Azealia Banks sort sa mixtape Slay-Z, voyage hétéroclite au cœur de la musique

C’est un jour pour se prendre une leçon de musique par Azealia Banks, l’une des figures les plus talentueuses du rap d’aujourd’hui.

Vous devez sans doute connaître Azealia Banks pour ses différents diss sur Twitter ou encore à travers son hit 212. Cette artiste à la grande gueule qui dérange est surtout l’une des figures les plus intéressantes du paysage musical contemporain. décryptage de sa deuxième mixtape : SLAY-Z.

Après un vrai casse-tête avec sa maison de disque (CQFD. l’histoire de son premier album studio Broke With Expensive Taste), Azealia a lâché il y a quelques jours la totalité de sa deuxième mixtape Slay-z, après nous en avoir déjà donné un avant goût avec The Big Big Beat.

Musicalement, Azealia a déjà fait ses preuves avec Broke With Expensive Taste et Fantasea. On connaît sa maîtrise des tendances musicales, son éclectisme et surtout son goût pour la bonne musique – samplant à la perfection des titres aussi divers que Knock that Door de Enon, Banderolo Desperado de MJ Cole ou encore Alarma de 666.  C’est donc tout naturellement que l’on peut considérer Slay-Z comme une réelle pépite.

 

Préparez vous à un voyage hétéroclite au cœur de la musique.

La mixtape s’ouvre avec ALONG THE COAST sur un backtrack de Kaytranada. On retrouve une facette encore inconnue d’Azealia qui fait valoir son héritage africain. Cette chanson se rapporte sans équivoque au sexe et ça se ressent jusque dans la production tropicale entremêlée de kicks empruntés au Kwaito et plus généralement à la scène électro sub-saharienne. Le déhanché est garanti. Ici, Azealia cherche aussi à prouver encore une fois que plus qu’une simple rapeuse, elle peut chanter. Une vraie réussite et une très bonne entrée en matière.

Après ce premier titre plutôt doux et sensuel on passe directement à un bon gros son de trap. Prouesse technique, elle réussit à casser l’ennui de la trap ambiante et nous propose un vrai vent nouveau. Je vous ai prévenu, Azealia a plus d’un tour dans son sac. BIG TALK en featuring avec Rick Ross répond aux critiques ayant fait suite à la une de Playboy magazine qu’elle avait faite en avril dernier.

COURTESY PLAYBOY/ELLEN VON UNWERTH
COURTESY PLAYBOY/ELLEN VON UNWERTH

On retrouve aussi une habile référence à Ice Princess – autre morceau de trap présent sur son album BWET – à travers les lyrics de Rick Ross « Ice box for my princess ». Il apporte d’ailleurs son soutien certain à Azealia à l’heure où la scène musicale américaine se désolidarise d’elle : « Say her name and I might run up on ya ». A travers ce morceau, Azealia affirme clairement sa suprématie à travers des punchlines tels que « I’m slaying bitches in the great mink » ou encore « Bad bitch, i’m bodacious ». Elle y clarifie enfin le sujet polémique de son racisme anti-blanc en disant « Black power but i’m not racist ». Bref, encore un diss.

On passe alors de la trap à un son très vogue : CAN’T DO IT LIKE ME. On connaissait déjà son goût prononcé pour la ball culture gay américaine – à savoir les soirées vogues des années ’80 – avec un morceau comme Fierce, samplant des voix extraites du film Paris is Burning sur une instru de vogue. Cette chanson avait été écrite à la base pour l’album ANTI de Rihanna mais ayant été refusée elle l’a ajouté à sa mixtape. Son flow se marie à la perfection avec le sample de la chasnson Night de Benga et Coki. La progression musicale de ce morceau est assez intéressante nous transportant lentement vers des sons de cloches cubaines. Elle annonce ici le retour en puissance de la vogue qui risque fortement d’envahir le paysage musical dans peu de temps.

