Danish Girl de Tom Hooper

Même si le biopic est loin d’être mon genre cinématographique favori (faut-il invariablement qu’une histoire se réfère à la réalité pour être saisissante?), on ne peut nier que le réalisateur Tom Hooper EXCELLE en la matière. Après le puissant Discours d’un roi, ayant pour sujet l’histoire du roi George VI D’ANGLETERRE, le cinéaste élit cette fois domicile au Danemark, sur les traces du peintre Einar Wegener, devenu Lili Elbe en 1930.

Un sujet peu traité

Loin des biopics nous narrant des destins connus de tous et faisant partie intégrante de nos imaginaires (Gainsbourg, Sagan, Martin Luther King, Mandela, Edith Piaf, etc. ), Danish Girl nous fait découvrir la vie d’une personne peu connue du grand public, Einar Wegener, qui fut le premier homme à subir des opérations chirurgicales afin de changer de sexe dans les années 1930. Le sujet même du film lui confère sa singularité. La transsexualité est en effet un sujet qui a été très peu traité sur le grand écran, ou du moins sous l’angle historique, sociologique et sociétal. On pense notamment au cinéma de Pedro Almodóvar, qui laisse une large place aux personnages transgenres, au film “Laurence Anyways” de Xavier Dolan, ou encore à la comédie décalée « Chouchou » de Merzak Allouache.

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Ce qui diffère dans le film de Tom Hooper, c’est bien l’angle adopté : la découverte d’un nouveau mal dans une société encore complètement vierge de ce type de trouble. Dans une société où les genres sont très différenciés avec des codes vestimentaires et esthétiques stricts.  Danish Girl est la lente introspection d’un homme, aidé de sa compagne la peintre Gerda Wegener, pour comprendre le mal qui l’habite et qui il est en réalité. On découvre la douleur lancinante d’un être qui ne se reconnaît pas dans le corps qui lui a été donné et qui va tout mettre en oeuvre pour se libérer de sa prison charnelle. Ainsi, le spectateur est transporté au cœur de la société européenne des années 1930, aux prémisses de la médecine sexuelle, où la transsexualité est ostracisée et arbitrairement rattachée aux notions de schizophrénie et homosexualité.

Une perte de repères

L’acteur Eddy Redmayne, désormais adepte des transformations physiques spectaculaires (Une merveilleuse histoire du temps ndlr) nous fait encore profiter de son excellent jeu d’acteur au physique et à la posture androgyne.  Le spectateur est plongé dans la perte de repères du personnage, depuis le point de départ de son trouble, lorsque sa femme lui demande de porter des bas et des chaussures de femme pour lui servir de modèle. Là, le réalisateur filme avec brio l’attrait d’Einar pour le tissu, pour la robe de danseuse qu’il porte et son sentiment de malaise au contact d’un univers qu’il découvre – ou presque- et qui lui plait davantage que ce qu’il devrait.

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Un amour à toute épreuve

L’amour inconditionnel. Voilà ce qui unit les deux personnages. Gerda Wegener, incarnée magnifiquement par Alicia Vikander, nous trouble par sa foi en son couple et par l’amour sans limite qu’elle voue à son mari – jusqu’à l’accompagner et l’épauler dans sa transformation. Le destin de cette femme est sans nul doute l’un des éléments les plus forts du film. Une femme se sacrifiant pour sa rivale. 

L’amour de l’art

L’un des sujets principaux du film est également l’art. Les deux personnes principaux ne sont autres que des peintres, et l’inspiration est une thématique centrale du scénario. Elle est la raison de vivre des personnages. C’est tout d’abord la peinture d’Einar qui est mise en avant. Elle lui permet d’exprimer sa nostalgie des paysages de son village natal, par une peinture très mélancolique proche de l’impressionnisme, annonçant dès le début le caractère troublé du personnage. Cependant, son goût pour la peinture va peu à peu s’effacer à l’arrivée de son double féminin, Lili Elbe. C’est le réalisateur lui-même qui prendra le relais du peintre en nous proposant plusieurs -parfois un peu trop – beaux plans de paysages, tantôt danois, tantôt français. 

« Danish Girl est la lente introspection d’un homme pour comprendre le mal qui l’habite et qui il est en réalité. »

Le travail de sa femme Gerda et son rapport à l’art sont davantage intéressants. Alors qu’elle vit dans l’ombre du travail de son époux, la peintre va s’inspirer du travestissement de son mari et faire de son double féminin sa muse. C’est cette même muse, à la fois maléfique et rédemptrice qui lui vaudra son succès. Gerda est proche de ces personnages de tragédies grecques dont le destin est inextricablement lié au malheur. Elle se voit contrainte de continuer à exercer son art en dépeignant son malheur : cette étrange rivale lui volant son mari à jamais.

Lili Elbe par Gerda Wegener
Lili Elbe par Gerda Wegener

Tous ces ingrédients font de Danish Girl l’un des très bons films de ce début 2016. Malgré quelques longueurs, il dispense plusieurs enseignements, sur la tolérance notamment, l’amour et la détermination. Le personnage d’Einar Wegener a tout d’une figure socratique, prêt à tout pour aller au bout de la devise « Connais toi toi-même » et enfin découvrir qui il est. On ressort de la salle comme pris aux tripes, témoin d’un destin plus que tragique – mais comme dans toute tragédie grecquemagnifique.

Marie N.

Je vous conseille l’article du Telegraph pour en savoir plus sur le « vrai » couple Wegener

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