Master class « Arts visuels, libres et citoyens. Regards croisés d’artistes hors-pair de France et de Palestine »

Pour la deuxième journée du festival Palest’in&out #2, les organisateurs ont prévu une journée de discussion entre différents artistes et leurs problématiques. Cette journée propose donc un regard croisé sur la Palestine à la Gaîté Lyrique, ouvert en 2011, lieu dédié aux cultures numériques. Les deux thèmes centraux du festival sont ici au cœur de cette journée : en tant que premier festival d’art contemporain palestinien à Paris, cette journée est l’occasion d’un dialogue entre français et palestiniens tant du point de vue de leur technique artistique, de leur engagement mais également de leur perception de l’art ; le second thème centré sur l’art contemporain, et non pas l’art traditionnel : comment les artistes palestiniens détournent-ils ainsi ses codes, de quelles manières sont-ils confrontés aux problématiques actuelles du « connecté », comment faire lien avec leurs œuvres ?

À l’image du festival et de sa programmation, cette journée regroupe des artistes aux pratiques multiples :

La première discussion autour de la notion d’art « connecté » regroupe Larissa Sansour et Taysir Batniji et le conservateur en charge de l’art contemporain au MuCEM, Jean-Roch Bouiller.

Larissa Sansour présente actuellement une exposition monographique à Londres à la mosaic rooms intitulée « In the future they ate from the finest porcelain ». Dans ses récents travaux exposés à Londres (Archaeology, 2016 et In the Future, 2016), l’artiste met en regard la production de masse de la porcelaine décorée du motif du keffiyeh, symbole national de la Palestine : une interrogation sur le détournement politique du passé et de l’archéologie palestinienne est au cœur de ses travaux ; ces nouveaux « vestiges » sont en partie enterrés sous terre sur le territoire palestinien pour laisser des traces aux prochains archéologues. Dans la vidéo Nation Estate  (2012), l’artiste s’interroge plutôt sur les possibilités de la Palestine à s’installer dans un gratte-ciel qui ferait office de territoire pour la Palestine.

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Nation Estate de Larissa Sansour, 2012.

L’artiste Taysir Batniji travaille quant à lui tant la vidéo que le dessin ou encore la performance. Il décrit lui-même son travail comme suit : « Je tente à travers mon travail d’établir un dialogue direct avec l’environnement contextuel et quotidien (vécu) afin d’atteindre un état de fusion entre ces deux domaines. » (Arles, 2002).

On retrouve chez ces deux artistes un détournement d’un certain nombre de codes/images habituelles de la Palestine pour les interroger, les détourner : le cas de la « Nation Estate » présente à la fois un enjeu peut-être plus local dans un projet aujourd’hui global qui pense trouver une solution en construisant verticalement.

La seconde partie de la journée est consacrée aux « images en résistance » avec la mise en regard des travaux photographiques et vidéo de Valérie Jouve qui a séjourné à Jérusalem Est et en territoire palestinien. Elle concentre son regard sur les communautés et les populations arabes, en interrogeant leur rapport à la ville et à la modernité plaçant ainsi l’espace urbain et ses habitants au cœur de son travail : « Je cherche à évoquer une certaine intensité du monde vivant. […] Je travaille l’habitation d’un espace et souhaite que les spectateurs vivent une expérience de cet espace-là, au travers des images. » (Jeu de Paume, 2015).

Les frères Arab et Tarzan Nasser sont quant à eux deux frères jumeaux réalisateurs originaires de Gaza (interview à venir sur le blog). L’idée de la résistance semble plus nette chez eux du fait du médium choisi : la vidéo est, par essence, animée, et peut-être plus parlante. Ces trois artistes conçoivent leurs travaux comme un engagement. Que signifie aujourd’hui être « un artiste engagé » ? Dans leurs films Condom Lead (2013) et Dégradé (2015), c’est en traitant du quotidien que cette résistance est évoquée, loin des images médiatiques et des a priori sur la vie à Gaza.

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Gazawood series : l’un des projets des frères Nasser présentant des affiches de films du nom des offensives militaires israéliennes contre Gaza.

Voici le programme du master-class :

· 17h30 – 19h Fusion artistique et détournement culturel : un art « connecté » ?   

Comment les artistes détournent les référentiels traditionnels pour leur donner un sens inédit, en écho avec les problématiques des sociétés contemporaines, entre enjeux locaux et portée globale ?

