Entretien avec les réalisateurs Arab et Tarzan Nasser

C’est Un Jour Pour se rendre à la rencontre cinéma du Festival Palest’In & Out ce soir à 19h à l’Institut des Cultures d’IslamLe public pourra débattre avec la réalisatrice Hiam Abbas et avoir la chance de voir en avant-première le court-métrage « Paper Boat » réalisé par les lauréats cinéma Amer Nasser et Mahmoud Abu Ghalweh.

 C’est un jour pour a rencontré les réalisateurs de Gaza Arab et Tarzan Nasser, notamment auteurs du court métrage « Condom Lead » (nominé pour la Palme d’Or du court métrage du Festival de Cannes 2013)  et de l’oppressant et très réaliste film « Dégradé » (nominé pour la Camera d’Or au Festival de Cannes 2015), un huis-clos dans un salon de coiffure de Gaza. Ils sont également les frères du lauréat cinéma du Festival Palest’In & Out, Amer Nasser. Les frères Nasser nous parlent de leurs œuvres, nous confient leurs doutes et leurs espoirs au sujet de l’évolution du cinéma palestinien. Ils nous donnent également leur avis sur les deux lauréats cinéma du Festival Palest’In & Out, Amer Nasser et Mahmoud Abu Ghalweh pour leur court métrage « Paper Boat ».

(SCROLL DOWN FOR ENGLISH VERSION)

Crédits Photos : Dylan Renaudet
Crédits Photos : Dylan Renaudet

CUJP – Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Arab et Tarzan  Nous sommes Arab et Tarzan, artistes et réalisateurs, de Gaza.

CUJP – Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les films que vous avez réalisés ?

Arab et Tarzan –  Nous avons commencé le cinéma à Gaza en 2008. Nous avons réalisé 4 courts-métrages et notre premier long métrage, Dégradé est sorti cette année. Notre deuxième court-métrage trouve son inspiration dans notre projet Gazawood. C’est un projet de création d’une série d’affiches de film, portant le nom d’opérations israéliennes en Palestine. Nous avons tenté d’interpréter ces noms avec notre vision artistique en nous éloignant de l’image documentaire que tout le monde peut voir dans les médias. Un de nos posters a été le point de départ du film Colourful Journey. Nous avons gagné en 2010 le premier prix du concours “Young Artists of the Year Award” organisé par A.M. Qattan Foundation’s pour ce projet.

Notre deuxième court-métrage Condom Lead a été nommé pour la Palme d’Or au Festival de Cannes en 2013. Le film parle d’un couple qui ne parvient pas à faire l’amour en temps de guerre.

On a réalisé d’autres courts-métrages, des documentaires et puis nous avons réalisé notre premier film Dégradé.

CUJP – Votre parcours est singulier et comme Mahmoud Abu Ghalwa, vous n’avez pas étudié le cinéma. Pourquoi L’avoir choisi comme support d’expression artistique?

Arab et Tarzan  On a étudié les arts plastiques, la peinture et on s’est retrouvé à faire du cinéma car on adore les images et la télévision… Comme n’importe qui ayant grandi dans un endroit où rien n’est facile à accomplir et où il est difficile de réaliser ses rêves. Comme Mahmoud, comme les 2.5 millions de personnes qui habitent Gaza : nous avons tous des rêves. La question est plutôt la suivante : As-tu assez d’énergie pour te battre pour les réaliser? Ça n’a pas été facile. Ça n’a pas été facile pour Mahmoud ou n’importe qui d’autre. En fait, tu dois faire quelque chose avec ce qui t’entoure, et avec ce que tu as sous la main. En grandissant et en commençant à comprendre la vie limitée à laquelle nous avions droit, on a développé une appétence pour les images, les photos, les couleurs.  Notre père a aussi étudié les arts plastiques, et a grandi dans une maison, une putain de maison toute simple. On se réfère toujours à notre père. On a toujours grandi dans ce cadre rempli de couleurs.

CUJP – Donc vous êtes autodidactes?