YOU GUYS GET SLAY-Z NOWWWWWW
YAAAAAAAY !!!!!
kk

QUEEN OF THE CLUBS est sans doute le seul morceau en lien avec le précédent. L’instru est ce que j’appelle de la « techno pourrie de club gay ». C’est le seul morceau qui, je trouve, nous laisse un peu sur notre faim. Certes, il sert à ambiancer une grosse foule de festivaliers américains en transe pendant le spring break et donc permet de le commercialiser à grande échelle, mais n’est pas (à mon sens) à la hauteur du reste de la mixtape. Je me passerai donc de toute critique sur ce morceau pour ne pas biaiser votre écoute.

On reste dans le commercial, mais moins cheap, avec RIOT en featuring avec Nina Sky (si, si, souvenez vous Move ya Body dans votre vieille compil des Summer Hits de 2004). Ce son est clairement un hymne estival reprenant toutes les clés du hit entraînant. En plein cœur du mouvement de Black Lives Matter et connaissant Azealia Banks, l’une des interprétations possibles de ce morceau est celle d’un appel à la révolution noire américaine. En effet, cette dernière s’est déjà exprimée sur le sujet, non sans polémique, en reprenant l’idée suprématiste de la création d’un Etat noir désolidarisé des Etats-Unis –idée partagée notamment par de nombreux activistes noirs américains dans les années 60 dont Nina Simone. Ce morceau nous montre qu’Azealia touche à tout en s’éloignant du rap pur et dur et en s’approchant de ce que l’on peut appeler le « pop-rap » dont l’ambassadrice serait, pour vous situer, Nicky Minaj.

A travers SKYLAR DIGGINS Azealia pose son flow. Une instru pointue tantôt techno, tantôt trap, comme elle les aime, un phrasé puissant et rythmé, la maîtrise des dorps, on retrouve là tous les ingrédients qui ont lancé sa carrière. Ce morceau est l’expression du mouvement du rap contemporain tendant à s’éloigner de plus en plus des intrus traditionnelles. Elle se place avec SKYLAR DIGGINS comme la représentante de la culture New-Yorkaise en appelant tous ses habitants à se rallier à elle et c’est réussi.

THE BIG BIG BEAT est sans doute l’un des meilleurs morceaux de cette playlist. On est directement plongé dans la House de Detroit des années 90, avec une introduction linéaire durant laquelle on peut entendre le grésillement de vinyls. S’en suit un sample de Notorious B.I.G. avant l’entrée en puissance d’Azealia. La production de ce morceau est signée An Expresso. Le refrain lui permet de réaffirmer le fait qu’elle a aussi une voix. On ne peut que saluer (comme si on ne l’avait pas déjà fait) son flow portant ce track jusqu’à la jouissance auditive. Ce morceau est donc un régal pour les oreilles et vous fera danser comme des fous.

Cette mixtape se clôture avec USED TO BE ALONE un morceau dance où la rappeuse laisse tomber son masque et semble nous chanter une déception amoureuse. On est loin ici de ses tracks habituels. Une double lecture est possible pour ce morceau. En effet, une histoire de sample volés (et de culture aussi) entre Azealia Banks et Iggy Azalea est sans doute à l’origine de ce morceau enregistré en une journée. Pour être bref, Iggy a été la cible de plusieurs attaques pour avoir repris divers samples des années ’80/’90 propres au style de Banks et surtout celui de 212. Pour se venger, Azealia a repris ici un sample de KNAS de Steve Angello, qu’Iggy avait utilisé pour son premier hit My World. Les paroles prennent alors un tout autre sens en sachant qu’Iggy a organisé son retour au même moment que Banks. Une simple chanson d’amour se transforme alors en réel diss :

« Oh, it took so long to get over ya

How do I prepare?

When I swore I’d never see you again?
And now you’re here
Looking as sureal as before

(Stuck, stuck in my mind)

Now that I am so used to being alone.. »

Courtesy : Revolve
Courtesy : Revolve

Cette mixtape est donc à la hauteur de ce que nous a déjà proposé Azealia Banks, à savoir des références pointues, un flow puissant et des sons plus différents les uns que les autres. Qu’on aime ou pas la personne pour son franc parlé, il est indéniable que cette jeune fille est extrêmement talentueuse.

Pour écouter  la mixtape : https://soundcloud.com/slay-azealia/sets/azealia-banks-slay-z

Ubu.

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