« Les jardins statuaires » de Jacques Abeille

C’est un jour pour se plonger dans les pages des jardins statuaires, ovni littéraire où l’on se promène entre les différents domaines d’un monde où les jardiniers taillent des statues.

Aux premières lignes les sourcils se froncent. Le propos semble austère, le sujet presque insaisissable, à la manière d’un rêve dont on voudrait se souvenir des détails mais qui s’échappe, à chaque tentative un peu plus. Mais à la manière d’un rêve, on se laisse prendre au jeu, on tire le fil d’une quête improbable.

La quête, c’est celle d’un voyageur dont on ne sait rien qui entre dans une contrée absolument inconnue et dont il met doucement à jour les habitudes et les mœurs. L’affaire n’est pas aisée : dans ce pays se succèdent de vastes domaines protégés par de hautes enceintes, aussi hautes que celles qui semblent retenir leurs habitants de trop dévoiler de leur mode de vie. La patience et le voyage aident, toutefois, à saisir à chaque page un peu plus de la complexité de ce monde de jardiniers. Car l’endroit présente une particularité de taille : il est peuplé d’hommes dont la tâche consiste à tailler et à veiller au bon développement de statues. Ce ne sont point des plantes qui viennent embellir ces jardins, mais bien des pousses de roches qu’il est nécessaire de ciseler, de récolter puis de replanter pour permettre aux statues d’arriver à maturité.

Les-jardins-statuaires

Carnet de voyage tenu par notre héros tout autant que digression utopique, conte philosophique et précis anthropologique, l’objet se trouve en fait à la croisée de toutes ces tentatives de classification. La langue s’y avère finement taillée, à l’image de l’univers qu’elle offre au regard du lecteur. Et de nous emmener aux côtés de ce voyageur, qui suit les pas d’un guide avant de se lancer dans la tentative de mieux saisir par lui-même la psychologie de ces hommes aux rites étranges. Aussi étranges qu’ils nous sont proches, car Abeille et son voyageur présentent une population qui pourrait tout à fait être la nôtre. Seulement, celle-ci inscrit dans un régime de codes précis. Et le voyageur en démêle peu à peu l’écheveau, à la recherche des femmes qui interagissent bien peu avec les hommes, et d’un ailleurs permanent.

Un roman qui laisse un doux goût d’étonnement.

 

 

Quant à Jacques Abeille

Né en 1942, il est un auteur rêveur et pluriel – il signe aussi des nouvelles érotiques sous le nom de Léo Barthe. Parmi les derniers tenants du surréalisme, il avait envoyé le manuscrit des Jardins statuaires à Julien Gracq, celui-ci ayant promis de le transmettre à José Corti (éditeur spécialisé dans les œuvres liées au dadaïsme et au surréalisme). Celui-ci soutient pourtant ne l’avoir jamais reçu. Un mystère qui participa peut-être à la confidentialité des Jardins, mais le voici redécouvert en 2010, à l’occasion de la mention spéciale du prix Wepler qui lui est remise et de la réédition des Jardins par les éditions Attila. Il s’agit en fait du premier roman du Cycle des contrées, auquel il s’est attelé  bien que, terminant les Jardins, il « crût avoir écrit l’œuvre d’un fou ».

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