Arab et Tarzan  Non. Au début on a commencé avec le réalisateur Khalil el-Muzayen parce qu’il nous fallait dans un premier temps comprendre les bases. On n’a pas étudié le cinéma, mais le cinéma était notre but ultime – on voulait être des réalisateurs, des acteurs. Et on a trouvé Khalil qui nous a expliqué les rudiments du cinéma. On regardait un million de films pour comprendre cet art. On a beaucoup étudié les œuvres de Tarkovsky, Kieslowski, Luis Buñuel, Truffaut… C’était très difficile d’accéder à ces films à Gaza et de parler de cinéma dans un endroit où il n’y en a pas. Les islamistes ont fermé les cinémas, et donc tu finis par grandir dans une société sans cinéma. En plus de cela, la société est fragmentée à cause de ce p***** de gouvernement islamiste à Gaza. Ça n’est pas facile mais si tu veux quelque chose tu dois te battre pour l’obtenir.

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Crédits photos : Dylan Renaudet

CUJP – Est ce que Khalil el-Muzayen vient de gaza aussi?

Arab et Tarzan  Il est de Gaza. Il a étudié à Saint-Pétersbourg au début des années 1990 puis il est revenu à Gaza. On l’a rencontré en 2007. Et on s’est trouvé un but commun. Il nous a beaucoup apporté, et nous avons beaucoup appris de lui. Nous avons par la suite créé une compagnie avec lui. On a travaillé pour développer notre art à partir de rien. On a toujours cru à l’autodidactisme, tout comme Khalil et tous les autres. Le cinéma n’est pas un domaine facile. L’art en général n’est pas facile.

CUJP – Vous avez mentionné Truffaut et d’autres, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos références et vos sources d’inspiration?

Arab et Tarzan –  Au début il faut regarder les films des autres afin de créer ta propre vision, ton propre univers. Le cinéma a commencé dans les années 1900. Donc on a pensé à ce qu’on voulait ajouter à cette histoire aujourd’hui en 2016. Quel style on voulait donner à notre art, quelles caractéristiques donner à nos personnages. C’est une entreprise très difficile ! Par exemple, pour un peintre qui a étudié Picasso et qui veut avoir sa propre originalité. Qu’est-ce que tu veux ajouter à Picasso? Quel cadrage veux-tu faire après Tarkovsky?

« En grandissant et en commençant à comprendre la vie limitée à laquelle nous avions droit, on a développé une appétence pour les images, les photos, les couleurs. « 

Le premier réalisateur auquel on est vraiment devenu accro a été Tarkovsky. Il utilisait un matériel ancien, un cadrage ancien, des techniques anciennes. C’est vraiment grâce à ces réalisateurs que nous avons étudié et appris. Pour apprendre à écrire un scénario, on a fait des copies de leurs films en les décrivant : « L’acteur avance vers la rue; vers le milieu; il parle … ». On a du copier près de cent films pour apprendre exactement comment écrire un scénario. Avec Tarkovsky, on a appris plus que si on avait étudié à l’université quatre ou cinq ans ! On regarde tout : des films commerciaux aux films indépendants, car on apprend des deux. C’est la manière dont les gens qui n’ont rien et ne peuvent pas aller à l’université procèdent: ils regardent et apprennent en regardant.

CUJP – Que répondez-vous aux gens qui pensent que la culture en général et le cinéma en particulier ne sont pas une priorité pour Gaza et la Palestine?

Arab et Tarzan  Je pense que cette question soulève une question plus générale sur la vie. Où est donc notre vie? En tant que Palestiniens, on essaie presque de l’oublier, parce que l’on doit parler d’une seule chose : l’occupation, le conflit entre la Palestine et Israël. Et à côté de ça ? Rien ! Les gens pensent que parce que tu viens de Palestine tu es différent, tu viens d’un endroit désespéré, dans lequel il n’y a pas de vie. Puis, on te met sur un piédestal parce que tu viens de là. Ils te mettent dans ce cadre duquel tu ne peux pas sortir, en semblant nous dire « tu dois me donner de la souffrance, tu dois me donner des pleurs ».

