Freetown Sound – Blood Orange

Inspiré du nom de la capitale de la Sierra Leone, Freetown Sound est le 3eme opus du projet musical Blood Orange mené par le très charismatique Devonté Hynes. Cet album particulièrement personnel s’inscrit dans le contexte social américain complexe du Black Lives Matter à l’image des œuvres de Kendrick Lamar & de Beyoncé, porte-paroles des laissés pour compte de la société US & nouveaux ambassadeurs de la Black Pride.

Avant de devenir Blood Orange, Hynes est passé par différents alias & projets – du groupe punk Test Icicles à Lightspeed Champion. Ses tribulations musicales l’auront finalement mené de l’East London à New York où il s’est depuis basé. En 2011 il sort son 1er album sous le nom de Blood Orange, Coastal Grooves rapidement suivi par Cupid Deluxe en 2013 où il invite entre autres Samantha Urbani (Friends), Adam Bainbridge (Kindness) & Skepta. Mais Devonté Hynes se fait aussi connaître en écrivant pour d’autres tels que Solange dont il a produit le joli EP True, Gia Coppola dont il réalise une partie de la BO de Palo Alto, ou encore Carly Rae Jepsen (interprète du tristement « fameux » « Call Me Baby »).

Crédits @devhynes
Crédits @devhynes

Musicalement Freetown Sound n’est pas du tout un dépaysement, on retrouve l’ambiance feutrée des deux premiers albums à la carnation 80s & la voix falsetto de Hynes qui pose sur des beats agréablement kitsch. Le décor est le même & le premier rôle est de nouveau donné aux femmes – les featurings de cet album sont exclusivement féminins. Parmi les muses de Blood Orange on trouve avec surprise Nelly Furtado qui pose sur le très doux « Hadron Collider », Empress Of sur « Best to You », Carly Rae Jepsen sur le très rythmé « Better Than Me ». Mais le featuring le plus réussi de cet album revient probablement à Ava Raiin dont la voix nous emporte dans une délicate ballade aux percussions caressantes dans « Thank You ».

Cette ode à la féminité s’accompagne d’un hommage aux racines africaines de Devonté Hynes. Le titre de l’album lui-même renvoie à Freetown, capitale de la Sierra Leone d’où le père de Hynes est originaire. Et dans l’incroyable « Augustine », l’artiste chante quelques mots en krio, une des langues du pays. Cette célébration de l’Afrique passe aussi par le prisme de la religion, Blood Orange multiplie les références bibliques & chante à la gloire de Saint Augustin sur des accents Gospel.

Cet ensemble éclectique est non seulement emprunt de l’histoire personnelle de Hynes, mais aussi incontestablement influencé par les artistes 80s qui ont bercé son adolescence. L’aura de Michael Jackson est particulièrement frappante dans l’album, le visuel de Freetown Sound fait d’ailleurs un caméo de MJ lui-même. Et la forte présence du saxophone dans « Love Ya » rappelle la musique satinée de Sade.

Freetown Sound est un album particulièrement engagé à l’instar de To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar. Hynes rend hommage à Trayvon Martin, jeune noir américain tué par un policier en 2012, « Cry and burst my deafness, while Trayvon falls asleep », accident à l’origine du mouvement social noir américain « Black Lives Matter ».

« My album is for everyone told they’re not black enough, too black, too queer, not queer the right way … it’s a clapback ». 

« Hands Up » fait implicitement référence à la violence policière dont de nombreux noirs américains ont été injustement victimes.

Cet album est aussi l’occasion pour Devonté Hynes d’aborder le thème du transgénérisme en faisant un clin d’œil au milieu queer – dans « Desirée » il sample des extraits du célèbre documentaire « Paris is Burning » dédié au voguing.

Crédits @devhynes
Crédits @devhynes

Avec Freetown Sound, Hynes signe un album complexe aux thématiques graves qui tranchent singulièrement avec la légèreté de ses sonorités 80s. C’est au bout de plusieurs écoutes que l’on parvient progressivement à s’immerger dans cet album dédié à ceux « considérés comme n’étant pas assez noirs, trop noirs, trop queer, pas assez queer »« My album is for everyone told they’re not black enough, too black, too queer, not queer the right way … it’s a clapback ». 

G.

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