Qu’est-ce qu’on lit sur la plage cet été ?

L

es plus chanceux d’entre vous ont déjà mis les voiles vers de nouveaux horizons sablonneux & iodés, Mais pour être réussis, les séjours doivent souvent être accompagnés de bons mots. Mieux vaut tard que jamais, l’équipe vous propose sa sélection des livres de l’été. Attention à ne pas coincer trop de sable entre les pages.

Sandrine Collette, Les larmes noires sur la terre (Denoël, 2017)

La première décision que Moe prit dans sa vie d’adulte fut de quitter son île pour rejoindre la capitale, par amour. Elle n’aurait pas pu commettre pire erreur.
Quelques années plus tard, essayant de survivre dans la rue, un nourrisson sur les bras,  elle est dénoncée par des passants et déportée à « la Casse ». « La Casse » c’est la solution mise en place, un gouffre qui regroupe les classes les plus démunies  – et donc dangereuses – de la société : un ghetto de parias, des milliers d’hectares où s’étendent des voitures à perte de vue – une pour chacun, dans lequel chacun doit tenter de survivre sans aucune perspective d’en réchapper. C’est de ce milieu que Moe doit à tout prix s’échapper, pour son fils.

Après Il reste la poussière (Prix Landerneau Polar 2016), Sandrine Collette nous livre un roman percutant par sa noirceur et son fatalisme, mais surtout par la vision anticipatrice, dramatiquement réaliste, de la solution qui pourrait découler de l’atmosphère ambiante, entre individualisme poussif, protectionnisme des classes aisées et manque de considération envers les classes les plus fragiles. Effrayant.

« Tu tiendras pas Moe, tu vas tomber, et pas qu’un peu, ça ne sera pas une égratignure, ce que tu ramasseras, vrai, un bon gadin de plein fouet, comme dans l’histoire de Jaja, étalée par terre, les AÎTRES te marcheront dessus et tu sais quoi ? Tu l’auras bien mérité. Tu ne peux pas travailler, t’occuper du petit Côme, passer de la drogue, faire la pute et soigner les malades à la fois, tout ça en novembre, quand ton corps s’épuise juste à essayer de se réchauffer, c’est bien beau que l’enfant dorme au chaud avec Poule, mais toi, quand tu crèveras d’enchainer les jours et les nuits sans répit, ça te fera une belle jambe, tout cet argent dans le volant de ta voiture, tu aras tout perdu, ouvre les yeux, parfois il faut cesser de courir, et penser un peu. »

Léïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre
(Gallimard 2014, Folio, 2016)

Adèle a tout pour être heureuse : un mari aimant, un fils adorable, une belle situation. Seulement cela n’est pas suffisant. Adèle a besoin de ressentir davantage que ce que le quotidien lui apporte. Elle a besoin de sentir le poids des hommes lorsqu’ils s’allongent sur elle, en elle, derrière elle ; leurs lèvres qui la lèchent, leurs mains qui la caressent, leurs dents qui la mordent. Peu importe l’homme, du moment qu’il la prenne comme elle l’entend pour que, l’espace d’un instant, elle se sente vivre.

Dans ce premier roman, Léïla Slimani (Prix Goncourt du roman 2016 avec Chanson Douce) offre au lecteur la pire des positions: celle du voyeuriste, obligé d’assister à la descente aux enfers de son héroïne, gêné, face au comportement socialement inacceptable de cette nymphomane. Sans jamais chercher à livrer de réponses quant à l’origine du mal-être d’Adèle (pour autant qu’il y en ait à chercher),  ce roman dérange autant qu’il nous happe, partagé entre l’attachement à cette femme fragile et l’énervement contre son attitude autodestructrice. Un premier roman puissant.

« Dehors, un vent glacial, mouillé, lui brûle le visage. C’est peut être pour ça qu’ils ne sont que deux à fumer leur cigarette sue le trottoir. Le fumeur est petit mais a des épaules rassurantes. Ses yeux gris et étroits se posent sur Adèle. Elle le fixe avec assurance, sans baisser les yeux. Adèle avale un fond de champagne qui lui assèche la langue. Ils boivent et ils parlent. Des banalités, des sourires entendus, des insinuations faciles. La plus belle des conversations. Il lui fait des compliments, elle rit doucement. Il lui demande son nom, elle refuse de le dire et cette parade amoureuse, douce et banale, lui donne envie de vivre. Tout ce qu’ils disent ne sert qu’à une seule chose : en arriver là. »

Christelle Dabos, La Mémoire de Babel
(Gallimard Jeunesse 2017)

Après deux tomes puissants ayant su conquérir un lectorat jeune (et moins jeune), la romancière fantastique Christelle Dabos (lauréate du concours premier roman Jeunesse) revient avec le tant attendu Tome 3 de la série La Passe Miroir. Après avoir été séparée de son cher Thorn, Ophélie est prête à tout pour le retrouver – et décide de partir à sa recherche sur l’arche de Babel. Là, elle se heurte encore une fois à une série d’obstacles et de rencontres singulières. Le récit de Christelle Dabos fait partie de ces fresques quasi mythologiques que l’on découvre avec enthousiasme et dont il est très difficile de se séparer. Cela nous rappellerait presque nos nuits blanches à tenter de finir notre tome préféré de Harry Potter. Magie, complot, voyage, amour, surnaturel… tous les thèmes tant appréciés des lecteurs de récits fantastiques sont réunis pour en faire un roman de l’été à dévorer. On attend le dernier tome avec impatience.

« Deux ans et sept mois qu’Ophélie se morfond sur son arche d’Anima. Aujourd’hui il lui faut agir, exploiter ce qu’elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d’informations divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d’adversaires toujours plus redoutables ? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn ? »

Shaun Usher, Au bonheur des listes
(Livre de Poche, 2016)

Selon l’auteur, les hommes auraient historiquement rédigé des listes avant même de s’échanger des lettres. Tantôt pense-bête, récit humoristique, règles de vie, bonnes résolutions, la liste est un format encore peu reconnu à titre littéraire. Grâce à Shaun Usher, c’est chose faite. L’auteur a compilé un nombre impressionnant (125 pour être exact) de listes de grands hommes, de vestiges historiques, de listes de courses, et bien d’autres. Elles nous donnent un regard sur leurs auteurs, mais aussi leurs époques, leurs influences et leur génie. On découvre la liste des aliments et liquides ingérés par George Perec en une année ; les règles de vie d’Einstein à sa femme pour éviter le conflit ; les bonnes résolutions de Marilyn, et bien d’autres encore. Ce recueil est vraisemblablement une pépite pour tous les addicts de listes, mais aussi pour tous ceux convaincus qu’une liste peut en dire bien plus sur quelqu’un que son autobiographie.

La Grande Blonde et Marie N. 

 

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