Pourtant nous avons beaucoup de choses à dire ! Ce problème vient aussi de certains Palestiniens qui refusent de changer les choses. A notre avis, le problème des Palestiniens est comme une pyramide. La base de cette pyramide est l’occupation. Et sur cette base, nous avons construit une montagne de problèmes. Comment détruire cette pyramide de problèmes ? On ne peut pas seulement sauter sur cette montagne pour casser la base. Il faut la casser pierre après pierre pour arriver à la base. Les problèmes de religion et de traditions, ceux qu’on peut régler par nous-même. Par exemple, régler le problème entre le Hamas et le Fatah qui a divisé la société palestinienne entre d’un côté Gaza, de l’autre la Cisjordanie. Nous savons tous que c’est Israël qui a fait en sorte d’en arriver là. Mais maintenant c’est notre problème, il nous faut le régler par nous-même et nous en sommes capables ! Le terme « d’occupation » permet à certains Palestiniens de ne pas s’occuper des problèmes internes à la société palestinienne. Pourtant, nous pouvons régler nos problèmes sociétaux. Certes, cela aurait été probablement plus facile de le faire dans les années 1970 qu’aujourd’hui. Car aujourd’hui, c’est plus difficile que jamais. Et plus on avancera plus ça le sera. Parce que maintenant au regard de l’occupation, c’est facile de changer les frontières de 1967 en les diminuant, de plus en plus jusqu’à ce qu’ils nous mettent dans une bouteille qu’ils bouchonnent sur nous. Et face à cela, on est encore et toujours en train de regarder comment une fille est habillée, si elle porte un voile ou pas, et à analyser la longueur de sa jupe. En tant qu’artistes et réalisateurs, nous avons le sentiment qu’il faut cesser de parler de nos souffrances. Car si tu me donnes de la vie, je vais te répondre avec de la vie, si tu me donnes de la souffrance alors je vais pleurer. Cette posture n’aide pas les Palestiniens. Le public est déjà informé de la situation désastreuse de la Palestine via les médias, qui montrent constamment le sang et la souffrance. Pourtant en Palestine il y a plein d’autres choses !

Par exemple, nous avons eu des questions totalement stupides lors de la sortie de notre film Condom Lead. On nous a quand même demandé : « ah bon, à Gaza ils utilisent des préservatifs? » (Rires). Mais bon, cette personne n’a jamais vu de sang de sa vie, elle est maladroite et on ne peut pas la juger…

CUJP – Quelle image de vous vous n’appréciez pas que les journalistes présentent ?

Arab et Tarzan  Il y toujours du positif et du négatif dans les entretiens. Ce qui nous agace le plus, est le portrait que l’on fait de nous : « Dans un endroit désespéré, deux génies ont réussi à s’enfuir… »… Tu vois ce que je veux dire ? Nous décrire comme les deux pauvres mecs qui viennent d’un endroit dans lequel il n’y a pas de vie, et qui réussissent à faire des films comme ça, juste parce qu’ils sont des génies. On déteste ça parce que on est près de mille artistes à Gaza, il y a beaucoup de réalisateurs, d’acteurs et d’actrices. Nous ne sommes pas des génies qui avons échappé à la guerre et au sang pour créer.

Il y a aussi une obsession étrange à propos de nos cheveux longs, de nos yeux verts, du khôl que l’on met sur nos yeux. On utilise ce « style » pour expliquer pourquoi on a eu la « chance » d’en arriver là. Genre, on est différents, avec nos cheveux longs et notre aura, et à Gaza ce sont des singes. Et cela arrive dans beaucoup d’articles. On déteste aussi être vu comme les réalisateurs palestiniens, les artistes palestiniens. On est des artistes qui viennent de Palestine. De gaza. Ne dites pas « le réalisateur gazoui » on déteste ça. On est des réalisateurs donc vous devez nous juger comme tel. Si vous aimez nos films alors dites-le, si vous ne les aimez pas alors dites-le aussi. Mais n’applaudissez pas parce que nos films et notre art viennent d’un endroit occupé où il y a de la souffrance. Jugez nous comme réalisateurs, comme artistes. Nous serons bien plus heureux que si vous applaudissez parce qu’on est pauvre, simple et qu’on vient de Palestine.

