Festival Palest’In & Out : découvrir le travail de Safaa Khateeb

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C’est un jour pour découvrir les artistes des catégories photographie et arts plastiques du festival Palest’In & Out

Ce week-end est l’occasion de se rendre à l’espace jeune création des Grands Voisins, l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Les artistes lauréats et mentions spéciales en arts visuels du Prix Palest’In & Out 2016 Qais Assali, Ismail Al Rozzi, Noor Abu Arafeh et Randa Maddah (arts plastiques), Safaa Khatib et Alaa Ghosheh (photographie) et Mirna Bamieh (art-vidéo) montreront leurs travaux à partir du samedi 9 juillet dès 15 heures jusqu’au 13 juillet 2016. À l’occasion du vernissage, Turnbalism nous a proposé un DJ Set, fin mélange de musiques africaines et orientales et de musiques électroniques et l’artiste Sri Lankaise Deneth Piumakshi a réalisé une performance de broderie main, inspiré de sa résidence artistique à Jérusalem.

À l’occasion de cette exposition, nous avons interviewé la lauréate de la catégorie photographie Safaa Khateeb qui présentera son projet « Studio Bagdad », un studio mobile immortalisant l’image du hiérosolymitain dans les lieux menacés de confiscation.

(SCROLL DOWN FOR ENGLISH VERSION)

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Studio Bagdad, Safaa Khateeb – Crédits Photos : Cécile Poulot

CUJP- Comment en es-tu venue à choisir la photographie ?

Safaa Khateeb : Je n’ai pas choisi en réalité ce médium, j’ai choisi de l’étudier dans le cadre de mon bachelor à l’université des beaux-arts de Bezalel à Jérusalem et pour ma remise de diplôme cette semaine. Le travail photographique fait partie intégrante des travaux que je dois réaliser dans le cadre de mes études. La photographie n’est pas ma passion même si j’aime ça, je le fais pour avoir de bonnes bases et continuer dans des études de cinéma pour travailler ensuite.

CUJP- Penses-tu que ton regard et ta manière de travailler sont différents pare que tu es une femme ? On pense notamment à ton travail sur les femmes et leur quotidien dans la vieille ville de Jérusalem.

Safaa Khateeb : Bien sûr, je le pense mais pas seulement parce que je suis une femme. C’est aussi à propos de mon identité, de la situation compliquée que je vis au quotidien à Jérusalem, comme partie colonisée sous occupation israélienne. J’en avais marre des flatteries orientales de la part d’artistes et de photographes extérieurs qui venaient pour couvrir la situation avec une vision complètement superficielle.

CUJP- Pourrais-tu nous expliquer ton travail en tant que reportrice volontaire à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem ?

Safaa Khateeb : J’ai été bénévole pendant deux ans dans le programme Quds qui était une page Facebook qui couvre les nouvelles en Palestine et j’ai suivi les événements à la mosquée Al-Aqsa avec d’autres volontaires. J’ai écrit beaucoup d’artistes sur la situation politique à la mosquée et le cimetière Maa’man allah à Jérusalem par exemple ainsi que sur d’autres événements du quotidien à la mosquée et sur le fait que le gouvernement israélien nous empêche de prier dans notre mosquée en nous évinçant de la mosquée tout en assurant la liberté au peuple juif de célébrer sa foi dans ses lieux.

CUJP- Est-ce une manière pour toi de t’engager dans la vie quotidienne ou définis-tu déjà ton travail comme un art engagé ?

Safaa Khateeb : L’occupation de mon pays, ma liberté en tant que Palestinienne à Jérusalem, ma liberté en tant que musulmane dans le pays sacré, mon quotidien compliqué ; tous ses éléments m’habitent et m’obligent à parler de ces éléments, je dois être un passeur dans ce monde et ce, via le langage que je maitrise le mieux. Je me suis définie ainsi comme une personne engagée, j’ai un message et je dois le publier.

CUJP- Peux-tu nous expliquer le projet « Studio Bagdad » que tu vas présenter à Paris ?

Safaa Khateeb : Vous allez voir des autoportraits des habitants de Jérusalem dans cinq lieux différents de la ville qui sont menacés d’être expropriés par le gouvernement israélien et je dois dire qu’un de ces lieux a déjà été confisqué depuis que j’ai commencé à faire ce projet en 2014. C’est vraiment une situation politique compliquée et je ne serai surprise d’apprendre demain qu’un autre de ces lieux que j’ai photographié a été entre temps confisqué. J’ai décidé de rassembler ces archives de ces personnes dans ces lieux car peut-être que dans 10 ans nous ne pourrons plus prendre ces photos, nous ne pourrons plus être près de nos mosquées, de la porte de Damas, et peut-être que nous serons exclus de la ville entière.

CUJP- Quelle a été la réaction du public lorsque tu as monté “Studio Bagdad” à Jérusalem en 2014 ?

Safaa Khateeb : Je parlerai du processus de création du projet en lui-même car c’est quelque chose d’important, la manière dont des vieilles personnes ont pu être troublées lorsqu’ils ont été invités à prendre place dans des espaces publics comme l’allée ALAA’ ELDDIN dans la vieille ville de Jérusalem pour être photographiés dans un espace qui pourrait nous être interdit demain ou même aujourd’hui alors qu’un policier israélien demande aux personnes leurs papiers d’identité à un mètre de mon studio lorsqu’elles veulent rentrer dans la mosquée.

