Interview de Sonikem, fondateur du Training Day

C’est un jour pour… lâcher prise sur du hip hop old school grâce au Training Day.

Il y a quelques jours, nous vous parlions du fameux Training Day au Carreau du Temple. Ce samedi, nous avions rendez-vous avec le DJ Sonikem, concepteur du Training Day, qui nous recevait en toute simplicité dans les sous-sols du Carreau du Temple pour nous présenter son événement. Après s’être quelque peu égarés dans les dédales de ce superbe lieu – interrompant au passage un cours de flamenco et des répétitions de danses traditionnelles pour la fête du nouvel an chinois qui battait son plein à l’étage supérieur – nous retrouvons enfin Sonikem, qui nous livre son regard sur le hip-hop, la danse, le partage, et le moteur de ses projets : la passion.

CUJP : Peux-tu nous présenter le concept du « Training Day » ?

Sonikem : L’idée est partie du constat qu’il existe plein d’évènements de danse mais quand tu es danseur, notamment amateur, tous ces événements sont payants. Tu veux aller voir un spectacle, tu payes ; tu veux aller prendre des cours, tu payes ; tu veux t’entraîner, faut t’inscrire dans une association ; tu veux juste aller danser avec des potes, tu payes. A l’époque, t’allais danser à Gare de Lyon ou à Châtelet mais maintenant tu te fais taper dessus par les flics, donc concrètement, il n’y avait pas d’endroits frais, fun, un peu haut de gamme où tu peux venir t’entraîner et rencontrer des gens dans un bon état d’esprit. Ca c’était le constat. Il y a quelques années, j’avais déjà monté un concept comme ça au Globo, c’était 4 euros l’entrée le dimanche après-midi, sauf qu’à un moment le Globo a voulu nous faire payer, on a donc arrêté et le concept est tombé un peu en désuétude. J’ai eu l’occasion de discuter par la suite avec des personnes du Carreau du Temple qui m’ont expliqué leur lignée sur l’art, le corps, le mouvement, et je leur ai proposé le concept qui leur a plu. Voilà comment est né le Training Day.

CUJP : Et ça a commencé quand exactement ?

S : En 2014, et au départ ils n’avaient pas la possibilité de nous donner de dates régulières. Puis, en voyant que ça faisait venir du monde malgré des dates peu régulières, ils m’ont confié un rendez-vous mensuel depuis la rentrée 2015, pour qu’on puisse vraiment développer le concept. C’est devenu un vrai rendez-vous, les gens viennent  et c’est super cool.

CUJP : Et qui se cache derrière ce collectif « Training Day » alors ?

S : Moi, qui suis à l’origine du projet, puis tous mes potes danseurs qui me filent un coup de main.

CUJP : Ce sont des Crews différents de danseurs ?

S : Oui, il y a Babson qui me file un coup de main, Nelson qui était venu sur le masterclass, Loïc Riou, des potes du Juste Debout… Comme je suis DJ, je suis connecté avec pas mal de monde, j’ai bossé avec tous les gens qui sont dans la danse à un moment ou un autre donc je connais plein de monde et c’est comme ça que le truc se fait, tout simplement.

CUJP : Un réseau de potes donc ?

S : Voilà, un réseau de potes. Il y aussi le photographe, le caméraman, le réal, un peu de tout. C’est moi vraiment qui tiens le truc parce que c’est moi qui suis aux platines et qui gère l’événement, mais il y a beaucoup de monde affilié.

 ©Dylan Renaudet
©Dylan Renaudet

CUJP : Le Carreau du Temple appartient à la Mairie de Paris. Qui a fait le premier pas ?

S : Ce genre de projet, c’est dans leur politique. Aujourd’hui par exemple, il y a un événement autour du nouvel an chinois, il y a tout le temps plein de choses ici. A partir du moment où tu arrives au bon moment et tu proposes un concept qui correspond à ce qu’ils recherchent, tu peux avoir de la chance.

CUJP : Donc ce n’est pas une personne fan de hip-hop à la mairie de Paris qui a décidé de te démarcher.. ?

S : Non, c’est moi qui suis venu. Ca part vraiment de l’événement vers le lieu. Je fais beaucoup d’événementiel et pour tout ce qui est hip-hop, c’est toujours galère de trouver de bons lieux, parce que des lieux en soi tu peux en trouver, mais moi j’aime bien les espaces dotés d’un peu de qualité.

« Beaucoup de gens qui écoutent du hip-hop ne savent pas forcément d’où ça vient réellement, ils écoutent du Skyrock et du AdoFm mais ne connaissent pas vraiment, surtout les plus jeunes qui ne vont pas en soirée ou en boite. »

CUJP : Et le concept au niveau de la musique ?

S : L’idée c’est de remettre un peu au goût du jour le concept de « Bloc Party » à l’ancienne sans oublier l’aspect éducatif. Beaucoup de gens qui écoutent du hip-hop ne savent pas forcément d’où ça vient réellement, ils écoutent du Skyrock et du AdoFm mais ne connaissent pas vraiment, surtout les plus jeunes qui ne vont pas en soirée ou en boite. Je joue des sons actuels mais des sons actuels qui sont dans l’ambiance 90’s. Par  contre je ne joue pas les trucs du moment, ce n’est pas du tout l’idée. L’idée c’est que quand tu ressors du Training Day, tu as tous les classiques en tête. L’idée c’est aussi de créer une communauté « Training Day » et développer des évènements derrière donc il va y avoir pas mal d’évènements qui vont arriver : on a fait le masterclass  la dernière fois, on en refait une au mois d’avril en plus grand, ce sera tout un après-midi avec un salon de créateurs, avec des initiations, des démonstrations etc. On tente de faire grossir le projet.

