Festival Palest’In & Out : Entretien avec Farah Saleh et Salma Ataya, lauréates danse

C’est Un Jour Pour voir la performance INEDITE de danse contemporaine des lauréates de danse du Festival Palest’In & Out, Farah Saleh et Salma Ataya : ce soir à 19h à La Maison de la Poésie.

C’est un jour pour a rencontré les lauréates de la catégorie danse du Festival Palest’In & Out, Farah SALEH et Salma ATAYA, récompensées pour leur chorégraphie « La Même » centrée sur l’épineuse question du voile.  Quelles représentations (culturelles, politiques, médiatiques) et quelles réalités (sociales et individuelles) se cachent derrière le voile ? Le voile dissimule-t-il, protège-t-il, pare-t-il, emprisonne-t-il ? Est-il choisi ou subi ? Par la voix de leur corps en tension, Farah et Salma expriment la complexité de cet enjeu social devenu politique.

 

(SCROLL DOWN FOR ENGLISH VERSION)

 

CUJP : Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs? Comment vous êtes-vous rencontrées?

Farah : Je suis danseuse. J’ai commencé à danser le ballet lorsque j’étais enfant en Jordanie, après être partie d’un camp de réfugié en Syrie. J’ai ensuite emménagé en Palestine lorsque j’avais 11 ans, j’ai continué le ballet pour quelques temps et me suis ensuite mise à la danse contemporaine car je sentais que je pouvais m’exprimer plus librement. À partir du premier atelier de danse contemporaine en Palestine crée par la Sareyyet Ramallah Dance Company (dont nous faisons partie) en 1999, de nombreux ateliers ont suivi, et, en 2006, le Ramallah Contemporary Dance Festival a été créé également à l’initiative de Sareyyet Ramallah Dance School. Entre 2003 et 2009, alors que cette scène se développait à grande vitesse, je faisais mes études de médiation linguistique et culturelle en Italie. Je suis revenue en Palestine en partie grâce à la danse et au Ramallah Contemporary Dance Festival, puisque la petite compagnie que j’avais fondée en Italie et dont je faisais partie y avaient présenté notre performance. J’ai ensuite décidé de retourner vivre en Palestine, avec mon mari, et j’ai alors rencontré Salma dans la Sareyyet Ramallah Dance School. Depuis quelques années, je chorégraphie et travaille indépendamment de Sareyyet aussi.

Salma : Je suis Salma, j’ai 24 ans et je viens de Palestine. J’ai commencé à danser à l’âge de 15 ans, mais c’était la danse traditionnelle, la Dabke. Quand la danse contemporaine est apparue en Palestine, je sentais que je pouvais bien m’exprimer en la dansant : je m’y suis donc mise ! J’ai assisté à de nombreux ateliers, fait de nombreux spectacles, et je voudrais continuer à danser ce style à l’avenir. J’ai maintenant l’intention de faire un Master en danse. Quant à Farah et moi, nous nous sommes rencontrées dans la Sareyyet Ramallah Dance Company. Nous participons également au Ramallah Contemporary Dance Festival et à l’enseignement de la danse contemporaine, de la Dabke, et du ballet dans la Sareyyet Ramallah Dance School. Et parfois, nous mettons également en place des master-class sur le théâtre ou le hip-hop.

Photo: Farah and Salma by Lucia Cristina
Photo: Farah and Salma by Lucia Cristina

CUJP : Qu’est-ce que la Dabke ?

Salma : La Dabke est notre danse traditionnelle [en Palestine ndlr]. Elle se base principalement sur les jambes, les sauts et les sourires… Il faut sourire ! [Rires] Nous la dansons beaucoup dans les mariages, et auparavant, elle était principalement dansée lors d’efforts de travail, notamment lors de la récolte des olives où les gens dansent et chantent ensemble.

CUJP : Pourquoi avez-vous décidé de travailler ensemble et de candidater pour le prix de Jeune création en danse du festival Palest’In & Out ?

Salma : Nous connaissons ce festival depuis l’année de sa création [2015 ndlr], mais nous étions en tournée à l’époque et ne pouvions pas y participer. Nous avons donc décidé de participer cette année ! C’est super que 40 Palestiniens soient réunis, et que nous puissions apprendre à connaître leur travail. Je connaissais déjà certains artistes mais d’autres pas, puisqu’ils ne résident pas tous en Palestine.