CUJP- Qu’est-ce que ça signifie pour toi d’avoir été nommée lauréate de la catégorie photographie et d’exposer tes photographies au festival Palest’In & Out 2016 à Paris ?

Safaa Khateeb : Je suis vraiment très heureuse de compter parmi les gagnants et c’est un plaisir de montrer mon travail à Paris. La photographie peut être un langage difficile et trompeur et nous devons apprendre à le prononcer et à le délivrer.

Propos recueillis par Assia Hebbache et Cécile Poulot

 

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IMG_4739.jpgStudio Bagdad, Safaa Khateeb – Crédits Photos : Cécile Poulot

This weekend is time to go to the space “young creation” at the Grands Voisins, the former hospital Saint-Vincent-de-Paul. The winning artists and the special mentions of the Prize Palest’In & Out 2016 Qais Assali, Ismail Al Rozzi, Noor Abu Arafeh et Randa Maddah (plastic arts), Safaa Khatib et Alaa Ghosheh (photography) et Mirna Bamieh (art-video) will show their works from Saturday 9th July at 3 p.m. to 13th July. For the opening Turnbalism proposed a DJ Set between African music, oriental music and electro. The Sri Lankan artist Deneth Piumakshi made a performance on hand embroidery, inspired by her residency in Jerusalem.

For the occasion, we’ve asked a few questions to Safaa Khateeb who won the prize Palest’In & Out 2016 in photography. She will present her installation called “Studio Bagdad”, a mobile studio about the inhabitants of Jerusalem and the sites under threat because of the confiscation.

CUJP- How did you chose to work with photography ?

Safaa Khateeb : Actually, I didn’t choose to work in this field, I just choose to study photography with B.F.A degree in Bezalel academy of art and design in Jerusalem and my graduation this week also, so, the work in photography is a part of requirements that I must do to success. The photography is not my passion although that I like it. I do this step in photography just for a good basic to continue in the cinema studying and work after that.

CUJP- Do you think that your way of working, your look is different because you’re a woman, for example in your work about the women in Jerusalem and their everyday life ?

Safaa Khateeb : Of course I do, not just because I am a woman, its all about my identity, my complicated situation that I live every single moment in Jerusalem as a part of Colonized nation under the Israeli occupation, beside the feminine aspect. I’ve got bored from the orientalist flattery from the artists and the photographer that came from outside to cover our situation with completely superficial vision.

CUJP- Can you explain your work as a volunteer-reporter at the mosque Al-Aqsa ?

Safaa Khateeb : For 2 years, I was a volunteering in Quds network, it was a just a huge Facebook page that covers the Palestinian news from all entire Palestine, and I covered the news from Alaqsa mosque beside many others volunteering, I wrote so many articles about the political situation in Alaqsa mosque, and “Maa’man allah Cemetery in Jerusalem for example, and many others issues going every day in this mosque, and the most important thing that the Israeli government prevents your right to worship in your own mosque vs he grants the freedom to the Jewish people to worship in your own space, while they evict you from Alaqsa.

CUJP- Is it a way for you to engage yourself in the everyday life or will you already define your work as an engaged one ?

Safaa Khateeb : My occupied country, my freedom as a Palestinian in Jerusalem, my freedom as a Muslim in the “Holy Land”, the complicated of Safaa daily life, identity, all this issues tied me and I have no choice not to talk about them, I have to be there passenger to the world in the language that I am able to speak well. So I’m already defined as engaged one, I have a message, and I have to publish it.

CUJP- Could you tell us more about the works you will show in Paris ?

Safaa Khateeb : Sure, you will see self portraits of Jerusalemite people in 5 places in Jerusalem that suffer from the risk of expropriation by the Israeli government, and I have to say that one place has already been confiscated since I did this project in 2014. This is really a bad political and complicated situation here, I will not be surprised if I hear tomorrow that one more place I captured there is confiscated too. I decided to do this archive to this people in this places because maybe after 10 years we will not be able to take pictures there, we cannot be close to our mosque, our Damascus Gate, out “The Bosta building in Salah Eldin St.”, and maybe they will exclude us from the whole city.

CUJP- Which was the reaction of the public during the installation of “Studio Bagdad” in Jerusalem in 2014 ?

Safaa Khateeb : I will talk about the making of this project itself, because this is the important thing, how I could confused old men and invited them to take a set in a public place like “ALAA’ ELDDIN” alley in the old city of Jerusalem and to capture an image for himself under the line, a place that could be a place not for us anymore tomorrow or even today, while an Israeli police man asks the people to show theirs ID cards one meter close of my studio stuff when they want to enters to Alaqsa mosque.

CUJP- What does it mean for you to be the laureate in photography at the festival and to show your pictures at the Festival in Paris ?

Safaa Khateeb : I’m so glad to be one the winners, and that’s my pleasure to show my work in Paris. The photography is multi deceitful languages, and we have to learn how to pronounce it, and how to deliver it to world.

 

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