CUJP – C’est exactement le but du festival – d’aller au-delà de cette image…

Arab et Tarzan  C’est ce dont nous avons besoin. Parce que si tu regardes les festivals palestiniens partout dans le monde, la plupart sont seulement pour le business: pour récolter de l’argent pour les pauvres Palestiniens qui souffrent. Ce qui y est montré, c’est la même chose que ce que tout le monde a déjà vu dans les médias. Au contraire, il faut juger les artistes palestiniens comme l’on juge les artistes français. Il faut arrêter de voir les artistes palestiniens comme des gens qu’on doit plaindre. On souffre de l’occupation mais dans le même temps on veut se développer et améliorer notre société et notre art. On ne peut pas rester au même niveau et si vous êtes toujours à pleurer sur nous, nous, en tant que réalisateurs palestiniens, nous n’évoluerons pas parce que nous serons habitués à ce que vous vous apitoyiez sur nous.

CUJP – Cela ne se ressent pas du tout dans vos projets?

Arab et Tarzan  C’est une source d’inspiration pour beaucoup d’artistes, mais pas pour nous. On ne trouve pas l’inspiration à partir de ce thème. Nos parents viennent d’un village dans la région 1948 (Israël). Mais nous avons grandi dans une société plein de problèmes, de l’extérieur et de l’intérieur. En dehors c’était l’occupation israélienne. A l’intérieur on a commencé à avoir l’occupation du Hamas, et en Cisjordanie l’occupation du Fatah. Partout il y a l’occupation. Maintenant il y a un mur, qu’on pense toujours à détruire. Et nous-mêmes Palestiniens avons construit à l’intérieur de la société beaucoup de murs. Si nous voulons atteindre le plus grand mur, le plus haut mur qui est celui de l’occupation, il y en a mille à détruire avant.

La question de la liberté est probablement ce qui nous inspire plus que tout. Quand tu cherches la liberté, et que tu ne l’as pas, il te faut en parler pour peut-être l’atteindre un jour.

CUJP – Votre jeune frère a gagné le prix pour le festival. Qu’en pensez-vous, avez-vous été impliqué dans son projet?

Arab et Tarzan  On a connu Mamhoud Abu Ghalwa à Gaza. Mamhoud a quelque chose de spécial, il écrit bien et différemment des autres réalisateurs, il a quelque chose de fou. Quand il nous a envoyé le film brut pour la première fois, on a été impressionnés qu’il ait trouvé une manière de retranscrire sa folle écriture en film. Notre frère Amer a été son producteur pour le court-métrage Paper Boat. Notre petit frère n’a pas fait d’études en lien avec le cinéma. Mais, à chacun de nos projets, Amer nous a aidé. Il adore le cinéma. Nous lui avons donné des conseils, au fur et à mesure. : « Regarde ci regarde ça … ». Et il réfléchit beaucoup mieux que nous : pour chaque étape qu’il franchit, il pense beaucoup.

CUJP – Est ce qu’il vous a demandé conseils pour son dernier film?

Arab et Tarzan  Oui toujours ! Il est seulement au début du chemin. Il veut être producteur, c’est-à-dire devenir le Dieu du cinéma ! (Rires). Il doit donc  évoluer au fur et à mesure, mais son expérience, pour Paper Boat, est géniale ! Son film est de qualité, ça n’est pas du travail d’amateur. C’est le film de quelqu’un qui a beaucoup pensé aux détails et aux personnages. Comme premier travail, c’est vraiment génial.

CUJP – Finalement, notre question signature: « aujourd’hui, c’est un jour pour… »?

Arab et Tarzan  La vie ! Dans la vie, tu as l’amour, la paix… Tout ! (Rires).

