« Blackstar », David Bowie

L’annonce de la mort de David Bowie le 11 janvier dernier a ému la planète entière. En 50 ans de carrière, l’icône britannique a complètement bouleversé les codes de la musique. L’artiste (caméléon) a su se réinventer sans cesse en incarnant divers personnages. Il est d’abord Davie Jones, londonien adepte de rythm & blues, puis dans les années 70, il devient le flamboyant Ziggy Stardust, précurseur du « mouvement » glam rock, il incarne Aladdin Sane, personnage démentiel célèbre pour son éclair orangé au milieu du visage, sans oublier le personnage du Thin White Duke qu’il interprète en 1976 avec son album « Station to Station ».

Cette schizophrénie artistique se traduit à travers sa musique. Bowie explore les genres musicaux, il passe aisément de l’un à l’autre sans complexe, du folk rock de « Hunky Dory », au funk de « Young Americans », en passant par « Let’s Dance », album post disco.

Mais en plus d’offrir une œuvre musicale particulièrement dense & complexe, l’homme aux mille visages accorde au visuel une importance tout aussi essentielle dans son œuvre. Au fil de ses transformations/mutations, Bowie s’affiche avec des tenues plus extravagantes les unes que les autres, de sorte qu’il est (aujourd’hui) perçu comme étant une influence majeure dans le monde de la mode.

De son vivant, les hommages à la carrière de l’artiste étaient déjà nombreux. On peut citer parmi eux, la récente et très belle exposition « David Bowie Is » à la Philharmonie de Paris, retraçant notamment sa carrière musicale et filmographique. Aujourd’hui, si l’homme s’est éteint, la légende n’en est pas moins plus vive que jamais. L’homme aux yeux vairons sort en maitre en nous offrant le plus précieux des cadeaux – un ultime album tout juste sorti, intitulé « Blackstar ».

David Bowie. Copyright © 2016
David Bowie. Copyright © 2016

L’album s’ouvre sur un morceau au titre éponyme, « Blackstar ». Si son obsédante mélancolie rappellerait presque une ballade, ses percussions rapides et saccadées se font angoissantes. Elles semblent progressivement (le morceau dure près de 10 minutes !) planter le décor d’un conte noir. La voix de Bowie se fait douce, lancinante et assez vite elle laisse place au saxophone, instrument cher aux yeux de l’artiste.

Nombreux sont ceux ayant perçu cet album comme une sorte de message posthume de la part de l’artiste. Et ils n’ont probablement pas tort. Blackstar semble avoir la mort en guise de leitmotiv. Et ceci paraît particulièrement vrai dans « Lazarus » où les premiers mots de Bowie nous donnent l’impression qu’il s’adresse à nous d’outre-tombe, « Look at me, I’m in heaven ». Le saxophone est cette fois-ci funèbre.

« Véritable chant du cygne de Bowie, Blackstar est un bijou musical à la beauté presque morbide. »

Mais si Bowie semble résigné à son fatal destin dans la vidéo de « Lazarus », il aborde le sujet avec pragmatisme, « I’ve got nothing left to lose, I’m so high it makes my brain whirl, dropped my cellphone down below». On imagine un Bowie errant au paradis, nostalgique de sa vie passée, mais qui en même temps perçoit la mort comme une libération, « I’ll be free, just like that bluebird » – on ne peut difficilement s’empêcher de penser à la maladie affaiblissant Bowie, même si ces conclusions sont peut-être trop faciles.

Malgré tout, Blackstar contient quelques morceaux moins funèbres, « ‘Tis a Pity She Was a Whore », où la voix de Bowie s’y fait même plus vive et où l’on retrouve l’omniprésence du saxophone. Le morceau est à la fois rock et jazzy, le saxophone dialogue avec le piano et les percussions à la perfection.

« Sue (Or In a Season of Crime) » nous entraine dans un récit à l’issue certes fatale (et ironique) mais aux rythmes terriblement épiques.

Le morceau venant clore Blackstar « I Can’t Give Everything Away » nous surprend par son aspect un tantinet kitsch, tranchant avec les morceaux précédents. On y retrouve de nouveau le saxophone, mais cette fois-ci c’est l’harmonica qui attire l’attention en apportant une certaine touche de nostalgie. Le gimmick « I can’t give everything away » sonne presque comme des excuses. Comme si Bowie avait parfaitement conscience que ce morceau serait le dernier de sa carrière, celui avec lequel il nous ferait ses adieux.

Véritable chant du cygne de Bowie, Blackstar est un bijou musical à la beauté presque morbide. Dernier chef-d’œuvre d’une légende.

RIP.

G.

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