Avec Larissa Sansour et Taysir Batniji – modéré par Jean-Roch Bouiller

·  19h00-21h Images en résistance : un récit inédit de la Palestine

Que signifie être un artiste engagé aujourd’hui ? A travers le point de vue d’artistes de Palestine ou ayant longtemps travaillé sur la Palestine, il s’agira d’explorer comment l’expression artistique peut être une arme bien plus efficace que tout discours politique sur un pays qui souffre d’une image médiatique souvent biaisée.

Avec Valérie JouveArab et Tarzan Nasser – modérée par Aurélie Charon

Gaîté Lyrique

3 bis, rue Papin

75003 Paris

Entrée libre et diffusion en directe et en streaming sur la page de l’événement de la Gaîté Lyrique.

Cécile P.

———-ENGLISH VERSION———-

For Palest’in&out #2 festival’s second day, organizers have planned discussions between several artists about their work habits and the issues they deal with. These panels will take place at la Gaîté Lyrique, a Parisian venue dedicated to digital cultures since 2011. Two main topics will rhythm that second day: a dialog between French and Palestinian artists and contemporary art. On one hand, Palestinian and French artists will discuss the way they work, their commitment to arts, their techniques and even the perception and the understanding they have of fine arts. On the other hand, stakeholders will expose and debate about the way Palestinian artists use and change usual artistic rules, how they deal with the digital dimension of fine arts, and what place these contemporary tools take in their work.

Different kind of artists are invited to take part in the debates for this 2nd day :

Larissa Sansour, Taysir Batniji and Jean-Roch Bouiller, the MuCEM’s contemporary art curator, will discuss the notion of « digital arts ».

Larissa Sansour currently presents « In the future they ate from the finest porcelain », a monographic exhibition set at The Mosaic Rooms, in London. Her prior works exhibited in London (Archaeology, 2016 and In the Future, 2016) mix the mass production of porcelain and the keffyieh, which is Palestine’s national symbol. Through her works, she questions the political misappropriation of the past, especially through the Palestinian archeology. These new “relics” are partly left around Palestinian territories for next generation of archeologists to find. In the Nation Estate video (2012), she interrogates the possibilities for the Palestinian population to settle down in a skyscraper.

Taysir Batniji uses several mediums, such as video, drawings and performance. He says: “through my work, I try and establish a direct dialog with my environment and my daily life so as to create a fusion between these two”. (Arles, 2002)

Both these artists work and play with codes and pictures proper to Palestine, to interrogate them. “Nation Estate”, for example, is about including a local issue in a wider subject that asks: can we find a solution to overcrowded places by building vertical constructions?

The second part of the day will focus on “resisting pictures”. It will present both photographic and video works by Valérie Jouve, who has lived some time in Jerusalem and in Palestinian territories. She mostly focuses on Arabic population and communities, questioning their relationship to the city and the modernity. In that sense, she puts urban space and its inhabitants at the center of her art: “I try and evoke some of that intensity I find in the living world […]. I work about the habitation of a space, and would like the visitor to experience that sace through the pictures”.

Twin brothers Arab and Tarzan Nasser are two directors from Gaza. As Valérie Jouve does, they both consider their work as a commitment. But what does it mean today, to be a “committed artist”? In their movies “Condom Lead” (2013) et “Dégradé” (2015), they bring up this resistance by using daily life material, far from one’s usual a priori about the Gazan’s life.

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Gazawood series: one of the Nasser brothers’ projects creates fake movie posters using the name of Israeli military operations against Gaza.

Schedule :

·17h30 – 19h  Artistical fusion and cultural hjijack : a « connected » art ?

How artists misuse traditional references to give them a new meaning.

With Larissa Sansour and Taysir Batniji – facilitator : Jean-Roch Bouiller

·19h00-21h – Resisting pictures: an untold story of Palestine

What does « being a committed artist » mean today? The subject of art used as a weapon will be discussed through the point of view of Palestinian artists and foreigners who have long lived in Palestine. How can art be stronger than any political speech ? How can it change the often wrong image medias give from Palestine?

With Valérie JouveArab and Tarzan Nasser – facilitator : Aurélie Charon

Gaîté Lyrique

3 bis, rue Papin

75003 Paris

Free entrance, livestream of the debates on the event webpage

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