Propos recueillis par Assia Hebbache, Dylan Renaudet et Inès Colot
Traduction Alice V et Inès Colot

ENGLISH VERSION

Today’s a day to attend the Festival Palest’In & Out’s cinema-themed evening at the Institut des Cultures d’Islam, at 7pm this evening. The audience will get a chance to not only interact with renowned film director Hiam Abbas, but also to watch the preview screening of Paper Boat, the short-movie directed and produced by the festival’s winners in the movie category, Amer Nasser and Mahmoud Abu Ghalweh.

C’est Un Jour Pour met Arab and Tarzan Nasser, authors and directors of the short movie Condom Lead (nominated for the Palme d’Or in the 2013 edition of the Festival de Cannes’s short-movie category) and of the oppressing yet very realistic movie Dégradé (nominated for the Camera d’Or in the 2015 edition of the Festival de Cannes), a closed-door insight into a hairdressing salon in Gaza. They also are brothers of the Festival Palest’In & Out’s movie-category winner Amer Nasser. The Nasser brothers share with us their doubts and hopes on the future of Palestinian cinema. They also give us their thoughts about the two winners of the Festival Palest’In & Out‘s cinema category, Amer Nasser and Mahmoud Abu Ghalweh, for their short-movie Paper Boat.

CUJP – Could you please introduce yourselves to our readers?

Arab & Tarzan – We are Arab and Tarzan, artists and film directors from Gaza.

CUJP – Could you tell us about the movies you’ve made?

Arab & Tarzan – We started in the cinema industry, in Gaza in 2008. We’ve made four short movies so far, and our first feature film this year. One of our short movies was inspired by our project Gazawood, in which we created 20 posters that were named after Israeli operations in Palestine. We took the Israeli names and interpreted them through an artistic angle, because we don’t need any more documentary pictures, which is what is always shown to everybody in the media. And so we turned one of our posters into a movie, Colourful Journey. We won the first prize for the Gazawood series in the A.M. Qattan Foundation’s 2010 “Young Artists of the Year Award”.

Another of our short movies was Condom Lead and was nominated for the “Palme d’Or” in the Cannes Film Festival. It is about a couple, who wants to make love under the war. We made other short movies and then we made our first feature movie Dégradé.

CUJP – Your background is quite unusual, and just like Mahmoud Abu Ghalwa, you didn’t study cinema as such. We were wondering, why choose cinema as an art?

Arab & Tarzan – We studied Fine Arts, painting, and we found ourselves moving towards cinema because we love pictures, we love television… Just like anyone who grows up in a place where nothing is easy to do, where dreams are not easily fulfilled, just like Mahmoud, just like the 2.5 millions who live in this small place. All of them have a dream, but the question is how much energy do you have to fight in order to fulfil your dream? It wasn’t easy, for Mahmoud or anyone. When growing up, and starting to understand the life we have, we’ve come to desire pictures, photos, colours. Our father also studied Fine Arts, and grew up in a house, a f***ing simple house. We always look upon our father.

CUJP – So you are completely self-taught cinema artists?

Arab & Tarzan – No, we started doing cinema with director Khalil el-Muzayen because we had to understand the basics. We didn’t study cinema but cinema was our target – we wanted to be directors, actors… And we found this guy who taught us the first steps, the basics. We also watched like a billion movies to understand cinema. We studied a lot – Tarkovsky, Kieslowski, Luis Buñuel, Truffaut… It was easy but also difficult, because we’re talking about Gaza, and it’s not easy to gain access to these movies there. People [in Gaza] think about how they can fit themselves because life is not simple and it’s not normal to talk about cinema in a place where there is no cinema. The Islamists closed the cinemas and so you end up growing in a society where there are no cinemas… And there are many problems on top of that: division, the Islamist f***ing government in Gaza…It’s not easy. But if you want something you have to fight for it.

CUJP – Does Khalil el-Muzayen come from Gaza too?

