Fakear, entre électronique et animalité

A l’occasion du Festival Fnac Live qui a animé le parvis de l’hôtel de ville de paris la semaine dernière, nous avons rencontré Fakear, le jeune prodige de l’electro qui a ému le public lors de son set de clôture de la soirée de samedi. à seulement 25 ans, l’artiste reconnu mondialement s’est imposé avec des ep de qualité. Il sort en 2016 son album solaire tant attendu, « animal » qui nous fait voyager et plâner. 

Fakear-Animal

CUJP : Tu viens de sortir ton album « animal », avec des sonorités douces , est-ce que tu dirais que c’est l’album d’un mec amoureux?

Fakear : Absolument. C’est exactement ça, c’est justement la rencontre avec ma copine qui a été le déclencheur de cet album et qui a crée l’étincelle. En trois mois, j’avais la plupart des tracks, c’est clairement un album qui parle des émotions et d’amour plus particulièrement.

CUJP : Et comment fais-tu pour exprimer cela sans parole, juste avec des sons, des cris et les chants des autres?

Fakear : Ça passe par plein de choses. Ça peut être les grilles d’accords, les textures, les synthés que tu utilises pour faire transparaître des émotions. J’ai essayé de faire un album assez solaire et aérien avec des sonorités légères, que ne donnent pas les synthés gras par exemple. Il y a aussi beaucoup de morceaux en majeur et des voix féminines. Je sais pas, c’est culturel, la féminité est liée à l’émotion. Je me dis que si je faisais un album sur la politique, j’utiliserais des voix d’hommes (rires).  

Je n’y ai pas trop réfléchi en fait, je me suis juste dit « je suis amoureux et je vais en faire de la musique ». Finalement c’est un album assez simple, minimaliste. Les morceaux sont moins fournis, je vais vite à l’essentiel, à l’émotion. Dans mes EP plus vieux, les sons cherchaient à exprimer des mélanges de plein d’émotions comme la joie ou la colère. Là, ce sont de gros morceaux bruts, qui ont un seul et unique but: exprimer l’amour.

CUJP : Tu comptes continuer sur cette voie?

Fakear : Pas vraiment, je vois cet album comme une bulle un peu à part de mes EP, comme une parenthèse, un changement d’univers. Pour le moment, j’envisage la suite avec des sons plus lents, plus lourds, mais je cherche toujours quelque chose de solaire. Je pense à des tracks dans la continuité de Lessons ou Ankara avec des tempos très lents.

CUJP : Pourquoi “Animal” ?

Fakear : J’ai voulu rappeler qu’on faisait partie du genre animal, on pousse nous aussi des cris. Les animaux doivent nous prendre pour des bêtes chelous aussi, on fait des bruits bizarres. On oublie vachement notre lien à la nature. Aujourd’hui, on ne sait plus lire la nature. Avant on lisait les arbres, on pouvait tout savoir en lisant un arbre : la météo, si la forêt est en bonne santé, si ses fruits sont comestibles, quel animal est violent. On ne sait plus le faire depuis des millénaires. Paradoxalement, j’avais envie de nous reconnecter à notre instinct naturel via la musique électronique. C’est le message que je porte et que je continuerai à porter.

CUJP : On sait que Tu vis désormais à la montagne loin de tout, cela a changé ton rapport à la musique?

Fakear : Je composais plus en ville, c’était surtout un moyen de fuir, de m’isoler. Je ne sais pas si c’est très naturel pour les êtres humains de vivre entassés dans des blocs de béton. Aujourd’hui à la campagne, je compose moins, j’ai moins besoin de m’enfuir et ça fait du bien. C’est une libération sur le plan personnel. Je suis en phase avec moi-même. Je suis plus inspiré. Je compose moins, mais je compose plus.

CUJP: cet “Album bulle” comme tu l’appelles, tu l’exprimes différemment en live?

Fakear: Oui, cela fait un peu plus d’un an que je tourne avec des musiciens. Cela donne un esprit concert de rock, il y a un bassiste , un batteur, une harpiste, un clavier. On veut ouvrir les morceaux au maximum. Tout ce qui a été posé dans l’album est accentué et ouvert lors du live. Nous sommes une grosse famille qui met du cœur dans chacun des lives. Il y a un vrai esprit de groupe, il n’y a pas que moi. Ce n’est pas du tout le même délire que quand on écoute l’album. Il y a une grosse énergie que j’essaie de défendre et d’incarner à fond. On lâche prise, on s’émancipe de ce qui est dans l’album pour lui donner une autre dimension. Ça me permet aussi de redécouvrir mes morceaux, les anciens comme les nouveaux.

CUJP : Tu sens que la réception auprès du public est différente?

Fakear : Clairement. Il y a un esprit de show, ce n’est plus un simple dj set electro programmé en fin de soirée. C’est vraiment cet esprit que je recherchais, pas le côté club, plutôt le côté ouverture d’esprit. Je peux me détacher de mes platines, je me sens beaucoup plus libre sur scène. Je peux faire ce que je veux, aller près de mes musiciens, etc.

CUJP : Beaucoup de rumeurs courent sur une collaboration avec M.I.A, est-ce véridique ?

Fakear : Oui c’est fait, c’est bon, c’est dans son album.

CUJP : Tu l’as vraiment plantée dans son studio en Angleterre?

Fakear : Oui…

CUJP : Classe…

Fakear : Instinctif. 

CUJP : Tu as des envies de collaboration avec des artistes en particulier ?

Fakear : Pour moi cela se fait beaucoup à l’humain, j’ai un peu de mal à avoir des fantasmes précis. Je veux bien remixer, sans souci, mais il faut qu’il y ait une rencontre, un feeling pour faire une vraie collaboration.

CUJP : Beaucoup de gens renomment « La Lune Rousse » en « la chanson de Mimie Mathie », comment le prends-tu ?

Fakear: Je trouve ça super marrant, les gens se sont approprié le truc et c’est un super moyen mnémotechnique (rires). Les gens visualisent direct de quoi on parle “Ah oui c’est la chanson de Mimie Mathie” et s’en tapent du vrai titre ou même de l’artiste qui est derrière.

CUJP : Ton clip “Animal” a été primé récemment, l’image c’est important pour toi ?

Très important. C’est un peu mon point faible, je ne passe pas assez de temps à bosser sur mes clips, à regarder ce qui se fait. J’ai une ligne directrice et après je fais confiance au feeling humain avec les réalisateurs. Je tombe sur des gens qui sont inspirés par mes morceaux, ils me proposent leur interprétation de mes travaux. C’est ce qui s’est passé avec Antoine Vesse, le réalisateur d’Animal, il m’a dit : “J’ai compris c’est bon on va aller tourner un clip en Birmanie sur un enfant qui élève des ballons de baudruche en cage” J’ai dit “Oui super on fonce”. Les mecs arrivent avec leur art, leur interprétation.

CUJP : Pour finir, aujourd’hui C’est un jour pour …

Fakear: … Pour manger de la baguette. C’est la seule chose qui me vient en tête. Je vis en Suisse du coup c’est le truc qui me manque.

Propos recueillis par Marie N. 


Fakear, Animal dans les bacs
Positiv Festival Marseille le 13 août
Le Zénith de Paris le 10 novembre

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