Lucrèce Borgia par Denis Podalydès à la Comédie française

C’est un jour pour … revivre le mythe de Lucrèce Borgia

« Nous vivons dans une époque où les gens accomplissent tant d’actions horribles qu’on ne parle plus de celle-là, mais certes il n’y eut jamais événement plus sinistre et plus mystérieux. »

(Acte I, Partie I, Première scène)

Voilà la première tirade de Lucrèce Borgia de Victor Hugo de nouveau montée par Denis Podalydès (2014) à la Comédie française. Cette tirade donne le ton : la pièce débute alors dans une lumière sombre, des costumes noirs et rouges sang signés Christian Lacroix et une Venise en plein carnaval qui semble pourtant bien obscure.

Victor Hugo reprend le mythe de Lucrèce Borgia dans cette pièce écrite en 1833 qui connaît alors un véritable succès. L’épouse de Don Alphonse d’Este (Eric Ruf), Lucrèce Borgia (Guillaume Gallienne) se rend à Venise masquée en compagnie de sa servante Gubetta (Christian Hecq) à la recherche de son fils Gennaro (Suliane Brahim) qui se croit orphelin. Lorsque Lucrèce et Gennaro se rencontrent, celui-ci ignore qui elle est et il lui conte son malheur et son désir le plus cher qui est de connaître sa mère. Les compagnons de Gennaro les surprennent et lui révèlent l’identité de cette femme dont les horribles crimes sont connus de toute l’Italie. Lucrèce, alors folle de rage, décide de se venger de cette humiliation : elle réserve aux compagnons de Gennaro un sort terrible pourtant inextricablement lié à celui de son fils.

« Et la parole que je vous ai donnée ? Le serment d’un roi est sacré. Cela est bon à dire au peuple. »

(Acte II, Partie I)

Cette tragédie est admirablement mise en scène par Denis Podalydès qui parvient pourtant à amuser le public grâce aux rôles secondaires de Gubetta, qui ne vit que pour le malheur des autres ; et des compagnons de Gennaro, jeunes aventuriers ivres d’amour. De même, les caprices et les manipulations de Lucrèce Borgia auprès de son époux Don Alphonse pour arriver à ses fins amusent le public, alors que le fatum pèse lourdement sur eux. La tension dramatique tombe alors quelques instants pour reprendre de plus belle.

LUCRECE BORGIA -
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

« Et on est souvent ridicule, avec ce genre de texte, de ne pas oser, de se limiter à une psychologie de la vraisemblance, qui serait profondément réductrice ; et on est sublime de se jeter à l’eau, d’y aller, de monter en régime, de s’abandonner aux grand périodes verbales, de les mener à leur terme, jusqu’au bout du souffle et de l’ultime phrase. »

Denis Podalydès

Si le travestissement de Guillaume Gallienne nous est aujourd’hui bien connu après son film Guillaume et les garçons à table ! (2013), il n’en est pas moins impressionnant : ce déguisement rappelle une certaine tradition du théâtre antique qui interdisait aux femmes d’êtres actrices mais aussi l’impossibilité pour Lucrèce Borgia de faire le bien car si elle n’est « pas née pour faire le mal (…) c’est l’exemple de (s)a famille qui (l’y a) entrainée. » (Acte I, Partie I, deuxième scène). Le travestissement de Christian Hecq est tout aussi brillant, qu’il joue une servante sanguinaire auprès de Lucrèce ou le compagnon de route infiltré de la bande de Gennaro.

Lucrèce Borgia – Mise en scène par Denis Podalydès
Comédie Française – Place Colette
Jusqu’au 30 avril 2016

Cioum

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s