin Call et All is lost, continue de confirmer qu’il sait ce qu’il fait.

En hommage aux classiques, c’est une foule de leitmotivs, de détails, de situations que le réalisateur convoque. Le jogging, la course poursuite, l’avocat véreux, le cambriolage raté, le pyjama dans la neige, l’accident de voiture, la réunion de mise au point enfumée avec les concurrents voyous, toutes ces scènes mythiques sont magnifiquement recadrées et réinterprétées. Plus qu’une liste d’ingrédients à checker pour s’assurer de la qualité du film, on trouve des signes intelligemment montés qui façonnent un chef d’œuvre. Comme les personnages qui courent en permanence, le réalisateur a toujours une longueur d’avance sur le genre.

Oscar Isaac porte le film de bout en bout avec une justesse et une économie de parole qui donne à son personnage la grandeur des héros. Loin du gangster traditionnel, qu’on identifie pourtant dans ses cheveux gominés, son manteau beige impeccable, ses séances de jogging à la Al Pacino, sa femme fatale et sa maison de rêve, Chandor en fait un entrepreneur ambitieux, tiraillé par une réalité qu’il tente de maîtriser et l’urgence de réaliser son rêve américain. A l’image de son cinéma qui ne correspond ni au film d’auteur ni au divertissement, le réalisateur construit un objet neuf.

C’est dans cette voix que Chandor excelle alors qu’il honore et interroge les codes du genre. Metteur en scène hors pair, il élabore une psychologie du détail ou les habitudes, les tics et les accessoires deviennent indispensables à la construction des personnages. On n’évoquera pas les ongles roses de Jessica Chastain et ses lunettes oversized qui nous remplissent encore le cœur de frissons. Ni la violence qu’elle oppose à son mari comme un contrepied aux schémas classiques, pourtant si beau de classicisme. Comme dans Margin Call, on admire la méticulosité avec laquelle Chandor construit les rôles secondaires. Le gangster ce n’est pas Morales mais New York et sa galerie de personnages.
Le gangster, désormais, sera moderne, élégant et pacifiste ou il ne sera point. A bon entendeur

Attention frissons

A-Most-Violent-Year-6.jpg

Manon A.

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