« Ramallah est considérée comme la capitale de la danse contemporaine dans le monde arabe »

Farah : L’année dernière, Amina [Programmatrice du Festival que nous avons rencontré ndlr] nous avait envoyé un e-mail nous proposant de participer, mais nous étions occupées. Beaucoup d’autres danseurs palestiniens étaient occupés à l’époque. Voilà pourquoi si peu de gens avaient candidaté en 2015.

CUJP : Depuis la création du Sarayyet Ramallah Dance Festival, la scène de danse contemporaine en Palestine semble être en pleine effervescence. 

Farah : Les gens ont tendance à penser que la danse contemporaine en Palestine est rare, ce qui est tout à fait faux. Ramallah est considérée comme la capitale de la danse contemporaine dans le monde arabe, et non pas Beyrouth! C’est dû au Sarayyet Ramallah Dance Festival, aux compagnies et co-productions, aux divers artistes palestiniens professionnels qui sont en tournés pour leurs propres productions ainsi que pour les coproductions internationales. C’est donc un véritable boom qui a commencé à Ramallah, mais se répand maintenant à d’autres villes palestiniennes. Par exemple, lors de la cérémonie d’ouverture pour le nouveau Palestinian Museum, en mai de cette année, 30 danseurs professionnels venus de toute la Palestine ont fait une performance, ainsi que des musiciens et artistes visuels. La danse contemporaine en Palestine est très dynamique !

J’organise également un programme de cours estivaux pour de la danse professionnelle avec Sareyyet Ramallah cet été, dans lequel nous enseignerons le hip-hop, la capoeira, et d’autres styles de danse. Deux semaines après avoir lancé les appels à candidatures, une soixantaine de personnes s’étaient manifestées, nous avons dû en choisir trente seulement ! Des Palestiniens de Hébron, de Jénine, de Naplouse, de Gaza, de Bethléem, et même des Palestiniens vivant en Jordanie ont candidaté. Les enseignants de l’école sont principalement des Palestiniens qui ont dansé professionnellement en Palestine et dans le monde. D’autre part, en dehors de Sarayyet Ramallah, de nombreux festivals ont lieu. La scène de la danse contemporaine est très grande en fait ! La plus grande du Moyen-Orient !

Crédits photos : Dylan Renaudet
Crédits photos : Dylan Renaudet

CUJP : Qui fait de la danse contemporaine en Palestine ? Et qui vient regarder les performances ?

Farah : Comme vient de le dire Salma, la plupart des étudiants de danse contemporaine viennent d’écoles privées, lesquelles ont un enseignement de meilleure qualité et sont plus chères en Palestine. Ce sont donc malheureusement principalement des étudiants du privé qui suivent des cours de danse contemporaine, des étudiants issus de classes moyennes plus aisées.

En termes de public, il a beaucoup évolué. Le festival a commencé au sein d’un environnement culturel très élitiste, mais maintenant les étudiants des universités de Birzeit ou d’Al-Quds viennent de plus en plus y assister. Beaucoup de performances avaient lieu au Al- Kasaba Theatre, qui se situe dans le centre de la ville [Ramallah ndlr], une zone pas du tout riche et dont les habitants venaient tout de même assister aux performances.

CUJP : C’est donc devenu un art populaire ?

Farah : Pas totalement encore, mais c’est un art qui devient de plus en plus mixte. Le festival a organisé des spectacles au cours des trois dernières années dans des espaces alternatifs, tels que des espaces ouverts, des rues, devant le mur de séparation. Si la performance a lieu en face du mur de l’apartheid, les gens dans le village voisin peuvent venir y assister. Mais même dans la rue, les gens peuvent s’arrêter et regarder.

Salma : Et les prix des billets ne coûtent pas cher. 10 shekels par billet, soit 2 euros ou 15 shekels, donc 3 euros – ce qui n’est vraiment pas cher ! Parfois, je vais aussi dans les villages autour de Ramallah ou de Tulkarem pour enseigner la danse contemporaine dans les écoles. Pour eux [les Palestiniens vivant dans les villages], Ramallah est comme une bulle et souvent ils ne savent pas ce qui se passe là-bas. Donc, je vais dans ces endroits et je fais découvrir aux gens la danse.

