Merci Patron ! Quand le réel devient un terrain de jeu

Définir et penser Merci Patron ! comme un documentaire, c’est peut-être passer à côté du film. Car il s’agit moins pour François Ruffin de représenter le réel que d’en faire un terrain de jeu. La réalité se trouve transfigurée en espace fictionnel, elle cesse d’être un état de fait pour devenir un réservoir de possibles.

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Car Merci Patron ! est un pari culotté, une expérience sociale. Dans un climat politique dominé par la résignation ou le désintérêt pur, le film de François Ruffin n’entend pas informer le spectateur ou interroger le monde. Il entend tout simplement agir concrètement et directement dessus. La réalité devient délire, fantasme, utopie. Le cinéma parasite le réel, l’investit et le refaçonne à son image. Merci Patron ! est un film de braquage, un Ocean’s eleven à la sauce Groland ou Deschiens.

Le découpage en cinq actes dit bien l’ambition théâtrale du film. Ruffin, c’est le valet de comédie, le petit machiniste qui va mener son intrigue pour assurer le bonheur social de ceux dont il sert les intérêts (une famille de miséreux à défaut des nobles ou des bourgeois traditionnels du genre). La réalité est donc mise en scène en permanence par le réalisateur-démiurge qui en ouvre les perspectives. Les Klur sont des marionnettes consentantes dans un jeu de dupe, ils n’hésitent pas à recourir au chantage dans un système où l’amoralité est loi. Rendre coup pour coup, battre l’ennemi sur son propre terrain. Ruffin anime son film d’un souffle vengeur, il dénonce la malhonnêteté et en fait son arme. « C’est la Révolution en marche » comme le disait Napoléon à propos du Mariage de Figaro de Beaumarchais. Peut-être est-ce aller trop loin. Mais ce fantasme du Grand soir hante bel et bien le film, comme son impensé. A l’image du célèbre valet, Ruffin est insolent. Or l’insolence a une vertu transgressive, c’est une parole et une attitude qui renverse les barrières sociales, qui égratigne le pouvoir et son image si respectable. Bref, c’est une prise de liberté, contestataire et euphorique.

« Merci Patron ! est un film de braquage, un Ocean’s eleven à la sauce Groland ou Deschiens. »

Merci Patron ! se révèle donc un film porteur d’une énergie communicative. C’est une comédie satirique acide et ironique qui porte sur le monde un regard optimiste et enjoué. Le film galvanise et parvient à nous faire du bien à partir d’une réalité absolument dramatique. Le réel nous frappe en pleine figure mais François Ruffin propose de le dépasser, et surtout, de le transformer. Que le film soit en partie à l’origine du mouvement « Nuit debout » surprend à peine. Mobiliser les spectateurs, appeler à l’action concrète, produire une oeuvre qui fasse la différence : tel semble l’objectif de François Ruffin.

Merci Patron ! offre le spectacle d’un système berné, battu et humilié par l’individu. C’est une fable qui met le réel en échec, qui en déjoue les lois, dans l’espoir de changer les choses. Qu’on soit d’accord ou non, on ne peut faire plus politique et engagé.

Romaric B. 
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