« The Life Of Pablo » de Kanye West, entre provocation gratuite et quête d’apothéose

C’est un jour pour… écouter « The Life Of Pablo »

Après la publication de quelques tweets scabreux, florilège d’égocentrisme, ou tout simplement dénués de sens, le septième album de Kanye West débarque enfin. Son baptême ne fut pas sans peine, nommé d’abord « So Help Me God », avant d’opter pour des titres plus sobres, « Swish » & « Waves », le rappeur originaire d’Atlanta jette finalement son dévolu pour l’énigmatique T. L. O.P. », qui se révèlera être l’acronyme de The Life Of Pablo, probable sacre sonore du saint patron Paul.

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Kanye West nous avait promis le meilleur album de tous les temps, avant de rectifier le tir, révélant que cet album ne serait finalement (& seulement) que l’un des meilleurs de tous les temps – ego oblige. Mais si aux dires du rappeur, The Life Of Pablo faisait figure de Huitième merveille du monde, il avait également révélé que ce nouvel opus serait un album « gospel ». Et effectivement, l’album s’ouvre sur « Ultralight Beam », morceau incontestablement gospel où dès les premières secondes une voix enfantine exhorte Dieu avec exaltation. La voix de Kanye s’y fait grave, presque solennelle & est cérémonieusement accompagnée d’un chœur & d’un organe. Les références religieuses se poursuivent dans « Father Stretch My Hands Pt. 1 » & « Pt. 2 » où Kanye West sample le Pasteur & activiste T.L. Barrett, figure de la cause noire des années 70s. L’état de transe est atteint avec « Low Lights » où pendant 2’’12 une femme clame son amour pour Dieu. Si la religion n’est pas une thématique étrangère chez Kanye West (rappelez-vous le percutant « Jesus Walk » de l’album The College Dropout ou « Made In America » de Watch The Throne), celle-ci est particulièrement exacerbée dans The Life of Pablo.

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Mais si Kanye West prêche la bonne parole tout au long de ce nouvel album, il semblerait que ça soit également la sienne. Rien de surprenant à cela, & d’ailleurs le contraire nous aurait étonné. Le rappeur est connu pour son ego surdimensionné qu’il n’hésite pas lustrer dans sa musique. Le clip de « Power » de My Beautiful Dark Twisted Fantasy en est l’une des nombreuses illustrations – il pose au milieu d’un tableau épique incarnant Dieu lui-même. Véritable image d’Epinal de l’œuvre intégrale de Kanye West, on retrouve ce narcissisme à la fois excédant & grandiose dans T. L. O. P..

Plus détestable que jamais dans « Famous », il parle de lui à la troisième personne & casse du sucre sur le dos de Taylor Swift (« I feel like me & Taylor may still have sex, why ? I made that bitch famous »). Le « personal branling » se poursuit dans « Freestyle 4 » & atteint son paroxysme dans « I Love Kanye », véritable doigt d’honneur aux haters, « And I love you like Kanye loves Kanye ». Le morceau s’achève sur le rire du rappeur où il nous fait clairement comprendre que Kanye West & son ego sont à prendre ou à laisser, dans tous les cas, il n’en a rien à carrer.

« T. L. O. P., en plus d’être un énième support du narcissisme notoire de Kanye West, nous rappelle tout de même que celui-ci est bel & bien un rappeur & musicien talentueux (même si ça fait presque mal de l’admettre) »

T. L. O. P. est aussi l’occasion pour Kanye West de parler de sa famille, toutes générations confondues. Sa mère, bien sûr, influence décisive dans sa carrière à qui il dédie quelques lyrics dans « Father Stretch My Hands » ; sa femme, Kim Kardashian dans « FML », ballade aux allures lugubres ; & ses enfants North & Saint West dans « Real Friends ». Cet aspect de l’album contraste avec la mégalomanie presque maladive du personnage & prouve que Kanye West n’est peut être pas aussi détestable qu’il voudrait l’être.

Ce septième album est aussi remarquable par la quantité de featurings qu’il propose – Rihanna, The Weeknd, Ty Dolla $ign… Mais malgré ce casting de haute voltige, certains invités peuvent difficilement en placer une. On entend vaguement Kid Cudi sur « Father Stretch My Hands Pt. 1 » & « Waves », Rihanna fait acte de présence sur « Famous » – le sample de Nina Simone, à la fin du morceau, est d’ailleurs presque plus mémorable que la performance de Rihanna elle-même. Seuls Chance The Rapper & Kendrick Lamar, sur respectivement « Ultralight Beam » & « No More Parties In LA » font figure d’exception, en apportant à l’album une véritable touche personnelle – même s’il s’agit de cirer les pompes de Kanye « I met Kanye West, I’m never going to fail », rappe Chance The Rapper. Si l’on peut être déçu par ces featurings qui nous laissent un peu sur notre faim, la production, elle, ne peut que nous combler. Comme d’habitude, Kanye West ne lésine pas sur les moyens en s’entourant d’un petit monde fort talentueux – Madlib, Cashmere Cat, Hudson Mohawke…

T. L. O. P., en plus d’être un énième support du narcissisme notoire de Kanye West, nous rappelle tout de même que celui-ci est bel & bien un rappeur & musicien talentueux (même si ça fait presque mal de l’admettre). « No More Parties In LA » est une belle démonstration de ses prouesses musicales où son flow s’accorde avec justesse à celui de Kendrick Lamar. Malgré les détracteurs, Kanye West reste une personnalité majeure du rap game américain et ce n’est pas Erykah Badu qui ira dire le contraire. Avant même la sortie de l’album, la chanteuse nous a offert une jolie cover de « Real Friends ».

Ce septième album est donc un opus particulièrement efficace. Kanye West y est égal à lui-même, oscillant entre provocation gratuite & quête d’apothéose.

En somme, The Life Of Pablo est un véritable hommage à son ego.

G.

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