« Je crois que l’art est une priorité en Palestine, parce que même si nous ne sommes pas tous des artistes professionnels, nous avons tous une part d’art en nous. »

CUJP : Votre première performance de La Même est donc ce Lundi ?

Farah : Exactement. Nous avons fait des performances à Ramallah pour avoir des retours de la part de nos amis et collègues, mais ce n’était pas de vrais spectacles. Ce sera donc la première !

CUJP : Votre performance traite des représentations sur le voile musulman. Quelle est la représentation du voile dans les communautés laïques des sociétés du Moyen-Orient ?

Farah : Notre performance est une réflexion sur la façon dont les femmes voilées sont perçues dans le monde occidental ainsi que dans les communautés laïques dans le monde arabe, mais qui porte aussi sur la tension entre représentation et réalité de ces femmes voilées. À partir de nos propres expériences auprès de collègues, d’amies et de membres de la famille qui sont voilées, nous avons remarqué qu’il existe un grand écart entre la façon dont ces femmes sont représentées et leur réelle identité. Au sein des communautés laïques en Palestine, beaucoup sont en colère contre les femmes qui décident de porter le voile … et contre les femmes voilées en général. Selon ces personnes, le voile n’est presque jamais le choix de la femme, et vient toujours de la pression sociale imposée.

Dans cette ligne de pensée, la femme voilée apparaît vulnérable, incapable de décider de son avenir et le destin. Ainsi, les femmes laïques estiment souvent que les femmes voilées subissent le voile. Dans La Même, nous ne disons pas que tout cela est faux, mais plutôt que c’est ce qui existe, qu’il y a un conflit, et nous voulons montrer ce que nous savons de la réalité de ces femmes voilées qui ne sont pas nécessairement sous le contrôle d’un homme. D’après notre expérience, nous nous considérons, nous femmes voilées et non-voilées, égales, nous sommes les mêmes. D’où le nom La Même (نفسي). Nous avons les mêmes rêves, espoirs, problèmes.

Salma : … Et craintes

Farah : … Et nous essayons de trouver des solutions. Nous avons donc pris tous ces états d’esprit et travaillé sur chacun d’eux dans une perspective de mouvement. Nous avons tenté de les mettre sur scène, sans voile, avec un voile laïque puis un voile plus radical. Nous voulons que le public ait l’expérience de voir ces états se répéter, avec les mêmes mouvements, mais avec un costume différent à chaque fois, et de se demander pourquoi il pense que la personnalité change lorsque la tenue vestimentaire change. D’un point de vue artistique, nous avons choisi cette approche du mouvement. Nous avons même choisi parfois de choquer, de creuser dans les stéréotypes afin de dévoiler ces mêmes stéréotypes.

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CUJP : Avez-vous travaillé dans le cadre de votre performance avec Boushra Almutawakel, la photographe yéménite connue pour son œuvre « Hijab series » ? 

Farah : Nous avons été inspirées par son travail, mais n’avons pas travaillé avec elle. Une partie de son travail concerne l’évolution de la société d’une version modérée de l’Islam à une lecture plus conservatrice ; tout au long de ce travail, elle entend également créer une discussion. Ce qu’elle dit est « ceci est ce qui se passe dans notre société », mais aussi « est-ce que cela efface la personnalité des femmes qui portent le voile ? ». Ce à quoi elle répond non : elle suggère que porter le voile peut être un choix, une liberté, une sécurité, qui ne concerne seulement la femme qui le porte. Et nous partageons ce même argument.

CUJP : Avez-vous rencontré des difficultés pendant la préparation de votre performance ?

Salma : Une fois que nous avons eu l’idée de faire cette performance, nous avons dû beaucoup réfléchir car le sujet que nous abordons touche à la religion et est très sensible. Nous voulions maintenir un certain équilibre, rester au milieu.