Arab & Tarzan – He’s from Gaza. He studied in St Petersburg in the early 1990s and came back to Gaza. Together, we created something. We met him in 2008 or 2007, something like that. And we found a target together, and ended up creating a company together. We worked to develop ourselves, starting from nothing. We’ve always believed in self-development. Like Khalil believes, and everybody else. Cinema is not easy…Arts in general is not easy.

CUJP – You’ve mentioned Truffaut among other names, could you tell us who your main references or sources of inspiration are?

Arab & Tarzan – At the beginning you have to watch a lot in order to create your own vision. Especially now in 2016, and the cinema started in the beginning of the 1900s! So we were thinking about what to add, which style and characters we wanted… It’s difficult. Just like someone [a painter] who studied Picasso and has now to work by himself. What do you want to add to Picasso? Which frame do you want to make after Tarkovsky? It’s really difficult. The first director we became obsessed with was Tarkovsky. He used the old cameras, the old frame, the old film techniques. It’s really by those directors that we learned. And we learned more than if we had studied for 4 or 5 years. We must have copied 100 movies to learn exactly how to write a script for instance.

And we watch everything – from cheap movies to more profound/independent movies – because we learn from both and take from both. This is the way of people who have nothing and cannot study: they have to watch to learn.

CUJP – What would your response be to people who claim cinema and culture are not a priority for Gaza and Palestine?

Arab & Tarzan – I believe the question is about life. As Palestinians, our life is almost hidden behind one subject: the occupation, the Palestinian-Israeli conflict. People think that because you are from Palestine, you are different, you come from a desperate place, in which there is no life, and they put a halo over your head because you are…different. They put you in this frame from which you cannot get out. “You have to give me suffering, you have to give me crying.” But we have a lot of different stories that we can talk about. The problem also comes from some Palestinians who reject changing this subject.

The problem of Palestinians is a pyramid: the base is the occupation. And now as Palestinians, we’ve started building [new problems] on top of this base. And as Palestinians, we always talk about the occupation. Okay, the occupation is the basic problem. But we have many rocks and problems on top of this base. How do we do to destroy the base and start again? We cannot jump down to destroy the base. We have to break rock after rock to get to the base. The traditional and religious problems, those we can fix by our hands. […] The terme “occupation” helps Palestinians behind phrases such as “because of the occupation…”, but no: we have a lot of problems within Palestinian society, that we can fix with our hands, step by step, and ultimately destroy the occupation. It was probably easier to end the occupation in the 1970s than in the 1980s, and the 1980s than in the 1990s, and now it is even more difficult than before. And as we go, it becomes more and more difficult. Now, it seems even easier to change the 1967 borders into less and less territory [for the Palestinians] until they put us inside a bottle that they close on us. What can we do about this? Make two countries, one for Hamas, one for Fatah? We’re still looking at how a girl dresses, whether she’s wearing a veil or not, whether she goes out with a short-skirt or a long-skirt… As artists and directors, we’ve had enough of talking on the subject of the occupation. And we suffer from this. Because people only know about you from what they see in the media. And the media isn’t [balanced]; they just show the blood, the suffering. But if you go to Palestine you’ll see how much there is. And it doesn’t mean that you forget or escape the occupation. No, this is our basic problem. But there is also a lot that can help destroy this basic problem, and that we should talk about.

We’ve always had this kind of of stupid question, like in Condom Lead when someone asked: “Really, in Gaza, they use condoms?”. But this person has always seen only blood, so we cannot judge him for asking this.  Or once again, when we were speaking about Dégradé, about women and their special problems with society and their lives, someone wearing the Keffyeh, a Palestinian revolutionary symbol that is also worn in solidarity with Palestine, asked us: ““What are you showing us? Someone who’s cutting her hair?” But they’re human beings, they’re women – the same as anyone, and they cut their hair. Is it not their right to cut their hair? Should we remain in a subject in which we have to cry?… It’s really difficult, because on top of already being in our life as Palestinian, we have to introduce it in the cinema, in our arts, in our movies.

CUJP – Could you tell us about a portrait that has been made about you that annoys you the most?