CUJP : Et toujours gratuit ?

S : Oui toujours gratuit. C’est aussi un peu activiste comme projet. Moi je me fais de l’argent dans mes projets personnels en tant que DJ et je trouve que c’est intéressant de donner un peu pour la culture pour que la culture puisse vivre. Je suis aussi journaliste maintenant, j’ai trois magazines. Je développe plein de trucs rémunérateurs toujours autour du hip-hop, mais pour moi quand tu es artiste et activiste il y a un endroit où il faut aussi pouvoir donner aux gens. C’est ce que je dis souvent, les marques font des évènements, tu arrives à l’événement tu dois payer, puis tu dois payer le vestiaire, puis tu dois payer pour boire, t’as encore rien vu, rien fait, et tu as déjà déboursé 40 euros.

 ©Dylan Renaudet
©Dylan Renaudet

CUJP : Donc activiste hip-hop ?

: Voilà.

« Le vrai problème des danseurs hip-hop, ce n’est pas la formation : on danse pour Madonna, on danse pour Timbaland, on danse pour tout le monde. Le vrai problème c’est la diffusion, c’est les résidences, c’est tout ce qui se passe après. »

CUJP : On a noté effectivement que « Training Day » était engagé pour la pétition contre le Diplôme National de professeur de danse de Hip-Hop ?

S : Oui. J’ai bossé pour le Ministère de la Culture à plusieurs reprises et ce genre de projet ça vient souvent d’en haut mais ils ne vont pas voir la base. Le vrai problème  des danseurs hip-hop, ce n’est pas la formation : on danse pour Madonna, on danse pour Timbaland, on danse pour tout le monde. Le vrai problème c’est la diffusion, c’est les résidences, c’est tout ce qui se passe après. Donc dire qu’on va faire un diplôme et qu’il faudra avoir ce diplôme pour devenir un bon prof de danse hip-hop… Les mecs qui ont appris, qui n’ont jamais pris de cours mais qui déchirent, on en fait quoi ? Et les mecs qui font du contemporain, que je ne dénigre absolument pas, mais qui du coup sont déjà dans le circuit vont se dire « tiens je vais passer le diplôme » parce que le hip-hop c’est « à la mode » j’ai envie de dire et donc « je donne des cours ». Les danseurs qui sont vraiment issus de la culture, qui ont l’histoire, l’historique, le savoir-faire, les codes, eux ils ne pourront pas donner les cours. On les garde toujours sur le côté. C’est pour ça qu’aux Etats-Unis ils disent « il faut que les choses qui sont faites pour nous soient faites par nous ». En France, on a encore ce problème là sur les cultures urbaines où souvent on se retrouve dans le cas où il y a un mec qui n’y connaît rien mais qui aime bien donc qui veut faire, mais qui ne prend pas les bonnes personnes parce qu’il ne fait pas de travail de recherche, il ne se demande pas « tiens qui dans le hip-hop fait de l’évènementiel, bouge, a un bon état d’esprit et pourrait être intéressé pour faire tel ou tel projet ».

©Dylan Renaudet
©Dylan Renaudet

CUJP : Et tu peux nous parler un peu de toi ?

: Moi ? (Rires). Moi je suis rappeur, je suis DJ, je suis journaliste, j’organise des évènements, je suis aussi photographe. Je fais beaucoup de choses, mais j’ai pas envie de dire depuis combien de temps au risque de me sentir vieux ! (Rires). Ca fait un certain temps que je fais ça et je ne pense pas être prêt d’arrêter. J’ai toujours été dans cet état d’esprit où je trouve des moyens pour faire ce qu’il me plait. Quand j’ai commencé à rapper, je voulais monter sur scène mais c’était difficile donc j’ai monté des concerts. C’est ma démarche. J’ai travaillé dans la presse, j’ai travaillé dans des magazines mais je ne trouvais pas ce qui me correspondait donc j’ai monté des magazines. Les soirées c’est la même chose, le Training Day, tous les projets que je développe partent de ce constat-là : les gens ne veulent pas le faire donc je le monte moi-même, puis on voit comment ça prend.

CUJP : Et du coup tu es solo ?

S : Oui je suis en free-lance. Je travaille comme consultant sur la culture urbaine pour des marques ou des entités, je développe mes événements et mes projets artistiques.

CUJP : Des partenariats à venir pour Training Day ?

S : Des marques sont venues me voir, que je ne citerai pas, mais je n’en voulais pas parce qu’elles ont tout de suite des demandes particulières. Le projet marche alors que je ne communique même pas, j’ai juste une page Facebook sur laquelle je n’ai même pas utilisé mon nom pour développer l’événement, ni celui des gens qui sont autour. C’est le collectif « Training Day », les gens ne savent pas qui est derrière et c’est tout l’intérêt parce qu’on veut que les gens l’identifient comme étant une sorte de marque en soi, qui produit des événements hip-hop de qualité autour d’un bon délire.

CUJP : Enfin, aujourd’hui c’est un jour pour ?

S : Danser !

Training Day, tous les mois au Carreau du Temple, vivement conseillé pour danser sur du bon son, se rencontrer entre amateurs de hip-hop ou encore admirer les danseurs amateurs.

Pour suivre l’actu via la page FB c’est par là

Propos recueillis par Dylan Le Foussat & La Grande Blonde

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