Farah : Je voudrais juste ajouter que c’est une production avec zéro budget, l’ensemble du décor est donc très simple – à cause du budget, mais aussi pour aider la performance. Nous avons eu des amis danseurs venus nous aider, mon mari qui est un anthropologue aide pour la dramaturgie parfois, un ami danseur nous a aidées avec la technique, les lumières et le son. C’était donc sympa d’impliquer d’autres personnes ! Ça aurait peut-être été un peu plus facile si nous avions eu un petit budget, mais les artistes peuvent faire aussi sans.

CUJP : Que dites-vous aux personnes qui vous disent que la culture, et la danse plus particulièrement, ne sont pas une priorité pour la Palestine ?

Farah : Cette question est toujours dans mon esprit. Je crois que l’art est une priorité en Palestine, parce que même si nous ne sommes pas tous des artistes professionnels, nous avons tous une part d’art en nous. Nous sommes flexibles et pouvons penser au-delà, nous pouvons trouver des solutions créatives à la situation dans laquelle nous vivons. Et cela nous rend plus forts en tant qu’individus, et des individus plus forts permettent de construire une société plus forte qui peut se libérer. Je pense donc que la culture et les arts sont réellement une priorité. La première !

Salma : Je suis d’accord ! Il est bon de sortir de ce qui se passe en Palestine parfois … Et nous créons des spectacles relatifs à ce qui se passe en Palestine. Certaines personnes peuvent défendre des idées en manifestant ou jetant des pierres, et d’autres peuvent le faire avec leurs stylos, par la peinture ou la danse … Tout est légitime !

CUJP : Quels sont vos futurs projets? 

Farah : Nous collaborons ensemble depuis 2009, donc oui bien sûr ! Nous avons un projet avec trois danseurs et chorégraphes sud africains que nous avions rencontré au Congo l’an dernier. Nous essayons de développer des performances qui ont lieu dans les rues… Et nous sommes en ce moment en quête de résidences d’artiste !

CUJP : Enfin, aujourd’hui, « c’est un jour pour… » ?

Farah : C’est un jour pour danser !

Salma : C’est un jour pour de nouvelles découvertes !

Ce soir à partir de 19h00
Maison de la Poésie 

157 Rue Saint-Martin, 75003 Paris
Tarif : 5 euros

Evènement Facebook

Propos recueillis par Inès Colot et Dylan Renaudet
Traduction par Inès Colot

 

ENGLISH VERSION

 

Today’s a day to watch the exceptional performance carried out by the winners of the Festival Palest’In & Out’s dance category, Farah Saleh and Salma Ataya, tonight, at 7pm at La Maison de la Poésie!

C’est un jour pour met the winners of the Festival Palest’In & Out’s dance category, Farah Saleh and Salma Ataya, rewarded for their choreography La Même which focuses on the thorny issue of the veil. What are the cultural, political, and media’s representations and what are the social and individual realities hidden behind the veil? Does the veil conceal, protect, counter, imprison? Is it chosen or imposed? Through their bodies’ speech, Farah and Salma express the complexity behind a social issue that has become political.

CUJP: Could you please introduce yourselves to our readers? How did you both meet?

Farah: I’m a dancer. I started dancing ballet when I was a kid in Jordan, after moving from a Syrian refugee camp. I then moved to Palestine when I was 11 years old, where I continued ballet for a little bit but then moved to contemporary dance because I felt I could express myself more freely. From the first workshop in contemporary dance in Palestine set up by the Sareyyet Ramallah Dance Company (with which we’re currently involved) in 1999, many workshops followed and in 2006 the Ramallah Contemporary Dance Festival was created (and organized by the Sareyyet Ramallah Dance School).  But between 2003 and 2009, while this scene was growing a lot, I was studying linguistic and cultural mediation in Italy. I came back to Palestine also thanks to dance and to the Ramallah Contemporary Dance Festival, when I performed with the small company that I had founded from Italy. I then decided to move back to Palestine, with my husband, and I met Salma in the Sareyyet Ramallah Dance School. And since a few years, I started choreographing myself and working independently from Sareyyet – so I work with Sareyyet as well as with other companies or independently. Just like Salma, who also does her own things. 