Arab & Tarzan – There’s always some positive and negative. Personally, we hate the picture that is made of us as two poor guys from Gaza, who’ve come from a place in which there is no life, and who are geniuses because they made a movie just like this. I hate this. Because there are 1, 000 artists in Gaza, 1,000 directors in Gaza, 1 billion actors and actresses in Gaza… We are not the geniuses who have managed to escape and arrive here in order to create.

Another thing we hate is when, in order to write an article, the person destroys the place from which we you come from, and saying things such as “in a desperate place, two geniuses have managed to get out”. Do you see what we mean?

Also, when people focus on our long hair, our green eyes, our special style to explain why we’ve had the “chance” to arrive here. Meaning that we are different, owing to our long hair, and in Gaza they are monkeys. And this happened in many articles. In many articles, they mean that: “Oh, they have long hair and they put kohl under their eyes, but come from a place of monkeys.”
We hate to be dealt with as Palestinian directors or Palestinian artists. We are artists from Palestine. From Gaza. Don’t say the “Gaza director or Gaza artist” – we hate this title. We are directors so you have to judge us as such. If you like our movies, say you like our movies, and if you don’t, say you don’t. But don’t clap because our movies and our art come from the suffering of the occupation, of the siege. No, judge us as directors, as artists. It will be a greater pleasure for us, than clapping for us because we are poor, simple, and come from Gaza.

CUJP – This is exactly what the festival Palest’In & Out aims at – to go beyond this picture.

Arab & Tarzan – This is what we need. Because if you look now, the Palestinian festivals are everywhere in the world. In France only, there are about 15-20 [Palestinian] festivals. And most are only for business: to collect money on the suffering of the Palestinians. The material that is shown is the same that everybody knows and has seen. Instead of crying on Palestinians, deal with Palestinian artists just like you would with French artists. Okay, it may not be same level in terms of what we have and what French artists have here. But, don’t deal with Palestinian artists as people you have to cry about. We don’t need someone to cry about us. This is very important for our self-development as artists: if you’re always clapping for us, we, as Palestinian directors, will not develop ourselves because we’re used to always hearing you clap. If you like our movie, clap for it, and if you don’t like it, don’t clap.

CUJP – Does exile feed at all in your projects?

Arab & Tarzan – No, it’s a source of inspiration for many artists, but not for us. Our parents come from a village in the 48 area [Israel]. But we [Arab & Tarzan] grew up in a society which is full of problems, from outside and inside. Outside is the Israeli occupation. Inside, we started to have the Hamas occupation, and in the West Bank the Fatah occupation. Everywhere there is occupation. Now, there is one wall that we are always thinking about how to destroy. And inside society, we [Palestinians] have started to build many walls.

The question of freedom is probably what inspires us more than anything. When you’re looking for freedom, and don’t have it, you have to speak about it…

CUJP – Your younger brother won the prize for the Festival. What are your views on this, have you been involved in his work at all…?

Arab & Tarzan – I’ve known Mahmoud when I was in Gaza. And Mahmoud has something special, he writes very well and different from other writers in Gaza – he’s got something crazy. My brother was a producer with him, and this was an experience for him. He [Amer] didn’t either do studies specialized in cinema. Every time I want to shoot something in Gaza, I ask for Amer’s help. He loves cinema. I always give him advice, and now he’s got a better thinking than us: for each step he takes, he thinks a lot.

CUJP – Did he ask you for advice for his latest movie?

Arab & Tarzan – Yes! He’s at the beginning of the process of becoming a producer, which is not easy. I mean, the producer is the god of the movie! So he has to develop himself step by step but his experience, for Paper Boat, is great! And there is quality in this movie, it’s not an amateur work. This is a movie by someone who thought a lot about, about the details, the characters. You’ll always have problems in a movie, but how can you develop yourself if you don’t face problems? As a first work, it’s really great.

CUJP – Finally, our signature question: “Today, is a day for…”?

Arab & Tarzan – Life! And in life you have love, peace… everything! (Laughs)

Interview by Assia Hebbache, Dylan Renaudet and Inès Colot.

Translation by Alice V and Inès Colot

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