Salma: I’m Salma, I’m 24 years old and I come from Palestine. I started dancing when I was 15, but it was the traditional dance, Dabke. And when contemporary dance came to Palestine, I thought I could express myself well through it, so … I danced it! I attended workshops, did performances, and I’d like to continue dancing it in my future. So I’m now planning to do a Master in dance. Farah and I met because we are in the Sareyyet Ramallah Dance Company; we also both participate in the Ramallah Contemporary Dance Festival and teach contemporary dance, Dabke, ballet in the Sareyyet Ramallah Dance School. And sometimes we put master-classes such as theatre or hip-hop.

CUJP: What is Dabke?

Salma: Dabke is our traditional dance. It’s mainly based on the legs, jumping and smiling all the time… You have to smile! [Laughs] We dance it a lot in weddings and it used to be danced when working, during the olive harvest for example where people would be dancing and singing together.

CUJP: Why did you decide to work together and apply to the festival Palest’In & Out? How did you find out about this festival?


Salma:
We’ve known about this festival since its first year [2015], but we were touring at the time and couldn’t participate in it. So we decided to participate this year! It’s great that 40 Palestinians are involved, and we get to know their work. Some artists I already know, but others we didn’t because not all live in Palestine.

Farah: Last year, Amina sent us an email asking us to participate but we were busy. Actually not only us, but many other Palestinian dancers were busy at the time. That is why so few people applied last year.

CUJP: Considering that the contemporary dance scene seems to be blossoming in Palestine, especially since the creation of the Sarayyet Ramallah Dance Festival, why are there so few applications in contemporary dance for the festival Palest’In & Out?

Farah: People tend to think contemporary dance in Palestine is rare, which is not true at all. Ramallah is currently considered the capital of contemporary dance in the Arab world, not even Beyrouth! This is owing to the [Sarayyet Ramallah Dance] Festival, the companies and co-productions, and the various professional Palestinian artists who tour for productions of their own as well as for international co-productions. So it’s like a boom, one that started in Ramallah but is now spreading out to other [Palestinian] cities. For example, the opening ceremony for the new Palestinian Museum, in May of this year, revolved mainly around the performance of thirty professional Palestinian dancers, from all over Palestine, as well as by musicians and visual artists… So contemporary dance in Palestine is not little, it’s strong. I’m also organizing with Sareyyet Ramallah a professional dance school this summer, in which we’ll teach hip hop, capoeira, and other dance styles. Within two weeks of opening the applications, sixty people had applied, and we had to choose thirty only! Palestinians from Hebron, Jenin, Nablus, Gaza, Bethlehem, even Palestinians living in Jordan applied. And the school’s teachers are mainly Palestinian, who have been working professionally all over the world but also in Palestine. But also outside Sarayyet Ramallah, there are now many different festivals and companies that are touring and producing. So the [contemporary dance] scene is very big actually! It is the biggest in the Middle East, really.

CUJP : Who dances (contemporary dance) in Palestine and who is the audience?

Farah: As Salma just said [in Arabic], most of the students are from private schools, which are better and more expensive schools in Palestine compared to the public schools. So it’s unfortunately mainly students from private schools who attend contemporary dance classes, so middle- to high-class.

In terms of audience, it is now growing. The festival started within a very elitist cultural environment, but now students from Birzeit or Al-Quds universities come and attend it. And a lot of the performances used to be in Al-Kasaba Theatre, in the centre of the city [Ramallah], which is an area not rich at all, but even people from this area used to come and see.

CUJP: So it’s become a popular art? 

FarahNot completely yet, but it’s becoming more mixed. Also, the festival has been organising performances in the last three years in alternative spaces, such as open spaces, streets, in front of the wall. If it’s in front of the apartheid wall, people in the village nearby can come and watch. But even in the street, people can stop by and watch.

SalmaAnd the ticket prices are cheap. It’s 10 shekels a ticket, so 2 euros or 15 shekels, so 3 euros – it’s really cheap! And sometimes, I also go to villages around Ramallah or Tulkarem to teach in schools. Because for them [Palestinians living in villages], Ramallah is like a bubble and they often do not know what is going on there. So I go to these places and make people know about contemporary dance.

CUJP: So your first performance of La Même will be tonight?

Farah : Exactly. We did showings in Ramallah to get feedback from our friends and colleagues, but it wasn’t real performances. So this will be the first one!

CUJP: Your performance treats of representations of the Muslim veil. What is the representation of the veil by secular communities within Middle Eastern societies?

Farah: Our performance is a reflexion on how veiled women are perceived in the Western world and within secular communities in the Arab world, but also about the tension between representation and reality. From our own experience dealing with colleagues, friends and family members who are veiled, we noticed there’s a big gap between how these women are represented and how they really are. Within secular communities in Palestine, many are angry against women who decide to wear the veil… and against veiled women in general. According to them, it’s almost never the woman’s choice, and always down to society’s pressure on her. In this line of though, the veiled woman appears to be vulnerable, unable to decide of her future and fate. So secular women want to empower veiled women. In La Même, we are not saying “okay, this is all wrong” but rather “okay, this exists, there is a conflict”, and we want to show what we know of the reality of these veiled women, who don’t necessarily need someone to empower them or who are not necessarily under the control of someone, a man… From our experience, we feel that we [veiled and non-veiled women] are equal, we are the same. And this is where La Même (meaning “the same”,  نفسي) comes from. We have similar dreams, hopes, problems…

Salma: …fears…

Farah: …and we try to find solutions in similar ways for our fears and conflicts. So we took all these states of mind and worked on them from a movement-perspective. And we tried to put them on stage, without a veil, with a secular veil, and with a more radical veil on. We want the audience to have an experience of seeing these states repeat themselves, with the same movements, but with a different attire each time, and to ask itself why it feels the personality changes when it’s only the attire that changes. From an artistic point of view, we chose this movement approach, and we chose sometimes to shock, and sometimes to go within the stereotypes, in order to unveil those very stereotypes.

CUJP: Did you work with Boushra Almutawakel, the Yemeni photographer famous for he “Hijab series”, for this performance?

Farah: We were inspired by her work but didn’t work with her. […] Part of her work concerns the evolution in society from a moderate version of Islam to a more conservative version; throughout this work, she also intends to create a discussion. What she’s saying is “this is what is going on in our society”, but also “does this erase the personality of women behind the veil?” To which her answer is “no”: she suggests it can be a choice, a freedom, a security to wear a veil, and in any case, it concerns only the woman’s fate. We share the same argument.

CUJP: Did you face any issues whilst preparing your performance?

Salma: Once we had the idea for this performance, we had to think a lot about it since it is linked to religion and really is quite a sensitive topic, and we wanted to keep a balance, to remain in the middle.

Farah: I would just like to add that it’s a 0 budget production, so the set is very simple – because of the budget but also because it helps the performance. We’ve had friends who are dancers coming to help, my husband who’s an anthropologist helps with the dramaturgy sometimes, a dancer friend helped with technique, with lights and sound. So it was nice to involve other people! It would have maybe been slightly easier if we had had a small budget, but as usual, artists can do also without.

CUJP: What would your response be to people who claim that culture and, dance specifically, are not a priority for Palestine?

Farah: This question’s always on my mind. I believe it’s a priority to have art in Palestine, because even if we are not all professional artists, we all have this artistic part in us. We’re flexible in a way that we can think beyond, we can find creative solutions to the situation we’re living in. And this makes us stronger individuals, and stronger individuals build a stronger society that will liberate itself. So I think Culture and arts are a priority actually. The first

Salma: And I agree! It’s good to go out sometimes from what’s happening in Palestine… And we do performances that are about what’s happening, but in a different way, an artistic way

Farah : It’s our way of expressing this. Some people can go and fight by demonstrating or throwing stones, and some people can do it with their pens or by painting or dancing…It’s all legitimate!

CUJP: What are your future projects? 

Farah: We collaborate since 2009, so yes! We’ve got an idea for a project with three colleague dancers and choreographers from South Africa, whom we met in Congo last year; we’re trying to develop some work in the streets, interventions on the street… And we’re looking for residencies now.

CUJP: And last but not least, our signature question: “Today is a day for…what?”

Farah: Today is a day for dancing!

Salma: Today is a day for new discoveries!

Interview by Inès Colot and Dylan le Foussat

Translation by Inès Colot.

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